lundi 16 juin 2008

Walem Olum ("Chronique de la Migration")




"Heq - le chant pour celui qui désire vivre" Jørn Riel. Roman. Gaïa Editions, 1995


Traduit du danois par Inès Jorgensen.





Il y a plus de vingt mille ans, des peuplades de chasseurs originaires de Sibérie qui suivaient vers l'est le gibier, franchirent un pont de terre émergée suite à une baisse du niveau des océans. Ce pont de terre – aujourd'hui connu comme étant le détroit de Béring – permit à ces chasseurs d'investir un nouveau et immense territoire de chasse : le continent américain.
Quelques milliers d'années plus tard, ces peuplades auront essaimé de l'extrême-Nord jusqu'aux confins de la Patagonie, formant une mosaïque de peuples et de civilisations d'une extraordinaire diversité ayant réussi à s'adapter aussi bien aux grands froids polaires qu'aux touffeurs des forêts équatoriales.
C'est dans les régions polaires de l'Alaska et du grand Nord canadien que se déroule le roman de Jørn Riel, aux alentours de 500 av. J.C.

Alors que dans une autre partie du monde les romains chassent du pouvoir le dernier roi étrusque Tarquin le Superbe et fondent la République romaine et qu'en Ionie les villes grecques se révoltent contre l'empire Perse de Darius 1er, les peuples de l'Arctique, descendants de ces chasseurs qui franchirent le détroit de Béring, vivent toujours à l'âge du Néolithique.

Pourtant, ici comme ailleurs, les passions humaines sont semblables : on convoite les biens de son prochain, on se jalouse, on assassine, on se venge. Ici bien sûr, ce n'est pas la guerre de Troie : on règle les différends à coups de harpon et la guerre ne met en scène tout au plus que quelques dizaines d'intervenants.
Mais on retrouve dans ces confins glacés les mêmes préoccupations que celles qui animeront l'ensemble de l'humanité, toutes époques confondues, à savoir les conflits de territoires, la lutte pour la possession de richesses (ici, la nourriture et les femmes), et surtout cette irrépressible envie d'aller toujours plus loin, voir si le monde est meilleur au bout de la route, si le gibier y est plus abondant, si les habitants ne s'avéreront pas hostiles, si le climat y sera plus clément, éléments qui permettront au groupe de survivre et surtout de se multiplier.

Le récit de Jørn Riel débute sur les rivages de ce détroit de Béring, tête de pont de la dissémination des groupes humains sur l'ensemble du continent américain. Ici vit le grand chaman et chasseur Heq, au camp de Nunavik. Les membres de la communauté vivent dans une certaine opulence, le gibier est abondant et les chasseurs sont adroits. Shanuq, la fille de Heq, n'a jamais connu la faim, et la richesse du clan attire bien des convoitises. Ce seront les « Itqillits » ( les indiens) qui donneront l'assaut. Heq sera tué en défendant sa famille et Shanuq sera enlevée par les indiens Kutchin qui l'emmèneront vers le Sud où elle deviendra l'une des femmes du chef Shapokee. De cette union naîtra un fils. Shapokee l'appellera Haeto, « Celui qui mène » mais pour Shanuq il sera Heq, comme son grand-père.
L'histoire souvent se répète et Shanuq sera de nouveau enlevée, cette fois par des indiens Cree. Elle leur échappera et après un terrible périple dans les solitudes glacées avec son enfant en bas-âge, elle trouvera refuge dans la communauté inuit de Nunaqtyak. Elle s'y trouvera un pourvoyeur (un mari) avec qui elle enfantera le demi-frère de Heq : Tyakutyik, ainsi que sa demi-soeur Pukiq.
Shanuq verra grandir ses enfants au cours des années. Heq, comme son grand-père, deviendra un habile chasseur et Tyakutyik, l'homme-femme, l'homme à la double nature, deviendra le pourvoyeur de Tewee-Soo, une Itqillit enlevée de sa tribu par les indiens Kutchin et recueillie par Heq.
Ainsi Shanuq verra-t-elle sa famille s'agrandir et ses enfants lui donner des petits-enfants. Mais le destin du groupe sera encore une fois de prendre la route vers d'autres cieux en quête de gibier. La migration de Heq, de Shanuq, de Tyakutyik les mènera vers un autre territoire jusqu'alors inconnu : le Groënland.


C'est cette traversée du continent américain d'Ouest en Est, du détroit de Béring vers le Groënland, que nous conte Jørn Riel dans cette épopée arctique, le récit de la colonisation d'immenses territoires hostiles par quelques groupes humains adaptés aux conditions de vie extrêmes qui sévissent sous ces latitudes. Et c'est bien d'une épopée dont il s'agit, avec ses guerres, ses meurtres, ses vengeances, ses luttes contre une nature sauvage et impitoyable. Nous suivrons ainsi Heq le chasseur, à la poursuite de sa vision de l'ours noir, animal fabuleux aperçu lors d'une transe chamanique et qui scellera son destin après que le groupe ait enfin atteint les vastes étendues glacées du Groënland, havre de paix et terre riche en gibier de toutes sortes.
C'est à cet endroit même que, plus de mille ans plus tard, un autre chasseur, Arluk, fera la rencontre d'une peuplade inconnue, des hommes aux cheveux jaunes et à la figure couverte de poils, naviguant dans de grands bateaux : les scandinaves.
Mais cela, c'est une autre histoire...




3 commentaires:

cathe a dit…

Riel est un auteur que j'aime énormément et qui ne me déçoit jamais. Et je n'ai pas encore lu celui-là, chouette ;-)

Joelle a dit…

Et voilà, c'est noté :) J'aime l'auteur et le thème m'attire énormément !

Paisible a dit…

et moi aussi j'adore...j'ai lu, je lis Jorn Riel avec passion...en ce moment j'ai commencé une série de "bols à conter" et je me suis inspirée de la trilogie...j'aime un petit peu moins celle de "la maison de mes pères" mais j'aime aussi beaucoup les racontars et " le jour avant le lendemain"...en plus c'est un "monsieur" très ouvert, sympa comme tout...il est venu plusieurs fois à St Malo pour Etonnants voyageurs...
venez voir mes bols...je mets le lien avec mon nom...