dimanche 2 mars 2008

Haïku blanc



"Neige" Maxence Fermine. Roman.
Editions Arléa, 1999.



Dans le nord du Japon, à la fin du XIXème siècle, sur l'ïle d'Hokkaïdo, le jeune Yukio Akita vient d'avoir dix-sept ans. C'est le moment pour lui de choisir ce qu'il fera de sa vie. Fils d'un prêtre shintoïste, la tradition familiale veut qu'il choisisse entre la carrière militaire et la vie religieuse.
Mais Yukio refuse ce choix. Il veut devenir poète. Sa vie est en effet gouvernée par deux passions, l'écriture de haïkus et la blancheur de la neige dans laquelle il trouve l'inspiration nécessaire à la composition de ses poèmes.
Fermement ancré dans ses convictions, Yukio décide de partir chaque jour très tôt afin de se rendre sur la montagne. Là, il écrira soixante-dix-sept haïkus célébrant la blancheur de la neige.
Un jour de printemps, un visiteur se présente à la demeure familiale. L'homme est un poète de la Cour de l'Empereur qui a entendu parler des écrits de Yukio. Il souhaite rencontrer le jeune homme et le présenter à l'Empereur. Mais Yukio refuse, il ne se rendra à la capitale que lorsqu'il aura rédigé sept fois soixante-dix-sept haïkus, ce qui implique qu'il ne se rendra à la cour que sept ans plus tard.
Surpris et déçu par les résolutions du jeune homme, le poète repart pour revenir quelques temps plus tard. Il félicite Yukio pour la grande qualité de ses poèmes mais déplore que ceux-ci ne décrivent que la blancheur de la neige. Il lui conseille, afin de perfectionner son art, de colorer ses poèmes et d'élargir ainsi son univers poétique. Pour cela, il lui conseille de prendre la route afin de se rendre vers le Sud du Japon où il apprendra ce qui fait défaut à son art auprès du Maître Soseki, ancien samouraï, poète, peintre et musicien renommé.
Yukio va donc quitter son foyer afin de rencontrer Soseki. Traversant les Alpes japonaises, il est pris dans une terrible tempête de neige et ne doit son salut qu'à un surplomb de rocher sous lequel il s'abrite. Là, il va faire une découverte extraordinaire qui bouleversera sa vie : sous la glace repose le corps nu d'une jeune femme d'une beauté diaphane, à la peau blanche et aux cheveux blonds.
Qui est-elle ? Pourquoi cette femme, visiblement européenne, repose-t-elle dans ce sarcophage de glace, si loin de son pays d'origine ?
Yukio trouvera la réponse à toutes ces questions auprès de Maître Soseki, mais le destin du jeune poète et celui du vieil homme en seront à jamais transformés.

Ce court roman (96 pages) de Maxence Fermine est un conte empreint de poésie et de sensualité, un hommage à la tradition japonaise du Haïku, à la beauté grandiose des éléments et de la nature sauvage, une exaltation de l'éternel féminin et une méditation sur la destinée humaine.
Sobre, voire dépouillé, le récit se décompose en cinquante-quatre courts chapitres rédigés d'une écriture cristalline avec une économie de moyens rappelant la concision des Haïkus et des Koans Zen. On trouvera au gré des pages des Haïkus de grands poètes japonais tels que Bashô, Chôsui et Issa. Véritable plongée dans le Japon traditionnel, poétique, mystique et raffiné, « Neige » est une invitation à la rêverie et à la contemplation.
Superbe.

La peau des femmes
La peau qu'elles cachent
Qu'elle est chaude !
Sutejo (1634-1698)


Hiroshige Utagawa (1797-1858)"Le sanctuaire de Gion sous la neige"

Les avis de Pauline, de Cathulu et de Pitou.

7 commentaires:

Alexandra a dit…

Remarquable en effet de par la poésie qui se dégage de l'histoire et des mots.

Turquoise a dit…

Vendu !!Bonne semaine,Pascal !

moustafette a dit…

Noté,je ne l'ai pas lu celui-ci.

Pauline a dit…

je crois que j'ai la même édition que toi "Arléa" j'ai prêté mon livre à ma grand-mère, j'avais envie de lui faire partager.
c'est gentil d'avoir mis mon avis en lien.
Je file , à la semaine prochaine!
Bonne semaine Mrs le Bibliomane.

chiffonnette a dit…

C'est un de mes coups de coeur de l'année! J'ai aimé cette poèsie et puis la forme aussi, qui coule tout doucement vers le haïku! Une belle découverte!

Delph a dit…

C'est un livre que j'ai lu il y a quelques années et que j'offre régulierement. Un moment paisible et beau à la lecture.

canthilde a dit…

Ca donne envie de se laisser séduire par le haïku, la poésie des paresseuses !