samedi 1 décembre 2007

Quand Norman Mailer se prend pour Cecil B. DeMille...


"Nuits des Temps" Norman Mailer. Roman. Robert Laffont, 1983



Quand j'ai lu « Nuits des Temps » à sa sortie en France, en 1983, je n'avais pas encore dix-huit ans. C'était la première fois de ma vie où je lisais une oeuvre de Norman Mailer. C'était l'été, et quand dans la fraîche pénombre de la bibliothèque municipale j'avais trouvé cet ouvrage je m'étais interrogé. Le peu que je savais sur Norman Mailer ne m'avait pas préparé à le considérer comme un auteur de romans historiques.

Pourtant, l'évidence était là, j'avais dans les mains le dernier roman en date de Norman Mailer et il était consacré à l'Egypte ancienne. J'ai donc emprunté ce pavé de 717 pages, me délectant par avance d'une épopée qui allait me faire voyager très loin dans le temps.


Deux semaines plus tard, je rapportais le livre à la bibliothèque. Je l'avais lu, du début à la fin, mais l'impression qu'il m'en restait était que je venais de lire un roman barbant et interminable. Profondément déçu, j'oubliais Norman Mailer et le hasard et les circonstances firent que rien d'autre de cet auteur ne me tomba sous la main dans les années qui suivirent.


Les années passèrent, et c'est vingt-quatre ans plus tard, en cet été 2007, que me trouvant chez des amis et farfouillant dans leur bibliothèque, me tombait à nouveau sous la main « Nuits des temps », même édition brochée de 1983 de chez Robert Laffont, même couverture rouge, noire et or où la silhouette d'une pyramide se profile à contre-jour dans une lumière crépusculaire. Je retourne l'ouvrage pour y lire la quatrième de couverture :
« Le livre le plus important de la décennie sinon du siècle », selon le New-York Times. Une plongée dans les ténèbres et les lumières d'un monde à la mesure des dieux : l'Egypte de Ramses II. Un roman superbe et délirant, savant, érotique, provocant, dont on sort ébloui.


Je m'interrogeai : « Serais-je, à l'époque, passé à côté d'un grand roman? Mon manque de maturité m'avait-il poussé à négliger ce qui s'avérait sûrement un livre passionnant et profond ? »
Je n'étais certes pas dupe de cette petite phrase qualifiant ce livre de « plus important de la décennie sinon du siècle ». Si ce livre avait réellement mérité ce concert de louanges, il serait aujourd'hui encore édité et lu par d'innombrables lecteurs. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est effectivement pas le cas.
Je me sentais toutefois intrigué et l'envie m'est venue de relire ce roman dont ne me restaient plus en mémoire que quelques noms et images confuses, en particulier l'histoire d'un vieillard nommé Menenhetet qui, grâce à un procédé assez particulier, réussit à se réincarner et à vivre ainsi plusieurs vies consécutives.
J'ai donc demandé à mes amis s'il m'était possible de leur emprunter ce roman, ce à quoi il ont fort aimablement consenti. Puis les mois ont passé, d'autres lectures m'ont accaparé et le 10 novembre j'appris la mort de Norman Mailer, survenue peu de temps après qu'ait été édité en France son dernier roman en date : « Un château en forêt », premier volet d'un cycle consacré à la vie d'Adolf Hitler.

C'est le 18 novembre que j'ai commencé la relecture de « Nuits des Temps » et c'est le seulement le 28, dix jours plus tard que je refermais ce roman. Au final, la même impression que lors de mes dix-sept ans : barbant et interminable.


Menenhetet II , ou plutôt son Ka (son double) se réveille au sein de la pyramide de Khoufou (Kheops). Sorti du monument, il erre dans la nécropole afin de retrouver la tombe dans laquelle son corps momifié a été déposé. Ayant retrouvé sa dernière demeure, il s'aperçoit qu'il n'y est pas seul : son arrière grand-père Menenhetet Ier s'y trouve aussi.

Avant d'effectuer le grand voyage des morts dans l' Am-Douat (le lieu souterrain où se retrouvent les défunts et que parcourt le Dieu Rê pendant les heures de la nuit), le Ka du vieil homme va relater à son arrière petit-fils les quatre incarnations qu'il a pu vivre en ce monde depuis le règne de Ramses II jusqu'à celui de Ramses IX .

Pour cela, il va faire remonter son descendant jusqu'à l'époque ou celui-ci n'était alors qu'un enfant, invité en compagnie de ss parents et de son arrière grand-père dans le palais du pharaon Ramses IX. Au cours de cette réception qui ne s'achèvera qu'à l'aube, le vieillard va relater au Pharaon, à sa petite fille Hathfertiti, mère de Menenhetet II ainsi qu'au père de celui-ci, Nef-khep-aukhem.

