samedi 15 mars 2008

H1N1





"Putains de pauvres !" Maurice Gouiran. Roman. Editions Jigal, 2007









Les pauvres. Ils sont partout. Ils sont de plus en plus nombreux. Leur présence fait tache dans le décor des grandes villes où ils encombrent les trottoirs, font la manche, importunent les passants et s'endorment dans de vieux cartons.
La cité phocéenne n'échappe pas à la règle et les SDF ne se comptent plus, tant la misère et l'indifférence sociale ont fait de ravages. Ces naufragés de la vie sont si nombreux qu'ils n'inspirent plus ni le respect ni la compassion mais plutôt un sentiment de gêne quand ce n'est pas tout simplement une réaction de rejet.

Clovis Narigou – ex-journaliste reconverti dans l'élevage de chèvres et personnage principal des romans de Maurice Gouiran – va se retrouver brutalement confronté à la dure réalité sociale et à la détresse des plus pauvres quand une ancienne connaissance reprend contact avec lui. Ce fantôme du passé, c'est Laura, un ancien amour de jeunesse, une jolie fille qui n'a pas eu de chance et qui a sombré de manière irréversible dans l'abîme de la misère.
Pourquoi – après toutes ces années d'errances, d'alcoolisme et de nuits passées dans la rue – refait-elle surface et demande-t-elle l'aide de Clovis ?
Parce que dans les bas-quartiers de Marseille, les pauvres tombent comme des mouches. Une mystérieuse épidémie semble se répandre, une sorte de « peste des pauvres » qui ne sélectionne ses victimes que dans les couches les plus misérables de la société. Quand les SDF ne meurent pas tout simplement de cette mystérieuse maladie, on les retrouve assassinés de manière effroyable, torturés, brûlés ou écorchés vifs.
Quelle est la cause de ces morts brutales ? Qui se cache derrière ces meurtres ?

Clovis va tenter de le découvrir et va devoir pour cela abandonner quelques temps sa bergerie pour aller enquêter dans les quartiers pauvres de Marseille. Il va devoir faire vite car très rapidement les morts se comptent par centaines et la ville est en émoi. Les élus locaux temporisent mais sont bien obligés de se rendre à l'évidence face au fléau qui menace. Afin de complaire aux plus bas instinct de leur électorat, des mesures drastiques sont adoptées. La presse se déchaîne. L'extrême-droite n'est pas en reste, prônant ouvertement l'expulsion, voire l'élimination pure et simple des SDF. Les pauvres passent du statut de victimes à celui de boucs émissaires.

L'ex-journaliste, qui n'a pas perdu le contact avec ses informateurs au sein de la presse locale et de la police, va avoir fort à faire pour tenter de découvrir la sombre réalité dissimulée derrière ces morts mystérieuses. Avec l'aide de deux gamins des rues, Youssouf et Ali, ainsi que d'une infirmière aux talents multiples et variés, Clovis va mener l'enquête, entre Marseille et Lisbonne, à la recherche d'une piste expliquant cette étrange épidémie. Il ira de surprises en surprises, et la découverte de la dépouille d'un poilu de la Grande Guerre ne sera pas l'une des moindres.


Avec « Putains de pauvres! », Maurice Gouiran signe son douzième roman policier. Efficace, dérangeant, réaliste, le roman de Gouiran est un polar social qui dénonce la réalité de la vie marseillaise. On est bien loin ici des mièvreries de « Plus belle la vie! » et de l'atmosphère pittoresque des romans de Marcel Pagnol, même si les parties de cartes ont toujours lieu dans les bars de la ville.

Emaillé d'expressions propres au parler marseillais, le récit de Maurice Gouiran nous restitue toute la verve et la gouaille des quartiers populaires. Mais au delà de cette particularité locale, l'auteur dénonce ici un malaise social inhérent à la société française : la montée de la paupérisation, la stigmatisation de ceux qui en sont les premiers atteints, ainsi que l'exploitation politique et financière de ce malaise.
Entre magouilles politiciennes, spéculations immobilières, haine raciale, populisme tapageur et manipulations médiatiques, le roman de Maurice Gouiran fustige une société impitoyable où les profits de quelques-uns justifient l'élimination – réelle ou symbolique – du plus grand nombre.

Je ne connaissais pas les polars de Maurice Gouiran et j'ai pu découvrir cet auteur grâce à l'opération Masse Critique initiée par Babelio. Incisif, engagé, profondément ancré dans la réalité sociale de notre époque, le polar façon Gouiran m'a littéralement scotché. Une chose est sûre, je lirais d'autres romans de cet auteur.







3 commentaires:

moustafette a dit…

Je n'ose imaginer ce qui se cache là-dessous...
Après le "malodor", cette histoire serait-elle la version soft d'une épuration sociale où le zyblon B serait camouflé en H1N1 ?

moustafette a dit…

Je voulais dire "zyklon" avec un K

Joelle a dit…

Je viens de lire "Train bleu train noir" de lui, qui j'ai beaucoup aimé. J'avais hésité sur ce titre pour l'opération Masse critique mais comme j'avais un livre de cet auteur en attente, j'ai choisi autre chose !