dimanche 24 février 2008

Western


"Redemption Falls" Joseph O'Connor. Roman.

Editions Phébus, 2007.


Traduit de l'anglais (Irlande) par Carine Chichereau.



Avec « Redemption Falls », Joseph O' Connor nous livre une page de l'histoire du peuple Irlandais, celle de ces émigrés qui, devenus américains, vont se déchirer et s'entretuer lors de la Guerre de Sécession qui fera se dresser les unes contre les autres les armées de l'Union contre celles des Etats Confédérés.

Quand commence le roman de Joseph O' Connor, nous sommes en 1865 et la guerre vient de s'achever après la reddition du Général Lee à Appomatox (le 9 avril) et l'assassinat du président Abraham Lincoln par un sympathisant sudiste (le 14 avril).

Mais ces personnages emblématiques de cette période troublée de l'histoire des Etats-Unis d'Amérique n'occupent que la toile de fond du roman de Joseph O' Connor.
« Redemption Falls » s'ouvre en effet avec la longue marche d'une jeune fille, Eliza Duane Mooney, qui décide de quitter la ville de Bâton Rouge en Louisiane pour partir à la recherche de son petit frère Jérémiah, engagé comme tambour dans les armées confédérées et qui n'a plus donné signe de vie depuis lors.
Sachant que son jeune frère avait pour projet de passer la frontière canadienne, elle va se lancer à sa poursuite en traversant pour cela le pays tout entier.
Cette traversée du continent va s'avérer pleine de dangers dans ces immensités désertiques où les hostilités ne sont pas encore tout à fait éteintes et où les représentants des deux camps se livrent encore à d'effroyables réglements de compte.

C'est dans la bourgade de Redemption Falls, un endroit perdu que l'on imagine situé dans l'Etat du Montana, que vont peu à peu se mettre en place les éléments d'un drame aux accents de tragédie antique.
C'est à Redemption Falls que s'est établi James C. O' Keeffe, dit « Le Sabre », général de l'armée de l'Union et ancien héros de la cause indépendantiste irlandaise. S'étant plus ou moins autoproclamé gouverneur des Territoires des Montagnes, O'Keeffe vit en compagnie de sa femme Lucia, fille d'une famille de la bonne société new-yorkaise, poétesse à ses heures, et avec leur domestique, Elizabeth Longstreet, ancienne esclave émancipée.
Au sein de ces territoires sauvages, O'Keeffe – l'ancien révolutionnaire irlandais qui fut déporté en Tasmanie avant de s'échapper afin de gagner les Etats-Unis – n'attire pas que les sympathies. Nombreux sont encore ceux qui n'ont pas accepté la défaite des états confédérés et des bandes de hors-la-loi sudistes tels que Johnny Thunders répandent la terreur sur leur passage.
O'Keeffe est un homme usé, un colosse sur le retour qui s'adonne à la boisson afin d'écarter les visions et les fantômes de son passé. Sa vie conjugale n'est pas non plus des plus heureuses, marié à une femme trop belle, trop différente de ses manières d'ours en cage, une femme à qui il refuse obstinément de faire un enfant pour des raisons connues de lui seul.
Il pense trouver une échappatoire en recueillant un enfant perdu, vêtu des loques d'un uniforme sudiste. Serait-ce Jérémiah, le jeune frère d'Eliza Duane Mooney ? Cet enfant indomptable, quasiment retourné à l'état sauvage pour avoir vu tant d'horreurs se dérouler sous ses yeux lors de la guerre, va très rapidement devenir l'enjeu de forces qui le dépassent.
Le dénouement de cette histoire où chacun cherche pour lui-même le chemin de la rédemption, sera jalonné d'éclairs de violence, de déchirements, de renoncements, de mensonges et de trahisons qui donnent à ce récit la puissance et la noirceur des antiques tragédies grecques.

Roman polyphonique et foisonnant, émaillé de lettres, de chansons, de photographies, de coupures de presse, relatant les différents points de vue adoptés par la multitude de personnages présents dans le récit, "Redemption Falls" est une fresque aux dimensions épiques dans laquelle les hommes se révèlent prisonniers de leurs passions, de leurs tourments et de leurs haines au sein de paysages bien trop grands pour eux.
D'une puissance narrative exceptionnelle, cet ouvrage de Joseph O' Connor fera date – j'en suis persuadé – dans l'histoire de la littérature irlandaise. Magnifique.


6 commentaires:

goelen a dit…

j'ai très envie de le lire depuis sa sortie. Ma biblio ne l'a pas encore, je vais peut-être leur suggérer car ça manque!!!

florinette a dit…

Je l'avais noté sans trop savoir, mais maintenant suite à ton article, j'ai très envie de lire ce livre, le thème m'intéresse énormément !!

kathel a dit…

Moi aussi, je meurs d'envie de le lire ! J'ai adoré tous ses autres romans...

La liseuse a dit…

Je l'ai découvert sur le site de Phébus éditions puis en librairie. Un sacré bouquin bien épais. Je pense bientôt l'acheter. ce genre d'histoire me plaît beaucoup et ton billet est très tentateur.

Lou a dit…

J'hésitais mais ta superbe critique m'a convaincue ! J'espère le lire bientôt (cela coûte un peu cher pour l'instant) !

Joelle a dit…

Il me tente terriblement et j'ai vu qu'il était dispo à une des branches locales de la biblio ... j'irai le chercher demain (aujourd'hui c'est fermé !)