jeudi 4 janvier 2007

Mémoires d'un Kanak


CANNIBALE. Didier DAENINCKX. Récit. Gallimard, 2000


A l'occasion de l'Exposition Coloniale de 1931, les autorités de Nouméa décident d'envoyer à Paris un groupe de jeunes Kanaks afin de représenter la Nouvelle-Calédonie.
Arrivés sur les lieux de l'Exposition, ces hommes et ces femmes seront exhibés comme des animaux en cage. Brimés, depouillés de leurs vêtements, ils seront contraints de jouer les "sauvages" et seront décrits à la foule des visiteurs comme étant de féroces anthropophages.
Mais voilà que les crocodiles du zoo de Vincennes viennent subitement à mourir pour une raison inconnue. Qu'à cela ne tienne! les organisateurs de l'Exposition conclueront un marché avec un cirque allemand: ils échangeront de nouveaux crocodiles en parfaite santé contre autant de "cannibales". Voyant une partie des siens littéralement kidnappés pour les besoins du zoo et expédiés vers l'Allemagne, Gocéné, un jeune Kanak, fera tout son possible pour faire échouer cette révoltante transaction. Il devra pour cela affronter l'incompréhension, la bassesse, la bêtise et la vulgarité de la populace et des autorités.
Didier DAENINCKX , dans ce récit (court roman où longue nouvelle?) nous décrit l'océan qui sépare les colonisateurs des "indigènes"et nous invite à une réflexion sur ce qu'est la "civilisation" dans ses rapports avec ceux qu'elle ose qualifier de "primitifs", n'hésitant pas pour cela à user et abuser de poncifs et de clichés dégradants afin d'asseoir sa prétendue supériorité et de rabaisser le "sauvage" au rang de bête de foire.
L'auteur, mettant en perspective le récit se déroulant dans les années trente et les évènements qui, cinquante ans plus tard, ont eu lieu en Nouvelle-Calédonie entre indépendantistes Kanaks et "loyalistes" Caldoches, dresse un portrait sans concessions des conséquences du colonialisme.
Quant à ceux qui, il y a peu de temps encore, voulaient faire reconnaître les "aspects positifs de la colonisation", on ne peut que leur conseiller la lecture de "Cannibale", un récit court (93 pages) mais d'une grande densité, inspiré d'un fait authentique. Edifiant.

4 commentaires:

JULES a dit…

Je le note pour ma PAL!

Pascal BOUALI a dit…

Merci Jules, c'est gentil à toi de venir faire un tour sur mon blog.

Sophie a dit…

Lu et appprécié; cette histoire est assez abominable mais à connaître.
Tu as de la chance, ton blog n'a pas (encore!)été envahi de lycéens qui demandaient des résumés pour les cours de français!

Pascal BOUALI a dit…

En effet Sophie, pourvu que ça dure!