mardi 18 décembre 2007

Un été 57


"Méchamment dimanche" Pierre Pelot. Roman. Editions Héloïse d'Ormesson, 2005



Printemps 2004 : Qui est cet homme corpulent, d'une soixantaine d'années, qui a pris une chambre au café-hotel-restaurant de St. Maurice-sur-Moselle ? C'est la question que se posent le patron et sa femme ainsi que les clients. Est-ce un touriste ? Un journaliste ? Un flic ?

Les gens s'interrogent car depuis quelques semaines, ils en ont vu défiler, des policiers et des scribouillards! Un vrai défilé ! Et tout ça à cause de l'affaire du « prophète », un simple d'esprit qui, quelques semaines auparavant, s'est retranché dans une maison abandonnée vouée à la démolition et qui – au moment où arrivaient les ouvriers chargés de raser la vieille bâtisse – en a tué cinq et en a blessé quatre autres.
Quel est le lien entre ce fait-divers sanglant et les évenements qui se sont déroulés près d'un demi-siècle plus tôt, au cours de l'été 1957 ?


En ce début juillet commence pour les enfants de St. Maurice-sur-Moselle une longue période – les vacances d'été – consacrée à l'élaboration de cabanes dans les bois, à la fabrication d'arcs et de flèches, à de longues heures de pêche et de palabres au bord de la rivière. Mais au soir du 13 juillet, alors que tout le village se réunit sous les flonflons du bal qui ouvre la célébration de la fête nationale, Zan et son ami Tipol – deux gamins turbulents et inséparables – sont victimes d'une mauvaise farce orchestrée par leur ennemi intime : « Ce grand con de Nano Grandgirard ».
Dès le lendemain, la guerre est déclarée entre les deux bandes d'enfants. Zan prend la tête du groupe composé de Tipol, de Belette et de sa soeur Zita, de Tonto, ainsi que de Grand Dédé, Zinzin et Jean-Do. Sans oublier le chien Jean-Claude. Tous se préparent pour les hostilités et se lancent fébrilement dans la fabrication d'arcs et de flèches dont les pointes – faites de clous écrasés par le passage du train sur la voie ferrée – devront venger la fierté et l'honneur bafoué de Zan et Tipol.
Un plan d'attaque est mis au point et une embuscade est organisée. Mais l'escarmouche – qui devait au départ n'être qu'un simple règlement de comptes entre gamins – va prendre des proportions inattendues pour les belligérants qui vont voir – au lendemain de leur passe d'armes – arriver chez eux les gendarmes.

Pour la plupart des membres de la bande, l'épisode se soldera par une distribution de taloches parentales et une interdiction de sortir pendant plusieurs jours. Mais pour Zan et Tipol, la guerre n'est pas finie. L'été va donc continuer, sous une chaleur lourde et implacable jusqu'à ce qu'enfin l'orage se déchaîne dans les coeurs et que la violence jusqu'ici contenue parvienne à son paroxysme.


Qu'on ne s'y trompe pas, malgré les apparences, « Méchamment dimanche » n'est pas un remake de « La guerre des boutons ». Dans ce roman, Pierre Pelot nous parle du monde de l'enfance en évitant tous les écueils de mièvrerie et de sensiblerie qui vont souvent de pair avec ce genre de sujet romanesque. Bien sûr, certaines évocations ne manquent pas de susciter une certaine nostalgie envers cet « âge d'or » que certains d'entre nous ont connu : l'âge des cabanes, des guerres de bandes, des arcs, des lance-pierres et des genoux badigeonnés de mercurochrome.

Mais si ce roman de Pierre Pelot devait être comparé à une autre oeuvre littéraire, ce serait – pour moi – avec la nouvelle de Stephen King intitulée « The body » dont Rob Reiner a tiré en 1986 l'extraordinaire film « Stand by me ». On y retrouve les mêmes thèmes de la fin de l'enfance et de l'entrée dans cette douloureuse période de transition vers l'âge adulte qu'est l'adolescence, de la confrontation brutale avec la violence et la mort, de la nostalgie du monde perdu de l'innocence et de l'insouciance ainsi que de la découverte d'un monde insoupçonné où les bons ne l'emportent pas nécessairement sur les méchants, où l'injustice, les trahisons et les désillusions prennent le pas sur l'amitié, la confiance et l'imaginaire.
On trouve aussi dans ce roman tout un monde à jamais disparu, celui de la fin des années cinquante dans une petite ville de province, avec ses petits commerçants et ses figures locales, ses journées rythmées par les émissions radiophoniques : Raymond Souplex et Jeanne Sourza qui incarnent Carmen et La Hurlette dans le feuilleton « Sur le banc », Geneviève Tabouy et ses « Attendez vous à savoir... », Rina Ketty qui chante « Sombreros et mantilles », etc...
Mais c'est aussi l'époque de la guerre d'Algérie, du lancement du Spoutnik par l'Union soviétique, la victoire de Jacques Anquetil au 44ème Tour de France... Pierre Pelot nous restitue avec talent et fidélité cette époque en n'oubliant pas de souligner – dans cette Lorraine qui est la sienne – la forte empreinte laissée par la classe ouvrière, particulièrement dans les manufactures textiles. Bon nombre de camarades de Zan sont enfants d'ouvriers italiens et soulignent par leur présence l'apport des communautés étrangères dans le paysage socio-culturel de cette région.


Une fois de plus, Pierre Pelot, à travers le prisme de ses oeuvres romanesques, comme dans le stupéfiant « C'est ainsi que les hommes vivent », nous invite à revisiter le passé de la Lorraine, à en découvrir ses gens et sa culture, son parler et ses paysages.

Avec « Méchamment dimanche » il signe un roman tendre et cruel, un récit épique sur l'enfance, une tragi-comédie pleine de rires et de soudains éclats de violence où les fantômes du passé reviennent inlassablement pour tourmenter et égarer les vivants.

5 commentaires:

moustafette a dit…

Les thèmes de l'amitié et de la loyauté sont magnifiquement traités dans ce livre et m'avaient assez bouleversée pour des raisons personnelles.
C'est aussi une belle description d'un monde révolu.

Joelle a dit…

Je ne suis pas sûre de me retrouver dans ce roman vu l'époque traitée ou la région dans laquelle cela se passe (que je ne connais pas du tout) mais il pourrait quand même me plaire beaucoup de par son thème !

Pascal a dit…

Joëlle : Je n'étais moi non plus pas né à l'époque où se déroule ce roman et je ne connais pas du tout la Lorraine. Mais cela ne m'a pas empêché d'apprécier ce roman.
Bien qu'étant né plus tard, j'ai connu moi aussi les cabanes dans les bois ainsi que la fabrication des arcs et des flèches. Ce qui est décrit dans ce roman ne m'est donc pas totalement étranger.

marie a dit…

J'aime bien le rapprochement avec cette nouvelle de King, oui l'enfance est un thème récurrent chez Stephen King, qu'il traite avec beaucoup de sensibilité. Il est rare de le voir cité pour ce côté-là de son écriture.
"Sans transition comme on dit dans le poste, je vous souhaite Monsieur, madame de bonnes et douces vacances!

isa a dit…

j'ai adoré le livre mais dans les dernieres pages ,on parle d'un Lucile, qui est elle?