jeudi 13 mars 2008

Le 6ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 2







"Palestine" Hubert Haddad. Roman. Editions Zulma, 2007.







Cham est soldat dans l'armée de Tsahal en Cisjordanie.

À quelques heures de sa permission il est désigné pour effectuer une dernière patrouille le long de la clôture de protection.

Soudain, alors que tout paraît tranquille, lui et l'officier qui l'accompagne sont pris en embuscade par un commando palestinien.


L'adjudant Tzvi est tué et Cham, blessé à l'épaule, est enlevé.
Quand il reprend conscience, il est devenu un prisonnier des fedayins. Le traumatisme de l'assaut ainsi que sa blessure l'ont rendu amnésique. Qui est-il ? Il ne porte sur lui aucun papier d'identité.


Fiévreux, à demi-inconscient, il est soigné au domicile d'une veuve aveugle, Asmahane, et de sa fille Falastìn. Le père, responsable politique opposé à la lutte armée, a été abattu dans sa voiture lors d'un accrochage avec l'armée israëlienne. Nessim, le frère de Falastìn, a disparu sans que l'on sache s'il s'est engagé dans les rangs de tel ou tel groupuscule, ni s'il est mort ou encore en vie.
Afin de protéger Cham, soldat sans mémoire, la jeune fille et sa mère vont lui faire endosser l'identité de ce dernier. Il va donc devenir Nessim, un jeune palestinien confronté à l'absurdité et à l'horreur d'un conflit qui ne cesse de s'éterniser.


Cham / Nessim va donc se retrouver de l'autre côté du miroir.

Devenu palestinien, il va vivre la dure réalité de cette population prise en otage entre les fanatiques des deux camps. Il va subir les humiliations aux check-points où les files d'attente durent des heures, il va devoir suivre les itinéraires labyrinthiques que doivent emprunter les hommes et les femmes de ce pays afin de se rendre à leur travail, visiter leurs familles ou simplement trouver de quoi se nourrir. Dans cette Cisjordanie occupée, morcelée, où s'établissent les colons sionistes, nul n'est à l'abri d'un jet de pierre, de la balle d'un sniper ou d'une intervention musclée des troupes de Tsahal. Nessim va apprendre la peur puis la colère et enfin la révolte.


Avec « Palestine », Hubert Haddad nous offre un récit surprenant et tragique sur les conditions de vie des habitants des territoires occupés. Cette tragédie moderne aux accents universels ne prend parti pour aucun des deux camps (si toutefois l'on peut réduire à deux camps les innombrables factions qui se divisent et se déchirent), elle vise surtout à nous démontrer l'inanité de ce conflit où depuis tant d'années la violence ne cesse de répondre à la violence. Elle nous décrit les souffrances et les espérances de toute une population dont le quotidien est devenu un cauchemar et dont les aspirations à une vie redevenue normale relèvent du domaine de l'utopie.


Ce livre est aussi l'occasion de nous faire découvrir deux très beaux portraits de femmes : celui de Falastìn, la jeune et fragile étudiante en droit devenue anorexique après avoir vu son père abattu sous ses yeux, celui d'Asmahane, sa mère, aveugle et rongée par le chagrin d'avoir perdu un fils et un mari, celui de Layla, la tante de Falastìn, professeur d'histoire à l'école polytechnique, femme d'un universitaire détenu pour avoir participé au démembrement de plusieurs barrages édifiés par l'occupant.

C'est aussi le portrait touchant de Manastir, le vieux photographe libre penseur, dont l'arrière-boutique sert de refuge aux uns et aux autres...
Ainsi, prennent vie sous nos yeux ces visages anonymes entrevus dans les reportages télévisés, ceux des acteurs, des victimes et des témoins d'un drame sans cesse renouvelé. Des toponymes frappent notre mémoire : Hébron, Tulkarem, Ramallah, Qalqilyah... Ces lieux et ces visages si lointains deviennent tout d'un coup si proches que le lecteur ne peut s'empêcher de s'identifier avec les personnages décrits et de partager leurs craintes et leurs aspirations.


Baroque, poétique et sensuelle, l'écriture de Hubert Haddad nous transporte vers ce Moyen-Orient troublé et divisé. Au fil des pages la lecture alterne entre la quiétude du paysage, de ces crépuscules rougeoyants et de ces aubes paisibles où résonne l'appel à la prière, et les scènes heurtées, violentes et meurtrières du conflit armé.


Avec ce roman, Hubert Haddad nous immerge au sein d'un drame contemporain qui ne cesse de s'étaler sous nos yeux mais dont la relative distance ne trouve que peu d'échos dans nos sociétés européennes. « Palestine » nous force à ouvrir les yeux sur ce conflit, sans prendre parti pour l'un ou l'autre des belligérants, mais nous démontre, à travers les portraits de ces hommes et de ces femmes meurtris, le désir de paix qui anime une grande majorité de la population, désir malheureusement entravé par les extrêmismes de tous bords.






1 commentaire:

Joelle a dit…

Là aussi, je vais le lire donc pas de lecture en profondeur de ton billet ! J'attends juste que le livre se libère à la biblio (mais ils en ont commandé d'autres exemplaires !)