
mercredi 28 février 2007
Vendetta septentrionale

Près du village de Kuusmäki coule une rivière que traverse un pont.En 1918, lors de la guerre civile, blancs et rouges se sont affrontés pour la possession de ce pont en un combat sanglant. Soixante ans plus tard, ce vieux pont de bois menace de s'écrouler. La municipalité de Kuusmäki décide alors de commander la construction à proximité de l'ancien, d'un nouveau pont.
Mais cet homme aux méthodes de travail peu conformistes ne tardera pas à s'attirer l'inimitié des habitants et des élus locaux du village, pour la plupart très conservateurs et fort enclins à la médisance.
Mais c'est sans compter sur la rancune tenace de cet homme qui ne tardera pas à assouvir sa vengeance envers ceux qui ont brisé sa carrière.
Je suis un inconditionnel de Paasilinna et c'est toujours avec grand plaisir que j'entame la lecture d'un de ses romans.
Ceci dit, tout n'est pas à blâmer dans ce roman, on assiste à quelques scènes réjouissantes ainsi qu'à un clin d'oeil inattendu, en milieu de roman, à un certain Vatanen ... accompagné d'un lièvre.
« Un homme heureux » n'est pas le meilleur roman de Paasilinna et s'il me fallait le conseiller, ce serait à une personne qui n'aurait encore rien lu de lui afin d'éviter le contraste avec tous ses autres romans qui sont, eux, remarquables de drôlerie,de tendresse et d'originalité.
mardi 27 février 2007
La fin de l'innocence

