mardi 10 juin 2008

La Veuve

"Les 76 jours de Marie-Antoinette à la Conciergerie" Paul Belaiche-Daninos.
Roman. Actes Sud, 2006.


Tome I : "La conjuration de l'Oeillet"

Tome II : "Un procès en infamie"









Le vendredi 2 août 1793 à trois heures du matin, le personnel de la prison de la Conciergerie est sur le pied de guerre. Il faut dire que la prisonnière qui va bientôt faire son entrée sous les voûtes de l'ancien palais des rois de France (de Hugues Capet à Charles V, qui s'installera au Louvre suite aux émeutes menées par Etienne Marcel en 1358) n'est autre que celle que l'on désigne maintenant sous l'appellation de la veuve Capet : Marie-Antoinette, dernière Reine de France.

Détenue à la prison du Temple en compagnie de ses enfants depuis le 11 août 1792, la Reine a d'abord vu sous ses fenêtres, lors des massacres de septembre, le peuple brandir au bout d'une pique la tête de son amie la Princesse de Lamballe, tandis que ses viscères et ses parties intimes étaient promenées de par les rues par une foule en délire. C'est aussi au Temple qu'on lui enlèvera la garde de son fils, confié au cordonnier Simon, personnage brutal, pervers et alcoolique. C'est dans ce même lieu qu'elle verra partir pour l'échafaud son époux, le Roi Louis XVI le 21 janvier 1793.

La décision de transférer Marie-Antoinette de la prison du Temple à celle de la Conciergerie est l'initiative de Robespierre qui, face aux rébellions des royalistes vendéens et surtout à la progression des armées autrichiennes, décide d'exercer un chantage sur l'Empereur François II. Car être détenu à la Conciergerie signifie comparaître devant le Tribunal Révolutionnaire, ce qui équivaut à une condamnation à mort.
En menaçant de mort la reine de France, tante de l'empereur François II, Robespierre espère obtenir rapidement la paix avec les Autrichiens, ce qui lui laissera le temps d'assurer son emprise sur la République et d'éliminer les ennemis de l'intérieur en accentuant la Terreur.
Mais, devant le peu d'empressement des Autrichiens à cesser les hostilités, Maximilien Robespierre va devoir changer son fusil d'épaule. Afin d'intensifier sa politique d'épuration de la société française et de calmer l'opinion publique, quoi de mieux que d'inaugurer cette reprise en main par le procès public de la Reine Marie-Antoinette, procès qui devra être instruit rapidement car il serait dommage que l'accusée, dont la santé s'amenuise de jour en jour, meure avant de comparaître devant le Tribunal Révolutionnaire.

Marie-Antoinette sera donc incarcérée à la Conciergerie, la prison la plus sinistre du Régime. Ici sont détenus dans des conditions inhumaines ceux qui sont appelés à périr tôt ou tard sur l'échafaud : nobles, mais aussi gens du peuple ayant osé critiquer le Régime, généraux républicains vaincus par les troupes royalistes et condamnés à mort pour avoir échoué dans leur stratégie, etc...

La Reine Marie-Antoinette va donc se retrouver au cachot, surveillée jour et nuit par des gendarmes, présence qui laissera à celle-ci peu de place à l'intimité.
Deux hommes en particulier vont tenter de sortir la reine de cet enfer. C'est d'abord le baron Jean de Batz, qui mettra en jeu des sommes d'argent colossales afin d'acheter et de corrompre le plus grand nombre possible des membres de la Convention. Son but, dresser les Conventionnels les uns contre les autres afin de faire capoter le Régime et de le ridiculiser aux yeux du peuple. Mais cet argent dont dispose le baron sera aussi destiné à fomenter la Conjuration de l'Oeillet, projet destiné à faire évader Marie-Antoinette de la Conciergerie.
Afin de mener à bien ce projet d'évasion, de Batz va s'adjoindre l'intrépide Chevalier de Rougeville (personnage dont s'inspirera Alexandre Dumas pour « Le Chevalier de maison-Rouge ») ainsi que quelques personnages issus du peuple dont Jean-Baptiste Basset et les époux Lemille, royalistes convaincus. C'est l'organisation et la mise en oeuvre de cette « conjuration de l'Oeillet » (qui faillit bien réussir) qui constitue l'ensemble du tome 1.










