dimanche 2 septembre 2007

Underground


"L'homme qui vivait sous terre" Richard wright. Nouvelle. Gallimard, 2003

Traduit de l'anglais (américain) par Claude-Edmonde Magny.



Dans la nuit d'une ville nord-américaine, un homme fuit sous la pluie. La police est à ses trousses. Où pourrait-il se cacher pour échapper à ses poursuivants ? Son attention est captée par une plaque d'égoût. Et si c'était là le seul moyen de se dissimuler ? L'homme soulève la lourde plaque de fonte, la repousse de côté et s'enfonce dans les ténèbres.
En pénétrant dans ce monde souterrain, le fugitif va accéder à un univers complètement insoupçonné. Affranchi des lois et des menaces qui règnent en surface, il va peu à peu apprendre à évoluer dans cet étrange environnement.
Effrayé au départ par l'obscurité, l'eau sale, les odeurs nauséabondes et sa totale ignorance du plan des couloirs labyrinthiques qui s'étendent sous la surface de la ville, conscient d'avoir pour un temps échappé à ses poursuivants, le fugitif va explorer ce monde souterrain. Ayant trouvé un endroit où se réfugier – une sorte de caverne-matrice aux parois de terre – il va s'enhardir et partir à la découverte de ce monde de la nuit et du silence.

Mais cet univers souterrain recèle de nombreux accès vers la surface et le fugitif ne va pas tarder à découvrir quelques-uns de ceux-ci qui vont lui permettre d'observer sans être vu les activités qui se déroulent dans certains endroits du monde extérieur. Il va ainsi pouvoir s'approvisionner en nourriture en accédant aux habitations du dehors par le chemin des caves de celles-ci. Tel un Robinson des profondeurs, il va acquérir, au gré de ses explorations, de menus objets qui vont lui permettre de s'organiser, d'assurer sa survie dans ce monde de ténèbres et de pouvoir pratiquer des trous dans les murs afin d'accéder à de nouveaux endroits.
Mais il va également être le témoin, au hasard de ses errances, de scènes étranges et inquiétantes lorsque son chemin l'amènera par exemple à visiter le sous-sol d'une entreprise de pompes-funèbres ou la chambre froide d'une boucherie.

Devenu une sorte d'homme invisible, il va progressivement se lancer dans des entreprises de plus en plus audacieuses qui l'amèneront dans certains cas à influer sur le destin des habitants du monde extérieur. Mais en usant de son rôle de Deus Ex Machina, il va accomplir un acte dont les conséquences dramatiques scelleront son destin de manière tragique.


Cette nouvelle de Richard Wright, écrivain emblématique de la cause afro-américaine et auteur du célèbre roman « Black Boy », est un récit qui, sous son aspect de polar, dissimule de nombreuses connotations symboliques et philosophiques dans lesquelles on reconnaîtra, entre autres, une allégorie du mythe platonicien de la caverne. On y verra aussi maintes allusions à la littérature fantastique anglo-saxonne du XIXe siècle, à ces "romans gothiques" chers à Horace Walpole et Ann Radcliffe. Allusions aussi au mythe du naufragé, du « Robinson Crusoe » de Defoe au Ben Gunn de « L'île au trésor » de Stevenson. Mais par delà ces archétypes de l'homme seul, livré à lui-même, Richard Wright, avec « L'homme qui vivait sous terre » nous amène à nous questionner sur ce qui forge, sur ce qui maintient et sur ce qui peut annihiler notre identité : « Qui suis-je si je n'existe pour personne ? »

3 commentaires:

yueyin a dit…

vraiment très intéressant ton résumé ... il me tente celui-là et puis il est cout, ça me changerait ;-)

Herwann Perrin a dit…

intéressant effectivement ce résumé, j'avais lu il y a lalck Boy qui était terrible peut être est-ce l'heure de revenir à richard Wright...ongtemps B

Pascal a dit…

Herwann : de même que pour toi, je ne connaissais jusqu'ici que "Black Boy" lu à l'époque du collège ( et qu'il faudrait que je relise après toutes ces années. Mais je crois que Richard Wright est un auteur dont l' oeuvre littéraire mériterait plus d'attention.