jeudi 26 juillet 2007

Au bout de la nuit


"Les Voyageurs" Simon Vestdijk. Roman. Phébus, 1992.

Traduit du néerlandais par Louis Roelandt.



Ils sont une douzaine, hommes et femmes, tous habitants du même immeuble.
Un soir, à la nuit tombée, ils sont rassemblés hors de chez eux par une brigade de policiers peu loquaces qui les poussent sans violence, mais avec fermeté, dans un autobus.
Après avoir traversé des quartiers curieusement déserts, ils sont conduits dans un immense édifice, probablement un cinéma, où ils se retrouvent en compagnie d'autres groupes semblables à eux.

Que représentent ces curieux emblèmes composés d'un "M" entouré de feuilles de laurier et surmontés d'un glaive vertical ? Quelle est cette voix impérieuse qui sort de haut-parleurs et qui prodigue ordres et conseils afin de discipliner cette foule stupéfaite et désorientée ? Qui sont ces étranges policiers, ces fonctionnaires anonymes, ces infirmières qui canalisent cette multitude vers de sombres couloirs labyrinthiques en direction d'un immense hall de gare ?
Opération publicitaire ? Cauchemar totalitaire ?

Les douze habitants vont tenter peu à peu de comprendre la signification de cette étrange et inquiétante errance nocturne? Echafaudant tour à tour maintes hypothèses sur leur sort, ils vont, au cours de ce cauchemar éveillé, s'interroger, se révolter, se déchirer, refuser, nier, et se rebeller contre le but inexplicable de toute cette mise en scène.

Ils vont également peu à peu se connaître les uns les autres, s' avouer leurs fautes, leurs faiblesses et leurs travers au cours d'une confession collective, s'entraider et se pardonner au fil de cette épreuve collective qui bouleversera à jamais leurs vies respectives.


« Les Voyageurs » , ce curieux et inquiétant roman de Simon Vestdijk (1898-1971) n'est pas sans rappeller les oeuvres de Kafka où se mêlent l'absurde, la cruauté et les errances labyrinthiques de personnages en proie à d' autoritaires et énigmatiques administrations.


Roman aux implications métaphysiques et philosophiques « Les Voyageurs » est un récit où alternent interrogations sur le devenir collectif de l'humanité et la quête individuelle de rédemption de chacun.
Remarquablement écrit et traduit, ce roman étrange et déroutant entraînera le lecteur dans une quête énigmatique de la vérité qui ne s'achèvera, après maintes supputations, qu'avec la fin du récit.
Fascinant et inquiétant, le roman de Simon Vestdijk est de ces livres qui ne se lisent pas une seule et unique fois au cours d' une vie mais que l'on a plaisir à relire au fil des années afin de saisir une implication jusqu'alors insoupçonnée, un passage qui semblait obscur, un dialogue apparemment abscons...


Avec « Les Voyageurs » Simon Vestdijk s'est hissé au niveau de Kafka et d'Orwell.

8 commentaires:

rennette a dit…

hum j'en ai l'eau à la bouche !!! et un de plus !!!!!

Caroline a dit…

Je ne connais pas cet auteur, mais le sujet du roman et ta critique sont alléchants !

marie a dit…

Je ne sais pas si ces deux ouvrages ont beaucoup de points communs mais en lisant cette note , à la fois le résumé et le commentaire de fin je ne pouvais m'empêcher de penser à un roman de Richard Fleischer,"La Hache et le Violon". Le genre de lecture qui est loin d'être une détente, qui bien qu'ardue et malgré ses zones d'ombre nous interpelle au plus profond et dans laquelle on se promet de replonger encore pour découvrir d'autres trésors que nous n'étions pas prêts d'abord à déceler...

Pascal a dit…

Marie : Je ne connais pas ce roman de Fleischer qui,apparemment,semble s'inscrire dans la même veine littéraire. Je le note donc immédiatement dans mon petit carnet. Merci.

Moustaphette a dit…

Ton article est aussi intrigant que la couverture et le sujet. Je me tâte ne sachant pas trop si j'ai envie de m'angoisser en ce moment !!

Allie a dit…

Ça a l'air fameux! J'ai regardé si ma bibliothèque l'avait mais le seul disponible de cet auteur c'est Un fou cache l'autre. Il me tente moins... Dommage, j'aurais bien lu "Les voyageurs". Je le note pour plus tard, peut-être que je mettrai la main dessus!

marie a dit…

De rien.., je vous lirai avec plaisir à son sujet.

yueyin a dit…

ça fait un peu froid dans le dos non ? je ne connaissais pas du tout ce titre, je regarderai à la bibliothèque si je peux le trouver, mais peut être à la rentrée, trop angoissant pour une lecture d'été, enfin pour moi :-)