Donna Tartt, qui m'avait époustouflé avec le « Maître des illusions » a peut-être surpassé avec « Le petit copain » le talent qu'elle avait déployé pour son premier roman.Son livre est une plongée en apnée dans le monde de l'enfance, une brillante évocation de l'univers propre aux pré-adolescents confrontés à leurs propres angoisses ainsi qu'aux sombres réalités du monde qui, alors qu'ils se dépouillent peu à peu des lambeaux de l'innocence, leur apparaît dans toute sa complexité et sa noirceur.
L'héroïne de ce roman, Harriet, douze ans, est une fillette intelligente et dotée d'une forte personnalité,passionnée de lecture et « pilier » de la bibliothèque locale. Alors qu'elle n'avait que quelques mois, son grand-frère, Robin, qui faisait la joie de toute sa famille, est retrouvé assassiné, pendu à un arbre du jardin. De ce drame atroce et jamais élucidé, la famille d'Harriet ne se remettra jamais. Livrée à elle-même, Harriet grandit au sein de cette famille dont le père, personnage pathétique, inconsistant et volage, mène sa carrière dans une grande ville du Tennessee, visitant de loin en loin sa femme et ses filles. Charlotte, la mère d'Harriet, vit ,elle, comme une ombre depuis la mort de son fils, gavée de tranquillisants, ayant abandonné toute vie sociale,murée dans ses regrets. Sa grande soeur, Allison, jeune fille à la beauté diaphane et au caractère introverti a déjà franchi le cap qui sépare l'enfance de l'adolescence et les préoccupations d'Harriet lui deviennent peu à peu étrangères.
Harriet ne peut trouver d'écoute et d'affection qu'auprès d'Ida Rhew, la domestique de la maison, de sa grand-mère Edith ( surnommée Edie) , ainsi que de ses grands-tantes Libby, Addy et Tat.
C'est dans la torpeur d'un été interminable qu'Harriet, nourrie des lectures de Conan Doyle, de Stevenson et de Kipling, décide de faire la lumière sur la mort de son frère et de venger celui-ci. Très vite ses soupçons se portent sur un membre d'une famille de marginaux locaux, connu pour ses démêlés avec la justice. Aidée par Hely, un camarade d'école, Harriet va mener ses investigations et tenter de faire payer au coupable la dette de son crime resté impuni. Mais sa quête de la vérité s'avèrera semée d'embûches et lui fera entrevoir un monde bien éloigné de celui des jeux d'enfants, un monde où règnent la misère, la violence et la dépravation.
Mené de main de maître, ce récit en forme d'intrigue policière tient en haleine le lecteur jusqu'à son ultime dénouement et l'on se prend à trembler pour Harriet et son ami Hely, entraînés aux frontières d'un monde effrayant où rôdent criminels et trafiquants de drogue.
Mais « Le petit copain » c'est aussi le portrait d'une certaine Amérique, celle des états du sud riverains du Mississipi, ces états qui ont perdu de leur superbe après la Guerre de Sécession et dont la population blanche ne s'est jamais remise de l'abolition de l'esclavage. Ici, le racisme ordinaire est encore omniprésent, accroché aux moindres détails de la vie quotidienne: les afro-américains sont en majorité pauvres et relégués à des tâches subalternes, domestiques où jardiniers, sous-payés et méprisés même par les blancs plus pauvres qu'eux qui trouvent en eux un exutoire à leurs frustrations : « Un Noir pauvre a du moins l'excuse de ses origines, disait Edie. S'il se trouve aussi bas, le Blanc pauvre ne peut s'en prendre qu'à son propre caractère. Bien sûr, il ne le fera pas. Ca voudrait dire qu'il doit assumer la responsabilité de sa paresse et de son comportement minable. Non, il préfère de beaucoup rouler des mécaniques, brûler des croix et tout mettre sur le dos des Noirs, plutôt que d'essayer d'avoir de l'instruction et de s'améliorer d'une manière ou d'une autre. »
« Le petit copain » c'est aussi la description acérée d'une petite ville endormie, avec ses quartiers résidentiels paisibles où résonne le bruit des tondeuses à gazon, où les voisines épient leurs prochains derrière les rideaux de leur cuisine, c'est aussi ses périphéries miteuses, baraques de guinguois et friches industrielles où se déroulent les petits trafics en tous genres, où échouent toutes les errances, où s'achèvent tous les espoirs.
C'est aussi le portrait d'une famille qui autrefois comptait parmi les notabilités locales, qui a peu à peu perdu de son éclat et de sa fortune mais qui reste l'héritière d'une certaine culture qu'elle entretient tant bien que mal face au déferlement d'une société de consommation qui privilégie la sottise et le matérialisme. Cette famille est avant tout une formidable galerie de portraits de femmes,à tous les âges de la vie, dotées chacune du caractère et des aspirations qui leur sont propres, face à la maternité, au deuil, aux désillusions, à la vieillesse et à toutes les autres petites cruautés et tribulations de la vie.
Le roman de Donna Tartt est un récit d'une profondeur et d'une puissance narrative extraordinaires. La vision qu'elle apporte de la fin de l'enfance et de l'innocence dénote une maîtrise rarement égalée, si ce n'est peut-être par le grand Stephen King dans sa nouvelle « The Body » dont Rob Reiner a filmé l'adaptation cinématographique, le superbe et émouvant « Stand by me » ( voir vidéo).
« Le petit copain » est un roman sombre et magnifique, envoûtant, érudit et poignant, une mosaïque d'ombres et de lumières à l'image des jeux de reflets du feuillage au dessus des eaux du Mississipi.
Superbe.
vendredi 23 février 2007
Sean "Connerie"
mercredi 21 février 2007
Un Forum Littéraire

Illustration de François Schuiten
mardi 20 février 2007
La croisière s'amuse...

« Le songe dePharaon » nous mène dans l'Egypte contemporaine, celle du tourisme de masse et de la montée de l'intégrisme islamique. A l'occasion de l'ouverture médiatisée d'un ancien tombeau renfermant la dépouille d'une ancienne adoratrice du culte du serpent Apopis, des hordes de touristes affluent aux abords de la Vallée des Rois. Mais déjà ce qui semble être une malédiction analogue à celle de l'ouverture du tombeau de Toutankhamon semble s'acharner sur les cobras sacrés que l'on retrouve noyés par centaines. Remontant le cours du Nil en vue d'assister à l'évènement qui couronnera la carrière d'un éminent archéologue du CNRS, l'Osiris transporte à son bord des membres de la jet set aux moeurs plus que douteuses. Parmi ceux-ci, entre autres, une ancienne égérie d'Andy Warhol liftée et siliconée,zoophile à ses heures, un baron allemand, ancien nazi et assistant du Dr. Mengele, nécrophage et mégalomane, une marquise sicilienne, naine maffieuse et nymphomane...Les destins croisés de tous ces personnages riches et dépravés se déploieront en un jeu de massacre jubilatoire et déconcertant, magnifié par la plume acerbe et baroque de Pierre Combescot qui nous offre, avec ce roman, une variante de « Mort sur le Nil » contemporaine et déjantée, où les fantasmes égyptomaniaques rejoignent les aspirations perverses et décadentes des représentants des hautes sphères financières et culturelles.
Fascinante galerie de portraits, « Le songe de Pharaon » nous entraîne des ruelles du Caire aux bars homos de Londres, de l'Allemagne nazie aux raves parties sous ecstasy, de Brooklyn au camp d'Auschwitz en un infernal mascaret où évoluent membres de la Gentry londonienne, juifs hassidiques américains, grands couturiers et petites gouapes, nobles déchus et aristocrates de la finance internationale, officiers SS et pédérastes cairotes, pique-assiettes et demi-mondaines, faune interlope avide de ragots et de sensations louches décrits avec la verve et la truculence de Pierre Combescot qui signe ici un roman vertigineux et iconoclaste.
dimanche 18 février 2007
Nouvel An Chinois