Le cachot de Marie-Antoinette à la Conciergerie. Gravure de l'époque







Le deuxième tome de ce roman : « Un procès en infamie » s'articule autour de la deuxième tentative des royalistes – la conjuration de l'Oeillet ayant échoué – pour libérer la Reine. Cette fois-ci, le temps est compté, l'heure du procès approche et il est devenu impossible – suite à la première tentative d'évasion – de faire sortir Marie-Antoinette de la Conciergerie. Le baron de Batz échafaude alors le projet de faire transférer la Reine, dont la santé s'aggrave de jour en jour, vers l'Hospice National de l'Archevêché sur l'île de la Cité. De là, il sera plus aisé pour de Batz et ses complices de faire évader la Reine.
L'Hospice National de l'Archevêché est un hospice-prison. Ici sont détenues de nombreuses femmes enceintes dont on attend le jour de l'accouchement pour ensuite les mener à la guillotine. Le complot s'élabore minutieusement mais cette fois encore les conjurés joueront de malchance et la tentative d'évasion échouera cette fois encore.

Pendant ce temps, Robespierre et le Comité de Salut Public affinent leur stratégie pour mener à bien le procès de la Reine. Ne disposant d'aucun élément à charge contre l'accusée, ils vont lui faire endosser le même acte d'accusation, que celui utilisé quelques mois plus tôt contre Louis XVI. La Reine ne disposera pour sa défense que de deux avocats commis d'office qui n'auront que vingt-quatre heures pour affiner leur plaidoirie.

Un seul membre du Comité de Salut Public osera s'élever contre cette parodie de procès : Jacques-Alexis Thuriot de la Rozière (qui vota pourtant la mort de Louis XVI), député de la Marne et ami de Danton :

« -Vous m'aviez bien dit qu'Antoinette bénéficierait de la journée du 13 octobre pour organiser sa défense, n'est-ce-pas ? Vous accordez donc généreusement vingt-quatre heures à ses avocats pour la préparer ? Sur un ton ironique, il ajoute : Vous qui tenez tellement à donner un semblant de crédibilité à ce procès, n'estimez-vous pas que vingt-quatre heures, c'est trop ?
Vexé, Fouquier-Tinville répond :
- Je ne pense pas qu'il faille l'interpréter ainsi, citoyen conseiller...Nous estimons que nous n'avons pas à la juger mais à la combattre ! Offrir en outre deux jours de débat à notre pire ennemi démontre une grande mansuétude de notre part !
Thuriot se lève et s'adresse à tous avec son accent provençal :
- Sans doute ! Sans doute !...Soyez rassurés, personne ne mettra en doute l'immense mansuétude que vous aurez manifestée pour la prisonnière. Bon, eh bien, j'ai tout compris ! Maintenant que nous sommes entre nous et que personne ne nous écoute, on peut avouer que le procès que nous lui faisons n'est rien d'autre qu'un procès jugé d'avance puisque le verdict me semble prononcé avant même de l'avoir entendue.
