mardi 13 mars 2007

Tel est pris...


"Le jardin du Bossu." Franz Bartelt. Roman. Gallimard, 2004.



« Il était là, le con ! Rond comme un bidon. Entouré d'une flopée d'ivrognes encore plus saouls que lui. Je ne l'avais jamais vu en ville. J'ai demandé au Gus qui c'était. Il n'en savait rien. J'ai recommandé une bière. Le type se vantait. Il ne parlait que de son pognon. Il en avait, puisqu'il payait les tournées en sortant de sa poche des poignées de billets. Il refusait la monnaie. Il s'y croyait. Le con. Ah, le con ! Le Gus m'a dit qu'il était déjà saoul en arrivant. Il avait touché la paie ou quoi ? Il buvait du blanc limé. De temps en temps, il se levait et chantait une connerie. Il y a connerie et connerie. Les siennes, c'était des conneries de l'ancien temps. On n'y comprenait rien. Des histoires de drap du dessous, que c'est celui qui prend tout. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il retombait sur sa chaise, comme un sac. Il se remettait à parler de son pognon. Il en avait des tas. Stocké dans le tiroir de la salle à manger. Tout en liquide.- T'as pas peur de te faire attaquer ? A demandé un des gars. »


C'est ainsi que commence « Le jardin du Bossu » , un petit bijou de polar signé Franz Bartelt.
Le narrateur, qui est aussi le personnage principal de ce roman, en tentant de satisfaire l'esprit de lucre de sa compagne, va mettre le doigt dans un engrenage qui pourrait lui coûter la vie. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'au fil des pages ses mésaventures n'engendrent pas la monotonie. On y trouvera une maison dont la cave renferme de lourds secrets, une ancienne speakerine, un virtuose du télé-achat, des amateurs de bière et d'alexandrins, de sodomie et de la « Touche Onassis » ainsi que bien d'autres choses encore.

Franz Bartelt, avec le « Jardin du Bossu » nous entraîne dans une ville de province qui pourrait se situer dans sa région d'origine, les Ardennes, peut-être à Charleville-Mézières, afin de nous présenter des personnages atypiques dissimulés sous le vernis de la banalité. Le personnage du narrateur est, à lui seul, tout un programme, loser et chômeur, amateur de combines et de petits larcins qui lui permettent d'améliorer l'ordinaire et de satisfaire les desiderata de sa compagne, il porte également sur la société un regard lucide et railleur qu'il exprime avec une gouaille et une fraîcheur hilarantes : « J'ai lu des livres sur la révolution, sur les émeutes. Du livre de gauche, de la dialectique. Limite communiste. Ah oui, j'aurais pu tourner enragé ! Mais le communiste, il réclame trop fort le plein emploi, du travail pour tous. Il croit qu'on est tous bâtis de la même manière, qu'on rêve tous de trimer à l'usine, de crever à cinquante ans après avoir engraissé les patrons. Le communiste, il a le sentiment de bien faire. Ce qu'il cherche, c'est le bonheur de tous. Je le reconnais. Mais s'il met tout le monde à l'usine, forcément qu'il fera des malheureux. Il y a un tas de types comme moi qui se trouvent très contents de ne pas travailler. Du moins de ne pas travailler à la chaîne ou à l'ébarbage ou à monter des parpaings. On en meurt plus facilement que de ne rien faire.
Moi je travaille, à ma façon. Je refuse seulement qu'on m'exploite. Quand je pique quelque chose dans un magasin, je prends mes risques, comme le couvreur qui grimpe sur un toit. Je peux tomber. Mais ça sera toujours de moins haut que le couvreur. Quand je tombe, moi je tombe sur un flic. Du rembourré, donc. En province, le flic à de l'éducation. Si on est bon joueur, il est bon prince. Je ne me plains pas de leurs manières. On a toujours eu d'excellents rapports. Meilleurs qu'avec les détenus, en prison. »


« Le jardin du Bossu » est un polar jubilatoire et décapant. A lire ce roman de Franz Bartelt, on se croirait dans un film de Bertrand Blier dialogué par Michel Audiard. Je ne résiste donc pas, pour rester dans l'ambiance, et en guise de conclusion, d'ajouter la scène d'introduction de « Buffet froid. »
Si vous avez aimé ce film, lisez donc « Le jardin du Bossu. »

2 commentaires:

Gachucha a dit…

Je ne garde pas un grand souvenir de ce roman,mais c'est vrai qu'on pense à Blier ! Ce n'est pas un livre pour moi malgré ses qualités certaines.

valdebaz a dit…

J'ai adoré ce polar et je me suis bien bidonnée avec les dialogues croustillants, une histoire abracadabrante et un ton décalé !