samedi 17 février 2007
L'art de la fugue

Seppo Sorjonen, chauffeur de taxi, personnage que l'on avait déjà rencontré dans « petits suicides entre amis » trouve un jour sur sa route un vieil homme amnésique qui erre au milieu de la chaussée. Il le fait monter dans son taxi et fait ainsi connaissance avec Taavetti Rytkönen, ancien combattant et ex-conseiller géomètre, atteint de la maladie d'Alzheimer. Entre les deux hommes va tout de suite s'installer une complicité qui les conduira sur les routes de Finlande à la recherche de la mémoire disparue du vieillard. Mais cette quête s'avèrera pleine d'impromptus et de rencontres improbables comme seul Paasilinna peut nous en conter. D'un musée de blindés de la dernière guerre aux forêts et marécages d'Ostrobotnie, en compagnie d'un couple d'agriculteurs aux idées dévastatrices, d'un architecte albanais et son interprète bosniaque égarés au nord de l'Europe, ainsi que d'un groupe de françaises adeptes du New-Age et du naturisme, nos deux protagonistes vont vivre et se trouver à l'origine d' évenements pour le moins insolites et cocasses.
Arto Paasilinna nous livre une fois de plus une fable drolatique et pleine de fraîcheur. Après avoir traité d'une manière désopilante le sujet grave du suicide avec « Petits suicides entre amis », il aborde cette fois ci un autre problème inquiétant pour notre société contemporaine: la maladie d'Alzheimer. Vue à travers le prisme de la prose de Paasilinna, cette angoissante question devient matière à la narration d'un récit empreint de tendresse et de drôlerie ou le spectre de la démence sénile s'incline face à l'amitié et à la solidarité.
jeudi 15 février 2007
Tex-Mex

Quelque part dans le désert, entre Mexique et Texas, Llewelyn Moss, un chasseur amateur, tombe par hasard sur le résultat d 'un affrontement sanglant entre trafiquants de drogue. Près des voitures aux carrosseries perforées à l'arme automatique,il découvre des cadavres, des armes, de l'héroïne et plus de deux millions de dollars en liquide.Conscient du danger auquel il s'expose, Moss s'empare de l'argent. Mais c'est sans compter sur l'acharnement de certains à vouloir récupérer ce qui leur appartient. Commence alors pour Moss et sa jeune femme une longue cavale, de routes désertes en motels minables, traqués simultanément par une horde de meurtriers, un tueur à gages ancien officier des Forces Spéciales et surtout d'un meurtrier psychopathe dont l'arme de prédilection est un pistolet d'abattoir.
En filigrane du récit se surimposent les réflexions du shérif Bell, représentant de la loi au bord de la retraite, qui tente d'établir la lumière sur le sillage sanglant laissé derrière Moss et ses poursuivants.
Bell, au cours des monologues qui jalonnent le cours de son investigation, s 'interroge sur les causes et les motivations de sa carrière et surtout sur la déliquescence du monde moderne ou violence et matérialisme vont de pair. Bell, qui a combattu en Europe pendant la deuxième guerre mondiale et qui n'a pas fini de régler ses comptes avec les vieux démons de son passé, ne comprend plus la société actuelle, ses dérives, ses outrances et sa cruauté : « Voilà que la semaine dernière on a trouvé un couple en Californie qui louait des chambres à des vieux et après ça ils les tuaient et les enterraient dans la cour et encaissaient les mensualités de leur pension. Ils commençaient par les torturer. Je me demande pourquoi. Peut-être que leur télé était en panne. »
Le dernier roman de Cormac Mc Carthy est un roman très noir, un road-movie crépusculaire, un portrait ténébreux de l'Amérique contemporaine, un western moderne où le fracas des armes automatiques se déchaîne sous l' éclairage au néon des interstates. Non, décidément, ce pays n'est pas pour le vieil homme.
mercredi 14 février 2007
Hans Staden, anthropologue malgré lui.

