mardi 13 février 2007

Ubu en Chine


Du Thé d'hiver pour Pékin. Liu XINGLONG. Roman. Editions Bleu de Chine, 2004
Traduit du chinois par Françoise Naour.


Le roman de Liu Xinglong se déroule quelque part en Chine du sud, peut-être dans la province de Hunan ou de Hubei. Loin des mégapoles acquises à l'économie de marché, la vie des paysans du cru, entre simplicité et dénuement, encore empreinte de traditions millénaires, est rythmée par le déroulement des saisons et les réunions du Parti. C'est au cours d'une de ces réunions qu'un responsable local, soucieux de plaire et de courtiser les instances supérieures de Pékin, décide d'offrir à ceux-ci du thé cueilli en plein hiver, sous la neige. Cette décision aberrante, qui va à l'encontre du bon sens et du rythme naturel de la culture des théiers, devra être exécutée par les paysans, bon gré mal gré, sous peine de se voir retirer les fonds de secours distribués annuellement.
Shi Debao, chef d'un des villages désignés pour accomplir cette absurde résolution, sera chargé de faire exécuter les consignes. Tiraillé entre l'obéissance aveugle qu'il doit à sa hiérarchie et la mission déraisonnable qu'il doit imposer à ses villageois, il devra composer avec les uns et les autres afin de relever ce défi.
« Du Thé d'hiver pour Pékin » est une tragi-comédie ubuesque sur les mécanismes absurdes et ridicules d'une idéologie désuete qui tente de composer avec le monde contemporain et décide pour cela de « familiariser le peuple avec la notion de rentabilité économique » tout en conservant les théories absurdes et éculées de l'ère du Grand Timonier. C'est bien évidemment l'occasion de voir défiler la pathétique galerie de portraits de petits responsables locaux du Parti, bureaucrates arrivistes et serviles, prêts à toutes les compromissions pour flatter leurs supérieurs, parasites corrompus et stupides qui ne reculent devant rien pour assouvir leurs petits rêves de réussite.
Le roman de Liu Xinglong est un instantané de la vie contemporaine dans les provinces chinoises, là où l'économie de marché ne profite qu'à certains, toujours les mêmes, et laisse une fois de plus au bord de la route les plus humbles pour qui les changements politiques, quels qu'ils soient, n'apportent une fois encore que désillusions, misère et frustration.

2 commentaires:

Allie a dit…

C'est la seconde fois que j'entends parler de ce livre. La première fois, il y a quelques années, j'avais tenté de le trouver sans succès. Cette fois je me le note et je m'arrangerai pour mettre la main dessus! Ça m'a l'air bien!

Pascal BOUALI a dit…

C'est effectivement un très bon bouquin.