mardi 25 mars 2008

Le 6ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 3







"La chaussure sur le toit" Vincent Delecroix. Roman. Gallimard, 2007.







Une chaussure abandonnée sur un toit de Paris. Quoi de plus banal ? Mais quoi de plus insolite aussi ? Cette chaussure oubliée est le point de départ et le fil rouge du roman de Vincent Delecroix.
En une dizaine de récits, l'auteur nous livre différents points de vue sur l'explication de la présence de cette chaussure égarée. A qui appartient-elle ? Comment est-elle arrivée sur le toit de cet immeuble situé près de la Gare du Nord ?


Est-ce un ange triste qui l'a égarée ? Un cambrioleur épris de vengeance ? Un jeune africain sans-papiers ? Un présentateur vedette d'une émission littéraire reconverti à l'érémitisme et à la philosophie ? Un trio de braqueurs aux pseudonymes empruntés à l'Iliade d'Homère ? Un chien irrité par l'attitude de son maître ?
Cette chaussure sera aussi à l'origine des inquiétudes d'une vieille dame solitaire, de la révélation picturale d'un artiste contemporain et des interrogations d'une petite fille rêveuse.


Ce roman kaléidoscope fait intervenir, au fur et à mesure des différents récits qui le composent,
des personnages secondaires qui se trouvent tout à coup au premier plan et deviennent de ce fait les narrateurs principaux de l'un ou l'autre des textes dont est constitué l'ensemble. Avec eux l'on s'interroge ou l'on découvre les causes mystérieuses de la présence de cette chaussure oubliée. L'imagination s'emballe et les différentes explications de cette présence s'ajoutent les unes après les autres , se superposent, se contredisent et offrent au lecteur un large éventail d'interprétations, parfois dramatiques mais aussi comiques ou insolites. Un seul point commun à tous ces récits : la solitude qui enveloppe chacun des personnages évoqués dans ce roman.

Qu'elle soit volontaire ou subie, cette solitude omniprésente – symbolisée par cette chaussure abandonnée à qui manque sa parèdre – se révèle comme l'un des maux les plus répandus dans notre société contemporaine, une sensation d'isolement des personnes qui n'est même pas comblée par la proximité des uns et des autres au sein de cet immeuble parisien où chacun semble s'être enfermé dans sa bulle.


Roman polyphonique dans lequel l'unité de lieu tient une très grande place, « La chaussure sur le toit » m'a bien évidemment fait penser à l'extraordinaire « La vie, mode d'emploi » sans toutefois égaler la virtuosité et la complexité du récit de Georges Pérec.

En lisant cet ouvrage, j'ai aussi pensé à « L'élégance du hérisson » de Muriel Barbery mais les différents récits présentés dans le roman de Vincent Delecroix m'ont donné une impression d'inégalité et je n'ai pu les apprécier tous de la même manière. Certains m'ont littéralement « emballés » tandis que d'autres m'ont quelque peu ennuyés. « Le syndrome conte de fées » qui revisite le conte de Cendrillon m'a passionné alors que « L'élément esthétique » m'a arraché quelques baîllements. J'ai beaucoup aimé le début de « Explication de ma disparition » qui est une satire féroce du milieu télévisuel en général et des émissions littéaires en particulier, mais avoue avoir été un peu déçu par la deuxième partie de ce récit, truffée de références philosophiques dont mon pauvre intellect n'a pas su déceler les subtilités.


Toutefois, l'impression générale que je retire de ce roman de Vincent Delecroix est celle d'un roman inventif, astucieux, déroutant et comique. J'ai adoré certaines caricatures des milieux intellectuels parisiens, la construction du et des récits autour de cette chaussure qui s'invite dans chacun d'entre eux, ainsi que la poésie et la petite musique douce-amère qui émane de l'ensemble.


Même s'il me laisse un peu partagé, ce roman m'a procuré un moment de lecture agréable. La construction et l'idée de départ de ce roman m'ont beaucoup plu et, ayant refermé le livre, je me suis – comme beaucoup – posé la question : « Finalement, d'où vient-elle, cette chaussure ? » et j'ai rapidement compris qu'il n'appartenait qu'au lecteur de décider de l'explication de la présence de cet objet.










L'avis de "Lis tes ratures", de So, de Joëlle, de Michel, de Lou, et de Chatperlipopette.

2 commentaires:

Joelle a dit…

Toi aussi, tu as eu du mal avec les références philosophiques ! mdr ! Sans connaitre l'auteur, j'aurais pu parier qu'il était prof de philo, ce qui s'est avéré vrai :)

So a dit…

J'ai beaucoup aimé ce bouquin, et encore plus la fin en forme de pied de nez... Bizarre, parce que d'habitude, je déteste les fins ouvertes, où le lecteur doit faire le boulot de conclure. Je suis une grosse feignasse, mais cette histoire de godasse m'a emballée!