"Véritable histoire et description d'un pays habité par des hommes sauvages, nus, féroces et anthropophages situé dans le Nouveau Monde nommé Amérique, inconnu dans le pays de Hesse, avant et depuis la naissance de Jésus-Christ, jusqu'à l'année dernière. Hans Staden de Homberg en Hesse, l'a connu par sa propre expérience et le fait connaître actuellement par le moyen de l'impression. Marbourg, chez André Kolben. 1557. A l'enseigne de la feuille de trèfle. »
C'est par ces mots que commence la traduction de l'édition française de la relation des aventures vécues au Brésil par Hans Staden, mercenaire hessois captif des indiens Tupi-Guarani.
Ce livre qui connut un vif succès lors de sa parution en 1557 fut traduit en plusieurs langues et donna lieu à soixante-dix éditions.Il faut dire que les faits relatés ici possédaient tous les ingrédients capables de susciter l'intérêt des lecteurs : naufrages, piraterie, exotisme, tribus sauvages et rituels anthropophages. Pour l'homme du XVIè siècle, contemporain des guerres de religion et de leur cortège de massacres, la vision d'une humanité proche de l'état de nature et accomplissant sans vergogne un des derniers interdits moraux réprouvé par le christianisme, à savoir le cannibalisme, représentait quelque chose de profondément choquant, une forme de barbarie terrifiante, enfouie au plus profond des âmes. De plus, l'homme européen, chrétien ( catholique ou protestant) se découvrait dans la relation de Hans Staden non comme un héros civilisateur, porteur des espérances rédemptrices du christianisme, mais au contraire comme un vaincu, un prisonnier que l'on projette de dévorer à plus ou moins brève échéance.On est loin ici des relations de conquêtes de Pizarre et Cortès; pas de grandes cités remplies d'or et de magnificences mais de simples huttes bâties au sein de l'impénétrable forêt équatoriale.
Le récit de Staden commence par son embarquement en Hollande à destination du Portugal et de là vers le Brésil. Il participe au conflit opposant portugais et indiens et est assiégé dans le fort d'Iguarazu. La paix ayant été conclue avec les indiens, Staden repart vers le Portugal, affronte sans succès un navire français, puis un vaisseau pirate au large des Açores. Après s'être reposé quelques temps à Lisbonne, Staden se rend en Espagne où il embarque à Séville en direction du Rio de la Plata. Après six mois de navigations hasardeuses à la recherche de leur destination, le vaisseau fait naufrage et les rescapés sont recueillis par les colons portugais de l'île de San Vicente. Ces colons se sont alliés au peuple indien Tupininquin et ont comme ennemis les Taguayara ( Tupinamba) qui ne cessent de leur faire la guerre. C'est lors d'une expédition de chasse que Staden sera capturé par les Tupinambas. Il sera détenu par les indiens pendant neuf mois, partageant leur mode de vie et craignant à tout instant de finir dévoré par ses ravisseurs. Il assistera au cours de sa détention à l'éxécution puis à la consommation rituelle d'êtres humains, attendant à son tour de servir de menu aux indiens. Il sera finalement racheté par le capitaine d'un vaisseau français qui le ramènera en Europe.
La deuxième partie du récit, « Relation véridique et précise des moeurs et coutumes des Tuppinambas » est une observation minutieuse du mode de vie des indiens. Staden, anthropologue avant l'heure décrit tous les aspects de la vie quotidienne de ses ravisseurs, leurs moeurs et coutumes, leurs techniques de chasse et de pêche, la faune et la flore qui les entoure, etc...
Staden consacre évidemment la plus grande part de son étude au rituel anthropophagique qu'il décrit avec minutie et de manière clinique sans y apposer son jugement d'européen pétri de christianisme. Staden ne justifie pas l'anthropophagie, il la décrit comme un rite inhérent à la culture des indiens Tupi-Guarani, un fait culturel qui, malgré son côté atroce ne dépasse en rien les abominations commises à la même époque en Europe lors des guerres de religion. Et c'est fort à propos que Jean-Paul Duviols dans son introduction au récit de Staden cite Michel de Montaigne: « Je pense qu'il y a plus de barbarie à manger un homme vivant qu'à le manger mort; à déchirer par tourments et géhennes un corps plein de sentiment, le faire rôtir par le menu, le faire mordre et meurtrir aux chiens et aux pourceaux ( comme nous l'avons non seulement lu mais vu de fraîche mémoire, non entre des ennemis anciens, mais entre des voisins et concitoyens, et qui pis est sous prétexte de piété et de religion) que de rôtir et manger après qu'il est trépassé. »
En cela le récit de Staden, bien avant le siècle des Lumières et le mythe du Bon Sauvage, est un miroir où l'homme dit « civilisé » peut contempler par contraste les vices, les perversions et les antres de ténèbres qui l'habitent.
mardi 13 février 2007
Ubu en Chine