- Ce n'est pas exact puisque rien n'est encore décidé, dit Robespierre.
- Admettons ! Je suis impressionné de voir le mal que vous vous donnez pour habiller ce procès d'un semblant d'honorabilité. Il semblerait que vous redoutiez l'infamie. Comme je vous comprends ! Il ne faudrait surtout pas qu'on découvre trop tôt que ce fut un procès truqué, n'est-ce-pas ?
Fouquier-Tinville, transfiguré en poisson carnivore et de plus en plus mal à l'aise, répond :
- Ce n'est pas exact, citoyen conseiller, puisque nous lui offrons les garanties d'un tribunal populaire ! Les jurés sont issus du peuple, et nous devons avoir confiance en la justice du peuple ! Thuriot, surpris, réplique sur un ton ironique :
- Vous prétendez que ces jurés ont été choisis par le peuple ? Alors, d'une bien drôle de façon ! Puis, sur un ton dur : Vous appelez cela de la justice, citoyen accusateur ? Plaisantez-vous ou êtes-vous cynique ? Vous qui exercez les fonctions de magistrat, qui prétendez-vous duper avec votre pantalonnade ? Il se tourne vers Robespierre et l'apostrophe : Dis-donc, toi le champion de la Vertu, comment peux-tu endosser la paternité d'une telle mascarade ! Fonderais-tu ta Vertu sur l'arbitraire, la malhonnêteté intellectuelle et l'injustice ? Nous qui jadis avons combattu cet arbitraire à la Constituante, nous qui avons été le premier peuple en Europe à déclarer les droits sacrés de l'homme, voici qu'au sommet de l'Etat aujourd'hui, ses chefs deviennent les artisans de la peine de mort, de l'infamie, du mensonge, de l'assassinat, des faux témoignanges, des jurés soudoyés, des faux témoins à charge, des avocats choisis d'avance et même des magistrats asservis au pouvoir... mais comment en sommes-nous arrivés là ? Toujours à Robespierre dont la pâleur est de cire : C'est cela, ta Vertu ? Et pour compléter ce tableau, nous avons en prime l'hypocrisie et la lâcheté ! Car il est de notoriété publique que la vue du sang te fait défaillir, n'est-ce pas ? Pour une fois, Maximilien, je t'en prie, exécute ta victime de tes propres mains, tire-lui un coup d'arquebuse dans la tête comme Brutus a fait justice lui-même en tuant le tyran ! Ne te réfugie pas derrière-nous pour éliminer tes ennemis. Non, mon cher, ne compte pas sur moi pour faire ce travail de boucher, car j'espère que vous avez tous compris que ce n'est pas spécialement Antoinette que je défends ici, mais que je m'insurge contre ce procès en infamie que vous lui faites ainsi que tous les autres qui attendent derrière. Même aux pires criminels, la République doit assurer les droits sacrés d'une justice équitable ! [...]

