dimanche 1 juin 2008

Robertin Père & Fils




"L'invitée" Franck Bellucci. Théâtre. Editions Les Mandarines, 2008.





Nous sommes en 1985, dans une maison bourgeoise des bords de Loire. On se plaît à imaginer que l'action se déroule dans cette région de l'orléanais où vit et enseigne Franck Bellucci, l'auteur de cette pièce.



Quand le rideau se lève, Paul Robertin, professeur de lettres, 38 ans, arrive à l'improviste chez ses parents afin de leur présenter sa nouvelle compagne, Solange.

Anne-Marie et Claire, la mère et la soeur de Paul, sont quelque peu surprises et désappointées de cette visite impromptue. Paul, en effet, n'est pas du genre à rendre visite régulièrement à sa famille, ce que n'oublie pas de lui reprocher sa soeur. Mais Paul ne s'arrête pas à ces critiques et, manifestement amoureux et fier de sa nouvelle conquête, il ne cesse de cabotiner en dépit de l'atmosphère tendue qui règne sur la demeure familiale.

Car le père, Jean, médecin en retraite, est gravement malade. Atteint d'un cancer, il se sait condamné et ne peut plus compter que sur quelques mois avant l'échéance fatale. Confiné dans sa chambre, son épouse et sa fille se relaient à son chevet afin de l'assister dans cette épreuve.

Paul, lui, semble prendre tout cela à la légère et c'est au cours du dîner – alors que Jean aura fait l'effort de descendre de sa chambre pour prendre son repas en compagnie de son fils et de sa compagne – que les choses vont s'envenimer. Paul se rend rapidement insupportable et met le feu aux poudres en s'en prenant d'abord à sa soeur – à qui il reproche de lui renvoyer l'image de son propre égoïsme – et ensuite à son père, à qui il fait vertement remarquer que sa maladie et sa mort prochaine prennent – à son sens – un peu trop d'importance et alourdissent le climat familial. Le ton monte rapidement devant Solange, l'invitée, qui ne peut que rester coite devant un tel déballage de griefs familiaux.
Afin d'apaiser le débat et de détourner la conversation vers un sujet plus paisible, l'attention se porte sur Solange. Qui est-elle ? Que fait-elle dans la vie ? La jeune femme est historienne et travaille au CNRS où elle étudie l'histoire contemporaine, et en particulier l'époque de la Seconde Guerre Mondiale. Sans parents, sans attaches, c'est par hasard qu'elle a rencontré Paul quinze jours auparavant. La conversation continue, émaillée par les réparties de Paul, qui ne cesse d'ajouter de l'huile sur le feu et de se rendre odieux envers sa soeur et ses parents.
Puis vient l'heure où chacun doit se retirer pour aller dormir. Solange avoue ne pas avoir sommeil et décide de rester en compagnie de Claire. Paul et sa mère se retirent. C'est alors le début d'une longue et douloureuse nuit qui s'annonce. Au matin, quand Solange partira, après avoir révélé qui elle est réellement, la famille Robertin ne sera plus la même. Une lettre, ainsi qu'une vieille photo en noir et blanc, auront bouleversé tout l'échafaudage familial.


Avec « L'invitée » Franck Bellucci nous offre un drame familial où le jeu des apparences vient à se rompre lorsqu'un élément extérieur – Solange – vient mettre à bas l'ordre établi des choses en la personne du père irréprochable, de la mère exemplaire, du fils ingrat et de la fille dévouée. Chacun des personnages que nous découvrons au début de cette pièce dissimule en son coeur des choses inavouables aux autres membres de la famille. Certains ignorent même en leur for intérieur quelle est leur véritable nature, et c'est Solange qui va jouer le rôle de révélateur et apporter ainsi aux uns et aux autres la culpabilité, le poids des origines et le déchirement, mais aussi la liberté et la rédemption.
Huis-clos féroce, servie par des dialogues percutants, « L'invitée » de Franck Bellucci est une réflexion sur le poids du passé, sur la mémoire et le pardon, sur la piété filiale et sur l'ironie du sort,
une ténébreuse histoire de famille où les masques tombent les uns après les autres, révélant ainsi des abîmes insoupçonnés.
L'avis de Laurence du Biblioblog.


3 commentaires:

larkeo a dit…

dialogue de valises
-(valise rouge) c'était bien, chérie?
-(valise jaune) ouais... tu me passes une cigarette ?
-(la rouge) on y va ?
-(la jaune) ok...tu me passes mes roulettes ?

Joelle a dit…

J'hésite plus sur ce titre car je ne suis pas très théâtre à lire ... mais théâtre à voir ou à jouer, oui !

Anonyme a dit…

cette photo est protégée par copyrigth, la moindre des corrections est de demander la permission et de faire un lien!!!

http://www.flickr.com/photos/boccacino/