vendredi 10 août 2007

La Monja Alférez





"La Conquistadora" Eduardo Manet. Roman. Robert Laffont, 2006.



Avec « La Conquistadora », Eduardo Manet nous dresse le portrait d'un personnage les plus légendaires de l'histoire espagnole du Siècle d'Or en la personne de Catalina de Erauso, La Monja Alférez (La nonne-lieutenant), plus connue sous l'appellation de « la nonne militaire d'Espagne ».

Née en 1595, cloîtrée comme ses soeurs au couvent, elle s'en échappe vers l'âge de quinze ans à la suite d'une bagarre.
Commence alors pour cette jeune femme au physique ingrat une existence bien peu commune. Se faisant passer pour un homme, s'inventant une identité elle apprendra le métier des armes auprès de divers membres de la noblesse espagnole avant de s'embarquer pour le Nouveau-Monde.
Arrivée au Chili, elle combattra les indiens Araucans et servira même, sans lui dévoiler sa véritable identité, sous les ordres de son propre frère.
Bretteuse et duelliste redoutable, son courage sur les champs de bataille lui vaudront l'admiration et le respect de ses supérieurs qui lui décerneront le grade de lieutenant. Passionnée de jeu, d'un caractère farouche, et prompte à régler ses différends au fil de l'épée, elle serait responsable de nombre de décès lors de duels qu'elle aurait remporté. C'est au cours de l'un de ces duels que, volontairement ou par inadvertance, elle tue son frère.

Le narrateur du roman, le jeune Don Miguel, est le fils de ce frère tué par la nonne-lieutenant. A la suite de ce drame, il quitte le Nouveau-monde avec sa mère pour retourner en Espagne ou ils se mettront sous la protection de l'oncle de celle-ci, le Comte de Niebla.
Intrigué par l'état de fatigue et les voyages continuels qu'effectue sa mère, il apprend que celle-ci n'a qu'un seul but en tête : retrouver la nonne-lieutenant et lui faire payer le prix de ses actes en la tuant.
Malheureusement, la veuve vengeresse n'arrivera jamais à mettre la main sur la meurtrière de son mari et mourra d'épuisement. Ce sera donc le jeune Don miguel qui reprendra le flambeau de la vengeance.

S'appuyant sur les Mémoires de la Monja Alférez, qui entre temps est devenue un personnage quasi-légendaire au point que ses exploits soient relatés par les auteurs de théâtre et les romanciers – le peintre Francisco Pacheco réalisera même son portrait – il va suivre pas à pas le parcours peu ordinaire de cette femme au destin extraordinaire.

De San Sebastian à Valladolid, de Bilbao à Séville, de l'Argentine au Chili, du Pérou au Yucatan, Don Miguel va interroger les divers personnages ayant été en relation avec la nonne-lieutenant. Il apprendra beaucoup, lors des entretiens qu'il aura avec ceux-ci, sur la personnalité de sa tante, Catalina de Erauso, sur ses nombreux changements d'identité et d'activités, sur ses errances et ses fuites, sur cette vie solitaire et sans attaches, pleine de violence et de ruse.
Il va ainsi mener son enquête et suivre la trace de cette femme, relatant peu à peu la vie de celle-ci et les évenements qui ont marqué sa vie.
Au cours de ce voyage, il rencontrera l'amour et la mort, la beauté et la cruauté de ce Nouveau-Monde livré à la convoitise d'aventuriers et de soldats déterminés à faire fortune et à se tailler un territoire au fil de l'épée.
Don Miguel arrivera-t-il à retrouver la meurtrière de son père ? Est-elle encore vivante à l'heure où il entreprend ses recherches ? Aura t-il le dessus s'il la provoque en combat singulier ?

Eduardo Manet nous offre, avec « La Conquistadora », un grand roman d'aventures au rythme trépidant, rempli d'images chatoyantes de l'Espagne du Siècle d'Or de Philippe IV, un roman où abondent duels à l'épée et attaques de pirates, brigands de grands chemins et autres personnages sanguinaires, un roman qui nous entraîne des jungles étouffantes d'Amérique du Sud aux hauts plateaux de la Cordillère des Andes, du pays basque à la Terre de Feu en un récit coloré et haletant, plein de bruit et de fureur. Un magnifique roman d'aventures mettant en scène l'un des personnages les plus mystérieux et les plus légendaires de l'histoire espagnole.


Catalina de Erauso,"La Monja Alférez"
Peinture de Francisco Pacheco

2 commentaires:

sylire a dit…

De cet auteur j'avais lu Maestro, il y a quelques années. Il avait remporté le prix du télégramme. J'avais beaucoup aimé, alors je note celui-ci

moustafette a dit…

Une vraie Calamity Juana cette nana ! A pas l'air commode...