- Dis-moi, en toute sincérité, avec ton semblant de justice, vraiment Maximilien, tu penses abuser qui ? Le peuple que tu prétends chérir ? Et lequel ? Celui d'aujourd'hui ou celui de demain ? Si tu penses abuser le peuple d'aujourd'hui, tu pourras peut-être y parvenir, si tu vis assez longtemps pour le manipuler, mais le peuple de demain ? Quelle vision l'Histoire va-t-elle lui léguer ? Haïssable, probablement pour l'éternité. Ce n'est pas à toi que j'apprendrai que la mémoire des peuples outragés demeure irrémédiablement vengeresse et je crains fort qu'à ton endroit, cette mémoire ne soit plus faite de répulsion que d'oubli ! En histoire, le passé douloureux revient sans cesse. Il n'y a qu'une morale, Maximilien, c'est celle qui est inhérente à l'homme, et celle-là, elle est universelle. Ton discours fumeux sur la morale individuelle qui s'oppose à la morale collective n'est qu'une supercherie pour te débarasser de tes ennemis et pour asseoir ton pouvoir personnel ! Ce Comité de salut public qui est à ta botte étouffe les voix intérieures. Conclusion, Maximilien :j'ai très peur que les français ne te haïssent pour l'éternité !...
le visage de Robespierre est de plus en plus contracté et blanc, la description de ce visage par Mirabeau, « d'un chat qui aurait bu du vinaigre », s'adapte parfaitement à la situation. Sur ce masque sinistre, il tente pourtant d'inscrire un sourire qui se voudrait ironique : le résultat n'est qu'une horrible grimace. Il lui dit d'une voix aigüe avec l'intention d'être spirituel :
- Citoyen conseiller, aurais-tu par hasard terminé ta déposition ?
Mais personne ne rit.
- Oh oui ! J'en ai terminé. Et en même temps avec toi ! Mettant fin à mes fonctions dans cette maison, je me libère définitivement du Comité de salut public ! Vos objectifs, votre mode de fonctionnement et surtout vos options sont aux antipodes de ma conception de la Liberté, de la Justice et de la Morale... J'aime la Liberté, j'aime la révolution française, mais pas la tienne. S'il fallait un crime pour l'assurer, j'aime mieux me poignarder. Quant à votre prétendue Vertu républicaine, servie par un tribunal de sang, pardonnez-moi si je ne suis pas preneur ! Parce que vous comptez vraiment faire le bonheur du peuple avec cette utopie dégoulinante de ses larmes et de son sang ? J'espère au moins que vous êtes sincères, parec que seule une véritable conviction peut à la rigueur justifier vos crimes devant l'Histoire. Je tiens absolument à démissionner avant que vous ne décidiez de mettre à l'ordre du jour cette Terreur chère à votre coeur ! Puis il s'adresse directement à Labussière : Citoyen secrétaire, je désire obtenir le reçu de ma démission précisant la date et surtout l'heure de mon départ. Celle-ci doit obligatoirement précéder celle où les conseillers voteront le décret d'applicationde la loi instituant la Terreur. Il se fait ironique : Pardonnez-moi, mes « ex-collaborateurs », d'être si pointilleux, mais j'ai une famille et je ne veux pas que mes enfants et mes petits-enfants dédaignent ma postérité ou aient honte un jour de porter mon nom ! Il tend une feuille de papier à Barère : Voici ma lettre de démission ainsi que mon insigne du Comité.
Il enlève de son cou la plaque du Comité de salut public soutenue par un ruban bleu, blanc et rouge et la dépose sur la table. Constant Labussière lui remet le reçu de son désistement. Il part en disant :
- Je devrais normalement vous dire : Salut et fraternité, mais comme fraternité et Terreur sont incompatibles, je vous dirai seulement : Salut !
Il sort sans même refermer la porte derrière lui. Après son départ, on peut entendre des rires gênés autour de la table. Robespierre livide demande à Barère :
- Reprenons l'ordre du jour, s'il vous plaît !
Lindet ne résiste pas à faire un bon mot :
- Après ce que nous venons d'entendre, pouvons-nous encore mettre la Terreur à l'ordre du jour ?
Robespierre le foudroie du regard et s'adresse aussitôt aux conseillers :
- Il nous faut voter immédiatement les décrets d'application !
Il ouvre un dossier, en extrait une feuille, se lève, remonte ses lunettes dans ses cheveux et lit le document qu'il place à deux centimètres de ses yeux :
- Voici la résolution votée le 5 septembre par la Convention nationale que je vous propose de faire appliquer : « La Convention nationale décide qu'elle n'aura pas à juger seulement les nobles, les prêtres et les contre-révolutionnaires, mais tous les ennemis du peuple : les boutiquiers, les gros commerçants, les ci-devant procureurs, les huissiers, les valets insolents, les intendants et hommes d'affaires, les gros rentiers, et les chicaneurs par essence. » Alors, quels sont ceux qui sont pour l'application de ce texte ?
Tout le monde lève le bras.
- C'est parfait, voilà, c'est oui à l'unanimité ! La Terreur est donc décrétée ! Puis il s'adresse à Billaud-Varenne : Billaud, il serait utile que vous formuliez un discours musclé à la Convention et aux Jacobins pour annoncer que la justice se prononcera rapidement sur le sort d'Antoinette et n'oubliez pas de faire voter l'impression de votre discours ! Il se tourne vers Fouquier-Tinville : Pour désamorcer la fureur populaire, vous proclamerez le plus tôt possible que la veuve Capet est décrétée d'accusation et traduite devant le Tribunal révolutionnaire. Et voilà. Plus de questions ? Il demande à Barère : L'ordre du jour est-il épuisé ?
Barère fait signe que oui.
- Eh bien, la séance est levée ! »

