samedi 31 mars 2007

Le 5e Prix des Lecteurs du Télégramme # 3


"Le coeur de l'hiver." Dominic Cooper. Roman. Editions Métailié, 2006.
Traduit de l'écossais par Bernard Hoepffner.

Il existe en littérature un thème romanesque, celui du vieil homme confronté à une nature hostile, qui a donné lieu à de nombreux chefs d'oeuvre dont les plus célèbres sont, entre autres, « Le vieil homme et la mer » d'Hemingway, « le vieux qui lisait des romans d'amour » de Luis Sepulveda ou encore « Le jour avant le lendemain » de jorn Riel.

« Le coeur de l'hiver » de Dominic Cooper appartient lui aussi à ce genre littéraire et , à l'instar des exemples cités plus haut, est digne d'être classé en bonne place parmi ces excellents romans.

Le personnage central du récit, Alasdair, est un homme des highlands qui, depuis la mort de son père et le départ de son frère, vit seul et exploite la petite ferme familiale située sur la côte occidentale de l'Ecosse. Sur ces rivages battus par les vents de l'Atlantique, la vie est âpre et rude, et les quelques hommes qui n'ont pas abandonné le pays pour la sécurité des grandes villes, doivent se contenter d'une vie fruste et solitaire.
Alasdair partage son temps entre la pêche au homard, dont la vente lui permet de subvenir à ses besoins, et l'élevage de ses bêtes. Cet homme dont le physique peu avenant le fait considérer par les autres comme un simple d'esprit, mène sa vie solitaire avec bon sens et simplicité, en accord avec les rythmes de la nature et ses bêtes avec qui il entretient une relation empreinte de respect et de complicité.
Pour lui, la vie s'est toujours écoulée paisiblement, jusqu'au jour où un vient s'établir à proximité un personnage inquiétant qui, sans raisons aucune, voue une haine implacable à Alasdair. Cet homme, surnommé An Sionnach ( « le renard » en gaëlique) va tout faire pour nuire à Alasdair et pousser celui-ci dans ses derniers retranchements.

« Le coeur de l'hiver » est un récit superbe et tragique, un drame épique digne des sagas scandinaves du moyen-âge ( Dominic Cooper cite, en ouverture de son roman la Saga de Njall le Brûlé, une des plus belles et plus célèbres sagas islandaises), une sombre histoire de vengeance où deux hommes s'opposent au sein d'une nature sauvage, belle et violente.

Cette nature, omniprésente dans le roman, se voit magnifiée par l'écriture puissante et évocatrice de Dominic Cooper qui restitue talentueusement par la magie de sa prose la violence et le déchaînement des éléments qui s'abattent sur cette côte tourmentée qui résiste depuis des temps immémoriaux aux titanesques assauts de l'océan. Qu'on en juge par cet extrait :

« Les nuages remplissaient le ciel après s'être bousculés à l'horizon comme autant d'oiseaux apeurés fuyant un grand incendie. En dessous d'eux les rangées de vagues traversaient la mer sans répit, leur crête blanchie ici et là par un vent tourbillonnant à la surface, et lançaient leur puissance si longtemps retenue sur les rochers du rivage. Lorsque les vagues, poussées par le vent, approchaient de la côte, elles rencontraient les récifs et les talus, prenaient de la hauteur jusqu'à ce qu'il paraisse impossible qu'avec leur frange blanche bouclée elles puissent avancer d'un mètre encore sans culbuter la tête la première à leurs propres pieds. Et pourtant elles avançaient – elles couraient de l'avant comme des jongleurs, maintenant haut leur crête à la limite de la perte d'équilibre de sorte que leur élan prenait d'autant plus de puissance pendant les derniers mètres de leur parcours. Alors enfin elles atteignaient la côte et après un dernier effort elles se dressaient, restaient immobiles une seconde avant de se jeter sur la terre.
Elles explosaient de mille manières différentes – certaines, apparemment, avec hostilité, d'autres avec une haine orageuse, d'autres avec une délicate allégresse, d'autres encore avec soulagement – mais elles projetaient toutes d'immenses nappes d'écume et de lait salé sur les rochers noirs et les promontoires rocheux. Parfois ces vagues sauvages enveloppaient complètement les rochers d'un mélange explosif d'eau et d'air qui dissimulait brièvement toutes choses. A d'autres moments – lorsque une vague se brisait trop tôt – les eaux écumeuses se précipitaient sur les rochers les plus plats comme de jeune s agneaux fuyant par dessus un mur. Et alors des bras, des doigts, des ongles d'écume s'immisçaient dans les fentes et les crevasses, les plis, les tunnels et les grottes au point que la roche morose se retrouvait tout à coup animée d'une vie palpitante et sinueuse. Mais l'élan finissait par mourir, les eaux menaçantes étaient freinées, s'arrêtaient et commençaient à retomber, pour être aspirées et tirées en arrière jusque dans la gueule de la vague suivante. La côte tout entière, aussi loin que l'on pouvait voir, était frangée par cette toison bouillonnante. »

« Le coeur de l'hiver » est un roman aux accents épiques, magistralement mis en scène par la prose de Dominic Cooper, une ode à la nature sauvage, un chant de vie et de mort où souffle le vent du grand large. La violence des hommes, semblable en cela à celle de l'océan, s' y déchaîne sans prévenir et rejette, quand la colère s'est apaisée, les corps brisés de ses victimes. Ce roman, dont l'écriture, par sa puissance, rappelle celle de Hermann Melville, nous laisse, une fois la dernière page tournée, comme étourdis, sonnés, par le déferlement des vagues et les bourrasques de vent glacial sur la lande déserte. Un grand roman.
L'avis de Chatperlipopette et de Clarabel.

2 commentaires:

marie a dit…

Après la neige, l'hiver...brr à quand l'arrivée du printemps sur votre blog?
Plus sérieusement, j'aimerais bien le lire ce roman-là. Je me promets de le faire.. et je reviendrai avec mes impressions toutes fraîches ici-même pour faire un vrai commentaire cette fois! (s'agit-il d'un livre récent ou peut-on déjà le trouver en bibliothèque?)

Pascal a dit…

A Marie :C'est un livre récent (2006)mais que l'on peut d'ores et déjà trouver en bibliothèque. Ce fut le cas pour moi.
J'attends avec impatience vos impressions au sujet de ce roman.
A Bientôt.