dimanche 20 avril 2008

Le Goût des Autres




"Le mec de la tombe d'à côté" Katarina Mazetti. Roman. Gaïa Editions, 2006


Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus.





Elle s'appelle Désirée. Elle est bibliothécaire. Régulièrement, elle se rend au cimetière pour se recueillir sur la tombe de son mari. Là, elle observe le type de la tombe d'à côté. Un drôle de type, d'ailleurs, un peu rustre, habillé de manière voyante, avec seulement trois doigts à la main gauche, et qui laisse dans son sillage traîner une drôle d'odeur.
Lui, c'est Benny. En passe de devenir un « vieux garçon », il vient régulièrement sur la tombe de ses parents depuis qu'il vit seul dans la ferme familiale suite au décès de sa mère. Il ne sait que penser de celle qui vient sur la tombe d'à côté, cette femme terne aux cheveux si blonds qu'ils en paraissent presque blancs, cette femme mince et toujours vêtue de beige, affublée d'un bonnet hideux.
Assurément, ces deux personnages-là n'ont rien en commun, si ce n'est la proximité des sépultures auprès desquelles ils viennent se recueillir. Et pourtant...


Et pourtant, un évenement fortuit va faire que leurs regards vont se croiser, qu'un sourire va s'ébaucher et que leur vie va s'en trouver bouleversée. Entre ces deux-là – que tout sépare – une passion va naître et s'épanouir. Mais, cependant, tout n'est pas gagné, car s'ils réussissent à trouver le plein accord sexuellement,il n'en est pas de même en ce qui concerne l'immense fossé culturel qui les sépare. Désirée est « accro » à la littérature, à la poésie et au théâtre.

Benny, quant à lui, n'éprouve que très peu d'intérêt pour ces disciplines et s'intéresse plutôt aux derniers perfectionnements des machines agricoles. Désirée vit dans un appartement au design recherché et épuré tandis que Benny n'accorde que peu d'intérêt à la décoration (et cela vaut mieux!) intérieure de la ferme dans laquelle il vit. Désirée aime la nourriture fine et exotique alors que Benny préfère de loin une nourriture plus roborative et traditionnelle, surtout quand celle-ci est préparée par une femme. Désirée rêve de se rendre un jour au festival d'Avignon alors que Benny ne vit que par et pour son élevage de vaches laitières, activité qui ne lui laisse aucun congé...
Entre ces deux-là, la cohabitation risque de s'avérer quelque peu houleuse et de donner matière à quelques échanges pour le moins cocasses.
Sauront-ils, tour à tour, mettre suffisamment de côté leurs divergences afin de parvenir à l'accord parfait des âmes et des corps ? C'est ce que Katarina Mazetti nous propose de découvrir dans ce roman dont le propos est de nous entretenir de manière humoristique d'une des dernières barrières infranchissables de notre société contemporaine : à savoir le fossé culturel qui existe entre les êtres.
Alors que certains tabous liés à la distinction entre telle ou telle classe sociale ont tendance à s'éroder (même s'ils restent toujours sous-jacents), on ne peut pas en dire de même en ce qui concerne les divergences culturelles entre individus. Je ne parlerai pas ici – comme il est écrit sur la quatrième de couverture – de « ce fossé qui sépare les catégories sociales » car à mon avis cette disparité culturelle ne s'explique pas (ce serait bien trop simpliste et en même temps d'un déterminisme scandaleux) par l'appartenance à telle ou telle classe sociale plus ou moins favorisée. J'ai vu par exemple des chefs d'entreprise ou des médecins ( à priori d'un rang social favorisé) se révéler être des personnages d'une inculture crasse, tandis que d'autres personnes, aux revenus beaucoup plus modestes, se sont avérés être, sous des aspects banals, d'une érudition et d'une curiosité exemplaires. Le personnage romanesque le plus célèbre à cet égard, mais aussi le plus récent, et qui incarne le mieux cette richesse culturelle qui n'est pas l'apanage des classes les plus aisées, reste l'inoubliable Mme Renée, la concierge de « L'élégance du hérisson » de Muriel Barbery.
Contrairement donc à ce qui est écrit sur cette quatrième de couverture, Katarina Mazetti ne tombe pas dans ce poncif qui ferait de son héroïne une jeune femme riche et cultivée face à un rustre issu d'une classe sociale plus modeste parce que n'exerçant pas une activité professionnelle considérée comme gratifiante intellectuellement. Il n'est pas question un seul instant de différences d'ordre social ou financier et les deux personnages principaux qui nous sont présentés ici sont issus de la classe moyenne. Le débat se trouve autre part et l'argent n'est pas ici le facteur déterminant qui fera de cette relation une réussite ou un échec.


Comique, frais et léger, sans toutefois tomber dans la niaiserie, « Le mec de la tombe d'à côté » est un roman divertissant et sans prétention, une comédie tendre et ironique qui prend pour thème l'inégalité culturelle des uns et des autres, un fossé qui ne peut être comblé ni par une batterie de faux-semblants, ni par un arsenal de concessions, et encore moins – rappelons-le – par les artfices de l'argent et du pouvoir.


Les avis de Flo, de Valdebaz, de Anne, de Cathulu, de Papillon, de Tamara, de Chatperlipopette, et de tant d'autres encore que je suis obligé de m'arrêter là...

5 commentaires:

yueyin a dit…

Voilà un moment que je me promets de lire ce roman, d'abord à cause du sujet que je trouve assez fascinant pour tout dire et puis à cause du titre, même si c'est une traduction un titre pareil ça accroche la curiosité :-) merci de me le remettre en mémoire pascal :-)

Florinette a dit…

Tout comme Yueyin, ce roman m'a attiré l'oeil déjà par le titre et tous les éloges qui ont été faits, il ne me reste plus qu'à plonger dans cette histoire !

Camille a dit…

Tout comme YueYin et Florinette, je louche vers ce livre depuis longtemps! Hop, je l'écris dans mon carnet!

sylvie a dit…

déjà noté. Je suis curieuse de lire ce livre dont je lis beaucoup de bonnes critiques sur beaucoup de blogs. Le sujet m'intéresse aussi.

Joelle a dit…

Une vrai découverte que cette auteure avec ce titre ! J'attends avec impatience que la suite sorte enfin en France !