Malgré le coup d'éclat de Thuriot, la machine à broyer des artisans de la Terreur va se mettre en marche et Marie-Antoinette comparaîtra devant le Tribunal révolutionnaire au matin du lundi 14 octobre 1793. Le procès durera deux jours et s'achèvera aux petites heures du mercredi 16. Cette parodie de justice – digne des procès staliniens ou de ceux de l'Inquisition – verra comparaître des témoins subornés par la clique de Robespierre et du sinistre accusateur public Fouquier-Tinville (surnommé "le boucher").
Les jurés également seront tous à la botte du Comité de salut public. Quant aux deux avocats de la défense : Chauveau-Lagarde et Tronçon-Ducoudray, tous leurs efforts pour épargner la Reine et susciter la compassion de l'assistance seront vains. Ils seront même arrêtés et emprisonnés dès leur sortie du Tribunal. Le verdict tombera lors du réquisitoire de la bouche même du président du Tribunal, Martial-Armand Herman : la mort !

Quelques heures plus tard, à onze heures du matin, la Reine Marie-Antoinette sort de la Conciergerie, les mains liées dans le dos, et est assise dans une charrette qui la mènera vers l'échafaud.
Pour les complices de Basset et des époux Lemille, c'est la consternation : leur ultime projet, enlever la Reine lors de son trajet vers la Place de la Révolution, a échoué une fois de plus. Trahis cette fois-ci par des agents infiltrés de la police de Robespierre, leur ultime tentative de sauver Marie-Antoinette se soldera par un échec. Les membres du complot seront rapidement arrêtés et seront exécutés peu après.
Quant à Marie-Antoinette, celle que l'on appelait auparavant « l'Autrichienne » mais que l'on dénomme maintenant « la veuve Capet », c'est peu après l'heure de midi, au milieu d'une place noire de monde, qu'elle gravit les degrés de l'échafaud pour se retrouver face à celle que l'on surnomme aussi « la veuve » : la guillotine.

L'imposant pavé de Paul Belaiche-Daninos (plus de 1500 pages) nous fait revivre une des périodes les plus noires de notre histoire : celle de la Terreur. S'appuyant sur une impressionnante documentation – tous les personnages, du plus célèbre au plus obscur ont réellement existés – il nous entraîne dans la moiteur et la puanteur des cachots de la Conciergerie et de l'Hospice National de l'Archevêché, il nous guide dans les rues du Paris cartographié par Turgot, il nous fait partager les espoirs et les craintes de tous ces condamnés à mort qui croupissent dans les geôles de la République, certains cherchant à échapper à la guillotine par tous les moyens alors que d'autres en appellent à une mort rapide qui les délivrera de leurs souffrances.
Du palais des Tuileries, où siège Robespierre, aux rues mal éclairées du quartier des Arcis, c'est tout un pan de la société révolutionnaire qui se livre à nos yeux, une vision dantesque d'un régime qui a cru quelques temps apporter la Liberté, l'Egalité et la Fraternité au peuple de France mais qui s'est rapidement métamorphosé en un délire paranoïaque et mortifère.
Même si Paul Belaiche-Daninos s'est rigoureusement appuyé sur les documents de l'époque, il n'oublie pas pour autant de sacrifier au romanesque dans quelques détails obscurs, lacunes historiques qui lui ont permis d'extrapoler sur certains personnages ou certaines situations. Ainsi, Elizabeth Lemille devient une fougueuse amazone,menée par l'esprit de vengeance, maniant avec brio toutes sortes d'armes à feu et prête à en découdre avec les séides de la Révolution qui entravent son chemin.
Malgré ces quelques concessions à l'esprit romanesque, l'auteur nous offre ici une fresque historique d'une très grande qualité, un panorama de la société française sous la Terreur qui se lit avec bonheur mais aussi avec effroi devant la barbarie des dirigeants de l'époque. Passionnant de bout en bout.







Les adieux de Marie-Antoinette à ses enfants, inscrits sur son livre de prières

Bibliothèque de Châlons-sur-Marne

2 commentaires:

rennette a dit…

Rien que les adieux font peine !!si indignes qu'ils aient pu être on ne peut souhaiter la mort... et cette Terreur fut certainement une période de l'histoire de France tout à fait ignoble !!!
Merci de nous avoir rappeler tout cela, un peu oublié, un peu mélangé, et je note ce pavé !!! on ne sait jamais si le courage me prend...

Eric Poindron a dit…

« Il faut s’entraider, c’est la loi de la Nature. » Jean de la Fontaine

« Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de « Bateau-livre »
n'ait dissipé. » Anonyme.


Reçu hier cette lettre de Frédéric Ferney animateur du « Bateau–Livre » Sur France 5.

Je vous laisse juge de réagir et surtout de soutenir cette belle cause....

N'hésitez pas à laisser vos commentaires et vos messages de soutien que nous ferons parvenir à Frédéric FERNEY.

Une émission littéraire qui disparaît, contrairement au train, n'en cache pas forcément une autre.

Alors restons vigilants et continuons de soutenir ceux qui donnent envie de lire ailleurs que sur les autoroutes culturelles...