Le roman de Liu Xinglong se déroule quelque part en Chine du sud, peut-être dans la province de Hunan ou de Hubei. Loin des mégapoles acquises à l'économie de marché, la vie des paysans du cru, entre simplicité et dénuement, encore empreinte de traditions millénaires, est rythmée par le déroulement des saisons et les réunions du Parti. C'est au cours d'une de ces réunions qu'un responsable local, soucieux de plaire et de courtiser les instances supérieures de Pékin, décide d'offrir à ceux-ci du thé cueilli en plein hiver, sous la neige. Cette décision aberrante, qui va à l'encontre du bon sens et du rythme naturel de la culture des théiers, devra être exécutée par les paysans, bon gré mal gré, sous peine de se voir retirer les fonds de secours distribués annuellement.
Shi Debao, chef d'un des villages désignés pour accomplir cette absurde résolution, sera chargé de faire exécuter les consignes. Tiraillé entre l'obéissance aveugle qu'il doit à sa hiérarchie et la mission déraisonnable qu'il doit imposer à ses villageois, il devra composer avec les uns et les autres afin de relever ce défi.
« Du Thé d'hiver pour Pékin » est une tragi-comédie ubuesque sur les mécanismes absurdes et ridicules d'une idéologie désuete qui tente de composer avec le monde contemporain et décide pour cela de « familiariser le peuple avec la notion de rentabilité économique » tout en conservant les théories absurdes et éculées de l'ère du Grand Timonier. C'est bien évidemment l'occasion de voir défiler la pathétique galerie de portraits de petits responsables locaux du Parti, bureaucrates arrivistes et serviles, prêts à toutes les compromissions pour flatter leurs supérieurs, parasites corrompus et stupides qui ne reculent devant rien pour assouvir leurs petits rêves de réussite.
Le roman de Liu Xinglong est un instantané de la vie contemporaine dans les provinces chinoises, là où l'économie de marché ne profite qu'à certains, toujours les mêmes, et laisse une fois de plus au bord de la route les plus humbles pour qui les changements politiques, quels qu'ils soient, n'apportent une fois encore que désillusions, misère et frustration.
lundi 12 février 2007
Lapis Philosophorum

