dimanche 30 mars 2008

Le 6ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 5





"Ton silence est un baiser" Denis Labayle. Roman. Julliard, 2007.







Cette nuit, nous sommes passés à l'heure d'été. Une heure de perdue, évaporée, atomisée, pour une journée de vingt-trois heures. Ce n'est pas rien, une heure, ça compte dans le timing d'une journée. D'ailleurs ce décalage de soixante minutes – comme deux fois par an depuis l'instauration en 1974 de cette mesure censée réduire nos dépenses d'énergie – fait le bonheur des chronobiologistes de tout poil invités à discourir dans les médias sur les méfaits de cette mesure sur notre horloge biologique, notre sommeil, notre appétit, etc... Tous les six mois, les mêmes discours encombrent les colonnes de nos quotidiens et saturent nos écrans télévisuels pour nous ressasser les mêmes lieux communs.
Ce genre de sujet est appelé un « marronnier » dans le langage journalistique : on peut le placer tous les ans sans poser aucun probléme et y revenir régulièrement pour combler une actualité peu fournie ou, au contraire, éviter d'aborder certains sujets plus délicats. Ainsi voyons-nous défiler tous les ans, dans les pages des magazines dits d'information, des sujets d'une importance primordiale tels que le salaire des cadres, la franc-maçonnerie, vos impôts, et autres billevesées...
Mais je m'égare et reviens au sujet qui m'amène : l'heure d'été. Voici donc une heure de perdue, une heure de ma vie envolée, disparue dans les limbes. Avouez qu'il y a de quoi se révolter, sans compter que mon horloge biologique va en être gravement perturbée pendant plusieurs jours ! Si, si ! C'est vrai, puisqu'on l'a dit à la télé. Mais après tout, qu'est-ce que c'est qu'une heure ? Pas grand chose au regard de l'éternité. Ni même au regard d'une journée. Rendez-vous compte, ce serait autrement plus grave et difficile à gérer, que de perdre une journée. C'est pourtant ce qui m'est arrivé récemment, et ce n'est ni de la science-fiction ni un abus de substances psychotropes. J'ai effectivement perdu une journée, une journée de lecture où j'aurais pu lire et déguster un bon bouquin. Hé bien non! Il n'en fut rien ! J'ai perdu une précieuse journée de ma courte vie à lire « Ton silence est un baiser » de Denis Labayle.
Voici donc un roman de 268 pages qui s'est avéré si ennuyeux et soporifique que la lecture des Pages Jaunes France Télécom passerait à côté pour un chef-d-oeuvre de la littérature contemporaine. J'en arrive encore à me demander comment j'ai pu tenir jusqu'à la dernière page de ce récit convenu et insipide.
Pourtant, le contexte du roman aurait pu donner lieu à un roman accrocheur : une épidémie venue d'Asie s'étend peu à peu à travers le monde, dévastant tout sur son passage, faisant des milliers de morts, mettant à bas l'économie mondiale et révélant l'extrême fragilité de nos sociétés contemporaines.

Mais voilà que l'auteur a décidé de plaquer par dessus tout cela une bluette à côté de laquelle les redondances, les lieux communs, et la pauvreté psychologique des personnages feraient passer Danielle Steel pour Jane Austen : Franck est chercheur, Maud également. Franck aime Maud. Maud aime Franck. Mais tout les sépare car tous deux sont mariés et ne veulent pas remettre en cause ce qu'ils ont patiemment construit. Alors les deux amants se voient de moins en moins. Maud part vivre à Boston tandis que Franck reste à Paris. Mais cette épidémie qui fait des ravages sera-t-elle l'occasion pour eux de se retrouver et de vivre enfin leur passion ? Bref, voici le pitch de cet ennuyeux récit dont je ne résiste pas à la tentation de vous livrer un court extrait afin de vous en faire savourer le Steel... euh... le style :



« Plus je pense à Franck, plus ma pensée se trouble. Pendant cette année, cent fois j'ai tenté de l'oublier, et cent fois je me suis posé la même question : que fait-il à cet instant ? J'ai passé mon temps à mesurer le vide causé par son absence, à calculer sans fin la distance qui nous séparait. Le souvenir de nos amours est reveneu, incessant, lancinant comme une douloureuse obsession.
Je le revois et tout est bouleversé : mon temps, ma pensée, mon désir. Cette nuit, j'ai rêvé qu'il posait ses mains sur moi, et que je vibrais au rythme de son corps. J'aimerais tant goûter de nouveau au passé. Je troquerais volontiers mes plus chers souvenirs contre un peu de réalité. Retrouver la trace de nos plaisirs, redevenir pour lui l'objet du désir, l'enivrer et puis marcher à ses côtés, sur une grève déserte, un soir au coucher du soleil. Je n'ai rien oublié des jardins secrets dont il a gardé la clé. Pourquoi faut-il avoir besoin de tant d'incertitudes pour se rendre compte de l'évidence ? Avec lui, je me suis toujours sentie si bien... »



Et cela continue et s'étire sur toute la longueur du roman en alternant son récit à elle et son récit à lui. Quelle idée originale! Chaque chapitre est intitulé soit « Elle », soit « Lui », au cas où nous n'aurions pas compris la subtilité du procédé romanesque.
Je passe sur la conclusion du roman, convenue, téléphonée, conforme à l'ensemble du récit. Ma seule satisfaction fut de me dire que j'en avais enfin terminé avec ces deux personnages si caricaturaux et si peu attachants, avec leurs escapades sur la plage de Cabourg en hiver, sans oublier les allusions aux galets d'Etretat et autres clichés dignes de la collection Harlequin.
Affligeant.


La sélection du Prix des Lecteurs du Télégramme nous avait habitués à beaucoup mieux. Dommage. En tout cas, je sais pour qui je ne voterai pas.







L'avis, pas plus enthousiaste, de Chatperlipopette.

1 commentaire:

Sibylline a dit…

Si je comprends bien, tu fais une sacrée fête quand l'heure d'hiver t'offre une heure de vie en plus. ;-))