MERCI DE RELAYER L’INFORMATION ET DE LAISSER UN MESSAGE SUR CE BLOG :

http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites

Votre dévoué,

Eric Poindron

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Paris, le 4 juin 2008

Monsieur le Président et cher Nicolas Sarkozy,

La direction de France-Télévisions vient de m’annoncer que « Le Bateau-Livre », l’émission littéraire que j’anime sur France 5 depuis février 1996, est supprimée de la grille de rentrée. Aucune explication ne m’a encore été donnée.

Si j’ose vous écrire, c’est que l’enjeu de cette décision dépasse mon cas personnel. C’est aussi par fidélité à la mémoire d’un ami commun : Jean-Michel Gaillard, qui a été pour moi jusqu’à sa mort un proche conseiller et qui a été aussi le vôtre.

Jean-Michel, qui a entre autres dirigé Antenne 2, était un homme courageux et lucide. Il pensait que le service public faisait fausse route en imitant les modèles de la télévision commerciale et en voulant rivaliser avec eux. Il aimait à citer cette prédiction : « Ils vendront jusqu’à la corde qui servira à les pendre » et s’amusait qu’elle soit si actuelle, étant de Karl Marx. Nous avions en tous cas la même conviction : si l’audience est un résultat, ce n’est pas un objectif. Pas le seul en tous cas, pas à n’importe quel prix. Pas plus que le succès d’un écrivain ne se limite au nombre de livres vendus, ni celui d’un chef d’état aux sondages qui lui sont favorables.

La culture qui, en France, forme un lien plus solide que la race ou la religion, est en crise. Le service public doit répondre à cette crise qui menace la démocratie. C’est pourquoi, moi qui n’ai pas voté pour vous, j’ai aimé votre discours radical sur la nécessaire redéfinition des missions du service public, lors de l’installation de la « Commission Copé ».
Avec Jean-Michel Gaillard, nous pensions qu’une émission littéraire ne doit pas être un numéro de cirque : il faut à la fois respecter les auteurs et plaire au public ; il faut informer et instruire, transmettre des plaisirs et des valeurs, sans exclure personne, notamment les plus jeunes. Je le pense toujours. Si la télévision s’adresse à tout le monde, pourquoi faudrait-il renoncer à cette exigence et abandonner les téléspectateurs les plus ardents parce qu’ils sont minoritaires? Mon ambition : faire découvrir de nouveaux auteurs en leur donnant la parole. Notre combat, car c’en est un : ne pas céder à la facilité du divertissement pur et du ''people''. (Un écrivain ne se réduit pas à son personnage). Eviter la parodie et le style guignol qui prolifèrent. Donner l’envie de lire, car rien n’est plus utile à l’accomplissement de l’individu et du citoyen.

Certains m’accusent d’être trop élitaire. J’assume : « Elitaire pour tous ». Une valeur, ce n’est pas ce qui est ; c’est ce qui doit être. Cela signifie qu’on est prêt à se battre pour la défendre sans être sûr de gagner : seul le combat existe. La télévision publique est-elle encore le lieu de ce combat ? Y a-t-il encore une place pour la littérature à l’antenne ? Ou bien sommes-nous condamnés à ces émissions dites « culturelles » où le livre n’est qu’un prétexte et un alibi ? C’est la question qui est posée aujourd’hui et que je vous pose, Monsieur le Président.

Beaucoup de gens pensent que ce combat est désespéré. Peut-être. Ce n’est pas une raison pour ne pas le mener avec courage jusqu’au bout, à rebours de la mode du temps et sans céder à la dictature de l’audimat. Est-ce encore possible sur France-Télévisions ?

En espérant que j’aurai réussi à vous alerter sur une question qui encore une fois excède largement celle de mon avenir personnel, et en sachant que nous sommes à la veille de grands bouleversements, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

Frédéric Ferney


P.S. « Le Bateau-Livre » réunit environ 180 000 fidèles qui sont devant leur poste le dimanche matin à 8h45 ( ! ) sur France 5, sans compter les audiences du câble, de l’ADSL et de la TNT ( le jeudi soir) ni celles des rediffusions sur TV5. C’est aussi l’une des émissions les moins chères du PAF.


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