mardi 7 août 2007

Les infortunes de la vie conjugale


"BASIL" William Wilkie Collins. Roman. Phébus, 2001.

Traduit de l'anglais par Marie-Thérèse Carton-Piéron.



Basil, le personnage central – et narrateur de ce récit – a décidé de garder l'anonymat afin de ne pas compromettre sa famille et de pouvoir ainsi raconter dans le détail la suite de mésaventures qui l'ont conduites à être chassé et renié par son père. Réfugié dans un petit village de pêcheurs du Pays de Galles, Basil revient sur son passé et sa vie de jeune aristocrate londonien du XIXe siècle, descendant d'une illustre famille remontant à la fondation du Royaume d'Angleterre.
Pour ce jeune homme, le destin semble tout tracé. Son frère aîné ayant décidé de mener une vie dissolue s'est attiré les foudres de son père et s'est donc exilé sur le continent où il peut ainsi s'adonner, loin des responsabilités et des remontrances paternelles, à ses penchants épicuriens.
Basil et sa jeune soeur Clara restent quant à eux sous la tutelle paternelle et semblent promis à un avenir des plus radieux.
Le jeune homme étudie le droit et s'adonne, parallèlement à ses études, à sa passion pour l'écriture de romans qui, espère-t-il, lui offriront l'occasion de mener une carrière d'écrivain. Pour Basil, jeune homme studieux et un tantinet solitaire, tout semble ainsi se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Jusqu'au jour où il fait fortuitement la rencontre d'une jeune fille, Margaret, dont il va immédiatement tomber éperdument amoureux.

Cette idylle pourrait annoncer un surplus de joie, de bonheur et d'insouciance dans ce qui compose l'existence du jeune Basil mais le carcan des codes sociaux de l'époque victorienne sont là pour le rappeller à l'ordre. Car Margaret, si charmante soit-elle, n'appartient pas au milieu de la noblesse. Le père de la jeune fille est un négociant, roturier aisé certes, mais dans la bonne société anglaise du XIXe siècle, il est impensable pour la noblesse de s'allier avec une famille issue d'un milieu populaire. Le père de Basil étant un homme très à cheval sur les questions de préséance, d'étiquette et de conservatisme social ne pourrait que s'opposer à ce qu'il considérerait comme une mésalliance.
Mais, faisant fi de toutes ces conventions, amoureux fou, Basil décide de transgresser les règles. Il demande la main de Margaret au père de celle-ci, Mr. Sherwin, qui va accepter, sous certaines conditions, de laisser les deux jeunes gens s'épouser.

Tout semble donc s'arranger de la manière la plus parfaite et l'on imagine déjà les deux jeunes mariés, ayant écarté toutes barrières sociales faisant obstacle à leur bonheur, promis à un avenir radieux et sans nuages. On ne compte plus les romans à l'eau de rose se terminant de cette manière et l'on pourrait aisément s'imaginer que ce mariage apporte la conclusion heureuse d'une idylle commencée sous de peu engageants auspices. Il n'en est rien.
C'est à partir de ce mariage, célébré secrètement afin d'éviter toute opposition, que tout commence et que tout bascule. C'est ici que pour le jeune Basil le cauchemar vient s'installer, subrepticement d'abord, puis de manière de plus en plus affirmée jusqu'au dénouement final et spectaculaire de cette histoire qui pourrait sembler s'apparenter au départ à une romantique bluette. Mais je n'en dirai pas plus de peur de déflorer l'intrigue et de gâcher le plaisir de celles et ceux qui seraient tentés par le lecture de cet ouvrage.Car c'est bien d'un livre à « suspense » dont il s'agit ici.
Une fois entré dans la lecture de ce roman, il s'avère particulièrement difficile de s'extraire de celui-ci et d'en interrompre la lecture tant l'on se sent emporté dans le courant des vicissitudes et autres désagréments que doit affronter le jeune héros de ce livre.
Truffé de rebondissements, de coups de théâtre et de faux-semblants, ce roman entraîne le lecteur dans un tourbillon d'émotions qui ne cessera qu'une fois le livre achevé.
D'une facture classique, ce roman de William Wilkie Collins (1824-1889) nous plonge dans l'ambiance si particulière de l'Angleterre victorienne et nous entraîne dans un récit haletant qui pourrait faire pâlir de jalousie nombre d' auteurs de thrillers contemporains.
Malgré quelques aspects désuets ( on s'évanouit beaucoup ; la morale, la justice et le bon droit sont rétablis à la fin ; la psychologie manichéenne de certains personnages est un peu simpliste...) qui en font tout le charme, on se prend à dévorer ce roman avec jubilation et à ne plus vouloir en cesser la lecture.
Un conseil : méfiez-vous de l'addiction aux romans de Wilkie Collins ! Pour ma part, il est trop tard. J'attends déjà avec impatience le moment où j'entamerai la lecture d'un autre roman de William Wilkie Collins.

4 commentaires:

Lamousmé a dit…

yek yek yek bienvenue au club !!!:o)

marie a dit…

J'ai lu de lui La Dame en blanc et Pierre de Lune, ce sont sans doute les plus connus.. Humm pas vraiment d'addiction même si en lisant cette chronique sur Basil, je repiquerais bien au Wilkie ;) !

Musky a dit…

Sur l'addiction, je suis tout à fait d'accord : après avoir lu mon premier wilkie collins, j'en ai lu 6 à la suite. Mes préférés sont Armadale et la Dame en blanc pour l'instant.

erzebeth a dit…

Ah ! Je n'ai toujours pas fait le premier pas, concernant cet auteur. Je crains l'addiction et les possibles nuits blanches ! :-) Mais je viens de décider que je le lirai à la rentrée, je ne sais pas, je trouve que ça s'accorde bien avec la fin de l'été...
Très belle critique, en tout cas ! Et fort alléchante :-)