lundi 30 avril 2007

Le 5e Prix des Lecteurs du Télégramme # 8


"La vie de bureau" Jean-Michel Delacomptée. Roman. Editions Calmann-Lévy, 2006.



Il s'appelle Henri Holstein et s'approche peu à peu de la soixantaine et de l'âge de la retraite.

Il travaille au sein d'un cabinet de consultants parisien. Lui et ses collègues quinquagénaires ocupent l'ancienne partie du cabinet où les journées se déroulent sans histoires, une sorte de réserve naturelle pour vieux dinosaures d'entreprise, une antichambre de la retraite où végètent sereinement les Has Been.


En face, de l'autre côté de la cour, s'élèvent les nouveaux locaux, verre et acier, architecture élégante et ambitieuse. Ici, c'est le quartier des nouveaux décideurs, des jeunes loups, dents longues et affutées, carriéristes ambitieux dénués d'états d'âme.


Henri Holstein vit seul, sa femme lui a annoncé, le jour de ses 50 ans qu'elle le quittait pour vivre au Royaume-uni avec un commissaire-priseur irlandais.

En dehors de ses heures de bureau, Henri partage son temps entre la traduction de textes latins de Sénèque et Saint-Augustin et ses activités de militant au sein de l'ALPP (Association de Lutte contre les Pollutions Phoniques.)


Car Henri a deux obsessions dans la vie. Le bruit tout d'abord, qu'il exècre, toutes ces nuisances sonores du quotidien qu'il assimile à un viol, une agression brutale et continue dont les victimes ne sont pas même soutenues par les pouvoirs publics et pire encore, dont les souffrances sont niées et tournées en ridicule.


Son autre obsession, ce sont les baisers. La simple vue de la bouche d'une jolie femme le transporte, le captive, le rend lyrique et la seule pensée d'embrasser ces lèvres le met en émoi. Mais Henri n'est pas un vieux pervers, loin de là, c'est un esthète, un homme sensible et raffiné qui respecte les femmes et rend hommage à leur beauté sans en faire de vulgaires objets de consommation érotique.


C'est dans un couloir du cabinet qu'il va faire la rencontre d'une jeune femme. Elle s'appelle Gloria, est américaine, et travaille de l'autre côté de la cour. Ses lèvres sont superbes, sa bouche parfaite, sa dentition éclatante. Henri est chaviré.


Il va tout faire pour aborder cette jeune femme et faire connaissance avec elle. Commence alors, entre le quinquagénaire rassis et la jeune Executive Woman, une lente danse de séduction grâce à laquelle chacun des deux protagonistes apprendra énormément sur l'autre mais aussi sur soi-même.


Le roman de Jean-Michel Delacomptée est une oeuvre pleine de drôlerie, de fraîcheur et de tendresse mais n'est pas pour autant un roman « léger » ni une bluette à l'eau de rose. Sous le masque riant de la comédie transparaît une satire de la société actuelle, de son rapport au temps et à l'autre, de sa négation des valeurs sentimentales et culturelles, au profit...du Profit et de la "Valeur-Travail", de sa propension à aller toujours plus vite et à pousser dans l'ornière ceux qui ont dépassé la limite d'âge ou ne sont pas assez « réactifs », de son incapacité à accepter ces deux aspects fondamentaux pour la compréhension et l'appréciation de la vie que sont la vieillesse et la mort.

1 commentaire:

Moustafette a dit…

Il me plait bien ce petit vieux et j'adore les râleurs, alors hop! noté.