samedi 23 février 2008

Une affaire de famille


"Les dieux ne valent pas mieux!" Marie Phillips. Roman.
Traduit de l'anglais par Erika Abrams.

Editions Héloïse d'Ormesson, 2008.


On les croyait définitivement disparus, oubliés, relégués dans les galeries des musées où leurs effigies de marbre impressionnent les visiteurs. Eux, ce sont les Dieux de l'Olympe, cette turbulente famille qui présida, dans l'Antiquité, aux destinées des hommes, des demi-dieux et des héros.

Pourtant – malgré les apparences – ils sont toujours parmi nous, et cohabitent dans une vétuste résidence londonienne, à l'abri du regard des mortels depuis le XVIIème siècle. C'est ici qu'ils ont trouvé refuge, dans cette vieille demeure crasseuse et poussiéreuse, menaçant ruine. L'Âge d'Or est définitivement terminé pour les Olympiens depuis qu'ils se sont fait damer le pion dans le coeur des mortels par un modeste charpentier nazaréen qui expira sur la croix sous le règne de l'Empereur Tibère.

Diminués, affaiblis, les dieux grecs n'ont eu, pour seule échappatoire, que de s'adapter aux conditions de vie contemporaines afin d'exercer leurs talents respectifs. Ainsi, Artémis, déesse de la chasse, s'est reconvertie dans le Dog-Sitting, Apollon est devenu animateur d'émissions télévisées, Aphrodite déploie ses talents dans le téléphone rose, et Dionysos est devenu tenancier d'une boîte de nuit de bas-étage.
Si leur splendeur passée est définitivement évanouie, les Olympiens n'ont pas perdu pour autant leur caractère chicanier et tapageur.
C'est d'ailleurs une de ces disputes si coutumières aux dieux grecs qui va mettre le feu aux poudres.

Apollon, tourmenté par son inextinguible libido, s'est encore une fois compromis avec une mortelle qu'il a – après avoir été repoussé par celle-ci – métamorphosé en eucalyptus. Cet acte va lui attirer les remontrances d'Artémis qui lui reproche de gâcher ainsi les dernières réserves de pouvoir divin dont disposent les Olympiens.
Mais cette mésaventure va surtout déclencher la colère et la jalousie d'Aphrodite qui va dès lors s'ingénier à concocter sa petite vengeance. Apollon est attiré par les mortelles, Soit ! Et s'il tombait éperdument amoureux de la première venue ?
Avec la complicité de son fils Eros, elle va rendre Apollon fou d'amour pour une femme choisie au hasard dans le public assisitant à l'enregistrement de l'émission animée par le bellâtre infidèle. Le choix va se porter sur Alice, une jeune femme de ménage qui n'en demandait pas tant...
Mais la machination orchestrée par la déesse de l'amour va très rapidement tourner au vinaigre et ce qui au départ se présentait comme une simple vengeance destinée à donner une bonne leçon au dieu Apollon, va finir par prendre des proportions cosmiques qui pourraient avoir comme conséquence l'extinction de la race humaine et par conséquent des dieux eux-mêmes.

Mais c'est sans compter sur la détermination et le pragmatisme de la déesse Artémis qui, après avoir renouvelé le mythe d'Orphée et d'Eurydice, va tout tenter pour réparer les pots cassés et remettre de l'ordre dans ce divin capharnaüm.

Dans la lignée de « De bons présages » de Neil Gaiman et Terry Pratchett, ainsi que du « Fils du Dieu de l'Orage » de Arto Paasilinna, le roman de Marie Phillips est une comédie légère et enlevée, sans temps mort, qui entraîne le lecteur dans un tourbillon de rebondissements, de clins-d-oeil à la mythologie antique et d'allusions cinglantes envers notre société moderne.

Sans égaler en humour le roman de Gaiman et Pratchett cité plus haut, « Les dieux ne valent pas mieux! » est de ces ouvrages qui offrent un agréable moment de lecture sans pour autant prétendre au chef-d-oeuvre. Amusant et léger, ce roman n'a d'autre but que celui de nous divertir.
Les dieux grecs, si profondément humains dans leur comportement – et cela depuis l'Antiquité – apparaissent une fois de plus dans l'ouvrage de Marie Phillips comme le modèle des travers et des défauts propres aux simples mortels que nous sommes. Soumis eux aussi à ces passions bien humaines que sont la colère, l'orgueil, la jalousie et le libertinage, ils sont bel et bien le reflet – ou plutôt le prototype – de nos imperfections. Non, décidément, les dieux ne valent pas mieux !
Merci à Cathulu qui m'a aimablement prêté ce roman. Son avis se trouve ici.



5 commentaires:

canthilde a dit…

Ca m'a tout de suite fait penser à "American Gods" et sa suite "Anansi Boy" de Neil Gaiman !

moustafette a dit…

Mais pourquoi ne sont-ils pas restés vivre en Grèce ?

Pascal a dit…

On se le demande...

sylvie a dit…

je l'ai déjà noté quelque part celui là, si c'était pas chez cathulu, ce devait être chez chaperlipopette... il me tente.

Joelle a dit…

Un roman parfait pour un moment de détente ... je prends note ! Et puis cela me rappelle que je dois acheter la suite de American Gods !