lundi 13 août 2007

Les Paradis perdus



L'univers de nos lectures d'enfance est un paradis perdu. Les années passent et nous oublions peu à peu le sable blanc des plages de l'Île au Trésor, les reflets du soleil couchant sur le cours du Mississipi de Huckleberry Finn, le Klondike de Jack London...
Tous ces endroits, explorés au fil des pages, nous ont fait rêver, que ce soit dans la pénombre d'une chambre aux persiennes tirées sur le soleil d'été ou dans le chaud refuge des couvertures lors d'une glaciale matinée d'hiver.

L'enfance est un vaste continent disparu, une Atlantide dont les frontières nous séparant de l'âge adulte nous semblaient si éloignées qu'elles se confondaient au loin dans un vague halo de brumes et de mystères. Les dimanche y étaient interminables et les grandes vacances d'été y duraient une éternité. L'heure où nous deviendrions de « grandes personnes », avec soucis et responsabilités, nous apparaissait alors comme un moment si éloigné dans le temps, inaccessible et vaguement inquiétant, qu'il semblait tissé dans l'étoffe même de nos rêves.
Et pourtant, inexorablement, le temps passait, le pays de l'enfance se rétrécissait, ses frontières s'amenuisaient comme sous le coup de l' invasion d'une armée arborant l'étendard de la résignation et des illusions perdues.
Alors il a fallu débarquer du Pequod, du Nautilus ou de l'Hispaniola, quitter la forêt de Sherwood, la jungle de Mowgli, la caverne d' Ali-Baba. Il nous a fallu faire nos adieux à Long John Silver, à Tom Sawyer, Peter Pan et Oliver Twist. Peut-être, avec un peu d'espoir, nous reverrions-nous plus tard, lorsque nos propres enfants, découvrant à leur tour ce monde perdu, nous permettraient d'entr'apercevoir l'ombre fugace de l'un de nos anciens amis. Mais il a fallu se résigner, rendre les armes, déposer aux pieds de la Raison nos sabres d'abordage, nos tomahawks et nos Excalibur.
Les rivages de l'enfance se sont peu à peu estompés dans la brume du couchant. Nous sommes devenus des exilés, des émigrants condamnés à ne plus jamais réintégrer leur pays. L'enfance est un pays où l'on ne retourne jamais.

Et pourtant il restait tant à lire, tant à découvrir. Me fallait-il abandonner tout espoir de voyager avec Phileas Fogg, de partager le sort de Robinson Crusoe, de chevaucher avec Pardaillan ? Je décidai, dussé-je provoquer les sourires condescendants et les silences polis de certains « adultes », de lire ou de relire ces romans que nombre de mes comparses d'« âge mûr » ont délaissé au profit de lectures « sérieuses ».

Ce sont donc ces Paradis perdus que je me suis promis de découvrir ou redécouvrir au gré des occasions qui s'offriront à moi.
Le continent disparu est immense, il me réserve de nombreuses heures de lecture pleines de surprise et d'émerveillement, à la découverte de contrées inexplorées et de personnages devenus légendaires, aux figures estompées par le temps, et dont mon imaginaire de lecteur saura, je l'espère, donner ou redonner vie et couleurs.

Et puisque tout voyage commence par un premier pas, ce sera, à tout seigneur tout honneur, avec Stevenson et son « Île au Trésor » que je commencerai cette quête des Paradis perdus.

8 commentaires:

BelleSahi a dit…

Je n'arrêterai jamais de lire de la littérature pour enfants...

marie a dit…

Raaaaaaaalalala ....... SU PER BE !

(nononon pas de 'vrai' commentaire pour l'instant: après un tel texte j'aurais l'impression d'écrire bête-rabougri!!)

Soma a dit…

Très joli prose sur un blog fort agréable...
Bonne continuation : je reviendrais.
Bizzz
Soma
PS : il y a tant de choses à lire, relire, découvrir, redécouvrir...

Lamousmé a dit…

et pourquoi tu crois que je veux ouvrir une librairie jeunesse???? :o)

Lamousmé a dit…

et le texte est....ralalalala comme le dit Marie!!!! ;o)

anjelica a dit…

C'est une belle idée ! Cela fait un moment que j'ai envie de relire 'Michel Strogoff' de Jules VERNE !

Malorie a dit…

Bravo pour ce petit texte qui m'a fait revivre mes lectures d'enfances.

Tu parle des livres de Jules Verne (Nautilus, Fileas Fogg...), je ne pense pas que Jules Verne soit spécialement un auteur jeunesse. Moi par exemple, je les ai découvert lorsque j'avais environ 18/19 ans...

Mais peut être ne les aie-je pas lu avant car dans mon entourage personne ne lisais ou n'achetais de livres...

Pascal a dit…

Malorie : comme toi j'ai découvert Jules Verne entre 18 et 20 ans. Je m'étais essayé à "20 000 lieues sous les mers" vers l'âge de 10-12 ans mais j'avais rapidement abandonné.
Je mets tous ces livres dans la catégorie de la littérature "jeunesse" uniquement parce qu'ils ont été depuis fort longtemps remisés dans ce genre littéraire ; ça ne veut pas pour autant dire que je pense que ces livres soient uniquement réservés aux enfants et aux ados.Bien au contraire. Je trouve que des romans comme "Moby Dick" par exemple ne méritent pas d'être cantonnés dans ce style littéraire et d'être "snobés" par des adultes qui considèrent ces oeuvres comme naïves et simplettes. Je les défie de trouver une once de naïveté dans le chef-d-oeuvre de Melville.
Pour finir, j'aime beaucoup ces auteurs et bien d'autres que je n'ai pas eu l'occasion de lire pendant mes jeunes années.Mais je compte bien me rattraper.