samedi 26 avril 2008

Le 6ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 7







"L'interprétation des meurtres" Jed Rubenfeld. Roman. Editions du Panama, 2007.



Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Carine Chichereau.







C'est un trio hors du commun qui débarque à New-York en cette soirée du 29 août 1909. Invité par le président Hall de l'Université Clark (Massachussets) à donner une série de conférences, Sigmund Freud, le père de la psychanalyse, arrive aux Etats-Unis, accompagné pas deux de ses célèbres diciples : le suisse Carl-Gustav Jung et le hongrois Sándor Ferenczi.
Ils sont accueillis par deux représentants de l'Université Clark : le docteur Abraham Brill, ainsi que par le premier psychanalyste américain, le jeune docteur Stratham Younger.
Alors que les trois européens découvrent avec émerveillement et stupéfaction les audacieuses constructions de Manhattan que sont les premiers « gratte-ciel », dans un luxueux appartement d'un immeuble flambant neuf, une jeune femme est torturée et assassinée par un mystérieux agresseur.
L'enquête est immédiatement confiée au légiste de la ville de New-York : Charles Hugel, qui va désigner pour mener les investigations un jeune inspecteur débutant : Littlemore.


Le lendemain 30 août, c'est dans une résidence cossue de Gramercy Park qu'une jeune fille est sauvagement agressée par un inconnu suivant la même procédure que pour le meurtre de la veille. La victime échappe de peu à une mort certaine mais, profondément choquée, a perdu la mémoire des faits ainsi que l'usage de la parole. Entre une jeune femme atteinte de mutisme et de crypto-amnésie, et un premier cadavre qui disparaît mystérieusement de la morgue municipale où il était entreposé, l'enquête piétine.
Au cours d'une soirée mondaine, le docteur Stratham Younger est présenté au maire de New-York, Georges Mc Clellan, qui lui confie la tâche difficile d'analyser la jeune femme afin de déceler quelques éléments susceptibles de faire progresser les investigations. Conseillé par Freud et ses deux comparses, Younger va tenter de percer à jour le mystère qui entoure ces deux agressions en tentant de faire remonter à la surface les souvenirs refoulés de la jeune femme. En progressant dans son analyse, il va découvrir progressivement la personnalité complexe de celle-ci, mais va aussi tomber sous le charme de sa patiente. Quant à l'identité de l'agresseur, il faudra mettre en oeuvre les talents conjugués de la psychanalyse et les méthodes d'investigation de la police pour découvrir enfin qui est à l'origine de ces actes barbares et surtout quelles en sont les motivations.


Entre enquête policière et étude psychanalytique, « L'interprétation des meurtres » est un thriller intelligent et remarquablement documenté qui nous entraîne dans le New-York du début du XXème siècle en compagnie de trois des plus éminentes figures de la psychanalyse. Maîtrisant son sujet à la perfection, Jeb Rubenfeld mêle dans cette histoire personnages réels et fictifs au service d'une intrigue pleine de rebondissements et de fausses pistes. Des quartiers huppés de Manhattan au chantier de construction du pont de Brooklyn, l'auteur fait revivre sous nos yeux la ville de New-York alors en pleine mutation, à l'époque où les gratte-ciel sortent de terre sous l'influence de familles fortunées telles que les Astor et les Vanderbilt.


Il dresse aussi le portrait de ces trois figures qui ont révolutionné la psychiatrie : Freud, Jung et Ferenczi, distillant au gré des pages et des dialogues que ceux-ci entretiennent, les éléments qui feront que leurs théories se rapprocheront ou, au contraire, s'opposeront. Si le personnage de Ferenczi reste assez discret dans ce roman, ce n'est pas le cas pour Jung, dont la personnalité fantasque et les opinions tranchées préfigurent déjà les dissenssions qui opposeront ses théories à celles de Sigmund Freud.
On y fera aussi la connaissance du docteur Stratham Younger, personnage principal (et fictif), narrateur du récit, premier psychanalyste américain, diplômé de Harvard, hanté par le drame shakespearien de Hamlet, drame qui lui permettra de découvrir, et de nous faire découvrir par la même occasion, une nouvelle et intéressante interprétation du complexe oedipien.


Complexe, mais sans verser dans la confusion, richement documenté sans que le récit en soit alourdi, « L'interprétation des meurtres » est un polar qui se lit d'une traite, un roman divertissant et intelligent qui tiendra le lecteur en haleine jusqu'aux dernières pages.


L'avis de Solenn, de Christian, d'Hélène, de Patricia, de Boo, de Michel, de Chatperlipopette.








En 1909 à la Clark University, de gauche à droite en bas Sigmund Freud, Stanley Hall, C.G.Jung; derrière: Abraham A. Brill, Ernest Jones, Sandor Ferenczi.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Oui je suis d'accord avec vous, c'est un roman divertissant et intelligent. Mais comme polar il est un peu léger, j'ai trouvé que cela tournait court, que la fin était au-dessous de ce que laissait augurer le début, (littéralement exaltant!). Epoque, endroit, personnages extraordinaires et finalement... tout ça pour ça! Enfin même si j'ai été un peu déçue en le terminant c'est globalement un bon livre.
Marie

Pascal a dit…

Marie : Je partage le même sentiment. C'est un bon livre, intéressant et ingénieux, mais il est vrai que le côté polar passe au second plan.

yueyin a dit…

Je l'ai déjà noté chez katell mais je souligne, j'adore le thème (qui rappelle nettement l'aliéniste de caleb carr d'ailleurs) et la période et ... bref tout, j'essaierai :-)

Delph a dit…

C'est en lisant le commentaire de Yueyin que ça fait tilt ! en effet en lisant ton article j'avais la sensation d'avoir lu ce livre il y a plusieurs mois mais c'est en fait l'alieniste qui revient à ma mémoire.