Depuis quelques années la « Littérature Jeunesse » a envahi les rayonnages des librairies et s'est imposée petit à petit comme un genre littéraire à part entière dont Harry Potter, le héros de J.K Rowling, est devenu la figure emblématique. A l'instar de l'apprenti sorcier de Poudlard ou des romans de Tolkien, des oeuvres telles que « A la croisée des mondes » de Philip Pulmann ou « Le clan des Otori » de Lian Hearn ont transcendé le genre et ont ainsi conquis un public « adulte » auparavant farouchement déterminé à établir un distinguo entre une littérature de la maturité, plus ou moins « savante »et sérieuse, et un genre littéraire généralement considéré comme mineur. De plus en plus d'adultes qui, comme moi, sont restés de vieux adolescents, des « adulescents », se délectent régulièrement des dernières parutions d'oeuvres qualifiées de « littérature jeunesse » , appréciant la qualité narrative ainsi que les trésors de créativité dont font preuve les auteurs de ces romans. Et les éditeurs ne s'y trompent pas, s'ils proposent cette kyrielle de parutions, c'est bien parce que derrière tout cela se profile un marché plus que juteux; mais qui irait s'en plaindre? Le monde de l'édition y gagne des dividendes plus qu'appréciables et les adolescents que l'on disait globalement hermétiques à toute forme de littérature s'avèrent être des lecteurs compulsifs.
Il ne se passe pas une semaine sans que de nouvelles parutions apparaîssent sur le marché de l'édition, enrichissant cette catégorie littéraire de nouveaux titres qui apportent un souffle novateur à un genre trop longtemps regardé avec condescendance par le monde adulte. Pourtant les « pionniers » n'étaient pas des moindres; qu'on pense entre autres à Dumas, Zevaco, Defoë, Melville , Stevenson, Jules Verne, auteurs qui ont enchanté notre enfance et celles de nos parents et grands-parents. Quelle maîtrise de la prose! Quel talent narratif ! Et n'en déplaise aux snobinards bobos, au risque de passer pour un affreux rétrograde, je préfère de loin les écrits de Walter Scott et Stevenson à ceux de Mme Angot , les oeuvres de Robin Hobb et Mervyn Peake à la prose de Monsieur Zeller. Un abime littéraire sépare « Moby Dick » de « Julien Parme .»
Mais je m'égare et risque de ce fait de me créer des inimitiés auprès des abonnés de Boborama et autres détenteurs du "bon goût littéraire. "
Si j'avais eu à choisir un Roman-Jeunesse ces derniers temps, je n'aurai pas porté mon choix sur Grimpow, l'illustration de couverture ne m'inspire pas et j'augurai d' une histoire à la sauce Fantasy, peuplée de nains et d'elfes dont la présence pléthorique dans de trop nombreux romans commence sérieusement à me lasser.Mais voilà, je n'ai pas choisi ce livre, car on me l'a prêté ( merci Dominique) et comme je suis poli, je lis les livres que l'on me prête.
Donc, malgré quelques préjugés empreints de scepticisme, j'ai entamé la lecture de ce roman dont l'action se situe au début du XIVè siècle, au moment où le Pape Clément V et le roi de France Philippe le Bel décident d'en finir avec l'ordre des Templiers. Grimpow, un adolescent qui vit de petits larcins dans les forêts enneigées des Alpes découvre un jour un cadavre dans la neige.L'homme est apparemment mort de froid; à ses côtés, Grimpow découvre de mystérieux objets dont un sceau en or, un parchemin couvert de signes cabalistiques et une étrange pierre aux pouvoirs surnaturels. A partir de ce moment, le destin du jeune homme se verra bouleversé et il devra se lancer dans une quête semée de périls afin de découvrir le secret des Templiers. Des contreforts des Alpes aux secrets ésotériques des bâtisseurs de la Cathédrale de Chartres, nous suivons Grimpow et ses compagnons, Salietti d'Estaglia et la belle Weienell, dans un tourbillon d'aventures menées tambour battant. Le décor est un Moyen-Age de convention peuplé de tous les ingrédients que l'on pourrait en attendre: monastères et chateaux-forts truffés de passages secrets, bandits de grands chemins, inquisiteurs cruels, batailles épiques, hordes de lépreux, etc... tous les éléments sont réunis pour plonger le lecteur dans une vision certes romanesque de l'époque médiévale, dont les clichés et les invraisemblances sont apparemment volontaires de la part de l'auteur qui n'a pas voulu « coller » à l'exactitude historique, son roman étant avant tout une oeuvre de divertissement d'inspiration fantastique. Le manichéisme propre à ce genre de parutions est ici plus subtil que la sempiternelle lutte du Bien contre le Mal; ici se joue le combat du Savoir contre l'Ignorance, de la Spiritualité contre le Matérialisme, un combat qui s'avère malheureusement d'une douloureuse actualité. Parsemé d'énigmes, de codes, de jeux de mots et de cryptogrammes, ce livre est aussi une progression vers la connaissance, un roman initiatique parsemé de pistes et interrogations philosophiques accessibles au plus grand nombre.
« Grimpow, l'élu des Templiers » est un roman d'aventures captivant et rythmé,un parcours ludique semé d'embûches et d'énigmes qui, malgré son côté Da Vinci Code, ravira les amateurs de mystères et de symbolisme.
samedi 10 février 2007

vendredi 9 février 2007
Le Questionnaire de Bouquin

2. À votre avis, qu'est-ce qu'un bon lecteur?
3. Si vous faites partie d'un club de lecture, que diriez-vous qu'il vous apporte que la lecture en solitaire ne vous offre pas?
4. À votre avis, quel est le rôle et quelles sont les tâches d'un animateur de club de lecture?
5. Animeriez-vous un club de lecture? Quelles seraient vos craintes par rapport à cette animation?
mercredi 7 février 2007
Un petit carnet bleu

A mon grand regret , je ne suis pas un familier des écrits de Paul Auster. Mais c'est promis, je vais faire en sorte de me corriger et de donner à ses romans une place plus importante dans mes choix de lectures. J'avais lu il y a quelques années « Tombouctou » et « Cités de verre » et j'avais été emballé. Puis, il y a quelques jours, m'est tombé par hasard entre les mains « La nuit de l'oracle .» Ayant épousé une « Austeromane », j'ai été vivement encouragé à lire ce roman. Et je dois dire que je n'ai pas été déçu. Bien au contraire, l'histoire de Sidney Orr, écrivain relevant d'une longue maladie et acquérant par le plus fortuit des hasards un petit carnet bleu m'a tout de suite attiré et au bout de quelques pages, j'étais hameçonné par le récit.Peut-être même devrais-je dire par « les récits » tant ce roman se démultiplie en une kyrielle d'histoires toutes aussi passionnantes les unes que les autres. Cette mise en abîme, procédé littéraire qui a fait florès aux XVIIè et XVIIIè siécles, et dont le « Manuscrit trouvé à Saragosse » est le plus célèbre exemple, fait de ce roman un kaléidoscope littéraire dans lequel le lecteur, loin de s'égarer, s'immerge avec délectation. Auster renoue donc et renouvelle un procédé maintes fois éprouvé en nous offrant une parabole sur les influences qui s'exercent mutuellement entre fiction et réalité. Il nous invite à une réflexion sur le métier d'écrivain, sur les impulsions qui donnent naissance à la narration romanesque en laissant l'imagination vagabonder au gré de la page blanche. C'est aussi une interrogation sur le destin parallèle des livres et des êtres humains, que le hasard ou les circonstances feront naître ou mourir,tels les récits avortés de Sidney Orr qui ne deviendront jamais des romans mais resteront à l'état d'ébauche.
« La nuit de l'oracle » est une oeuvre poignante, protéiforme et captivante, une ingénieuse métaphore du processus de création littéraire, dont la puissance de narration entraîne le lecteur dans un flux incessant qui ne cessera qu'à la dernière page.
lundi 5 février 2007
Expo Pierre Converset

L'évangile selon Waltari


Mika WALTARI. Roman. Editions Olivier Orban, 1983.
Traduit du finnois par Monique Baile et Jean-Pierre Carasso.
Ce long roman (1153 pages) de Mika Waltari nous entraîne dans l'Antiquité romaine et plus précisément au tout début de l'ère chrétienne.
Le premier volet: Myrina est composé de onze lettres composées par Marcus Mezentius Manilianus, chevalier romain, et adressées d'Alexandrie puis de Judée, à sa maîtresse, la noble Tullia, restée à Rome. Passionné d'astrologie et d'études philosophiques, c'est en fréquentant la grande bibliothèque d'Alexandrie que Marcus apprend qu'en Judée de grands bouleversements se préparent. Riche et momentanément désoeuvré, il décide de se rendre à Jerusalem afin de satisfaire sa curiosité. A son arrivée devant les remparts de cette ville, il est le témoin de la crucifixion de trois hommes dont l'un est un nazaréen décrit comme roi des juifs.
A partir de ce moment, Marcus ne cessera d'enquêter et de s'interroger sur la vie , la mort et la résurrection de cet homme proclamé "Fils de Dieu."Au cours de ses investigations, il fera la rencontre des principaux acteurs de l'Histoire Sainte dont, entre autres,Ponce Pilate, les apôtres Pierre, Jean et Thomas, ainsi que Marie de Magdala, Simon de Cyrène, Zachée, etc...
Mika Waltari décrit avec talent et minutie les premières heures du christianisme, les bouleversements que l'apparition de cette secte font naître au sein de la communauté hébraïque, les conflits inévitables qui opposent les tenants de l'orthodoxie mosaïque aux nouveaux fidèles du Christ ainsi que les tâtonnements de l'occupant romain, cherchant à épargner les susceptibilités des uns et des autres. Toutefois, le récit de ce premier volet du Secret du Royaume peut donner un impression d'austerité et de ce fait manquer de relief. On sent que Waltari, confronté au récit décrit en premier lieu dans les évangiles puis par la suite dans d'innombrables écrits, n'a pas pu laisser libre cours à la fantaisie du roman historique. Respectant autant que faire se peut la description officielle des évènements qui ont donné naissance au dogme chrétien, il nous livre un roman passionnant à bien des points de vue mais dont on devine les limites qu'il a su se poser afin de ne pas trahir la version officielle de la Passion du Christ, ses causes , son déroulement et ses conséquences.
Le deuxième volet: Minutus adopte quant à lui un ton beaucoup plus romanesque et trépidant. Le personnage central du roman est cette fois ci Minutus Lausus Manilianus, le fils de Marcus et de Myrina. L'action débute quinze ans après les évènements décrits dans le précédent roman. On y suit,sous la forme de mémoires, le destin de Minutus, de son adolescence turbulente à Antioche jusqu'à sa fin sous le règne de l'empereur Domitien. Des déserts d'Arménie aux sombres forêts de (Grande) Bretagne,de l'opulence des villas romaines au sable des arènes, de Rome à Jerusalem, Minutus, successivement tribun, espion à la solde de Sénèque, intendant des ménageries impériales, sénateur, époux de la fille de l'empereur Claude, ami de Néron et doté d'une fortune colossale, devra au cours de sa vie voir se dresser sans cesse sur son chemin les zélateurs du christianisme. Afin d'assurer l'avenir de son fils, il se verra contraint d'assumer de nombreux choix compromettants, quitte pour cela à trahir les êtres les plus chers à son coeur. Minutus est le portrait sans concessions d'un homme de son temps, pétri de doutes et de contradictions. Ce roman est aussi l'occasion de croiser le destin de nombreux personnages hauts en couleurs tels que Vespasien, l'Empereur Claude, Agrippine, l' apôtre Pierre, Paul de Tarse, Sénèque et bien évidemment l'empereur Néron dont Waltari nous dresse un portrait stupéfiant.
Le Secret du Royaume est une immense fresque où se côtoient l'Enfer et le Paradis, le raffinement et la barbarie, la sainteté et la perversion. Une fresque aux teintes d'or, de pourpre et de sang.
samedi 3 février 2007
Cinq choses peu connues à mon sujet

vendredi 2 février 2007
Larguez les amarres....
ISAAC LE PIRATE. Christophe BLAIN. Bande-dessinée. Dargaud, 2OO5 .
Isaac est un jeune peintre. Lui et sa compagne Alice vivent de peu en attendant des jours meilleurs. Car Isaac le sait, un jour ses peintures seront appréciées et lui permettront de vivre décemment de son art. En attendant des jours meilleurs, il erre dans les rues de Paris. Le hasard le fait un jour rencontrer un chirurgien de marine, Henri Demelin. Celui-ci le présentera à son capitaine, amateur d'art, Jean Mainbasse. Les deux hommes réussissent à convaincre Isaac d'embarquer avec eux, lui démontrant que la vie sur un navire ne pourra être que bénéfique pour son inspiration et lui fournira de multiples sujets pour ses peintures. Isaac accepte leur proposition et pour lui s'ouvre alors tout un monde d'aventures. Car le capitaine Jean Mainbasse et son équipage sont en fait de redoutables pirates....