Toute la nuit le vieux Menenehetet va raconter ses quatre vies qui se dérouleront principalement sous le règne de Ramses II.

Jeune homme pauvre, il deviendra l'un des plus talentueux auriges de l'armée du pharaon et participera avec lui à la célèbre bataille de Qadesh. Plus tard il deviendra gouverneur du Jardin des Recluses, le harem du pharaon, où il apprendra l'art du complot. Puis il fera partie de la suite de la reine Nefertari et deviendra son amant.
Je ferai l'impasse sur ses trois incarnations suivantes qui offrent encore moins d'intérêt que la première.

Bien que l'on sente que Mailer s'est fortement documenté sur la civilisation de l'ancienne Egypte, ses rites, sa mythologie, la composition de sa société, le déroulement de la bataille de Qadesh qui, contrairement aux idées reçues, n'a pas été une victoire égyptienne (il n'y a eu ni vainqueur ni vaincu), on ne retire de ce récit que l'impression d'avoir lu un énième roman historique, quelconque et soporifique.

Malgré l'importante documentation qu' a du consulter Norman Mailer pour donner un semblant de vie à ces égyptiens, je n'ai pu que m'esclaffer devant certaines bourdes. Ainsi, on apprend, page 232, que le pharaon Ramses IX se fait livrer...des tomates! Il est également l'inventeur de ... la chasse d'eau ! Mais attention, une chasse d'eau en forme de chadouf, et toute en or comme le siège assorti sur lequel le pharaon pose son divin postérieur afin d'y accomplir sa royale défécation. Aux pages 261 et 262, Menenhetet nous apprend également que Ramses II était blond avec des yeux bleu-vert ! On nage en plein film hollywoodien.
Ainsi, malgré un conséquent travail de recherche historique, Norman Mailer n'a pu éviter de se fourvoyer dans la vision ethnocentriste de l'américain contemplant et jugeant toutes les autres civilisations, présentes ou passées, à l'aune de sa propre représentation du monde. Les grossières erreurs historiques relevées plus haut ne peuvent que décrédibiliser l'ensemble du récit qui n'avait pas besoin de cela tant il apparaît morne, banal et sans intérêt.
C'est peut-être cet aspect fastidieux et interminable du récit qui a poussé Norman Mailer à tenter d'épicer quelque peu son roman en nous livrant à la pelle des scènes érotico-porno-scatologiques qui émaillent l'intrigue à tout moment. En effet, quoi de mieux pour attirer l'attention des lecteurs et des critiques littéraires qu'un zeste de sexe et de perversion ? Alors Norman Mailer nous en sert à la louche et ce ne sont que scènes de sodomie, fellations et autres pénétrations par tous les orifices dont la nature a gratifié le corps humain. Dans l'Egypte de Mailer, on se sodomise les uns les autres à tout moment, dans toutes les occasions ; on se fait des fellations gaillardement en tous lieux. Bref, si tout cela semble donner beaucoup de plaisir à nos égyptiens, on sent que c'est Mailer avant tout qui s'amuse de ces scènes et il faut bien reconnaître qu'il est le seul ! A lire ces pages, on en sort vaguement nauséeux et quelque peu dubitatif. Quelle est l'utilité de tout cela ? Nous démontrer que les habitants de l'Egypte ancienne avaient une vie sexuelle libérée et décomplexée ? On le savait déjà mais est ce que pour autant ils passaient leurs journées à se pénétrer les uns les autres ? Il est permis d'en douter. Est-ce que Norman Mailer veut plutôt nous montrer que c'est sa vie sexuelle à lui, qui est libérée et décomplexée ? Sans intérêt. Personnellement je me fous de la vie sexuelle de Mailer. Et que dire de ces multiples allusions scatologiques ? De ces réflexions philosophico-vasouillardes sur le rôle et la symbolique de la défécation ? Bref, et pour rester dans le ton : à lire ces 718 pages, on s'emmerde pharaoniquement !


Ce qui sauve Mailer dans ce livre qui s'est avéré comme son plus grand fiasco littéraire, c'est que Mailer écrit bien, très bien même, et c'est pour cela que je suis allé jusqu'au bout de cet interminable récit, porté par la prose de cet auteur que j'aurais du aborder avec un autre roman que celui-ci.

Je ne sais pas si je lirai un jour un autre roman de Norman Mailer. Il est trop tôt pour le dire et je dois d'abord digérer celui-ci et enfin l'oublier. La tâche ne devrait pas être trop difficile. Ce roman est aussi long à lire qu'il sera rapide à oublier.
Il y a quand même une chose que je n'oublierai pas, c'est que quand Norman mailer se prend pour Cecil B. DeMille, il fait du Max Pecas.

11 commentaires:

rennette a dit…

trop drôle MAX PECAS !!!
moi aussi Je n'ai jamais pu gober ce livre !!! c'est pas faute d'avoir essayer (la couverture était - pour l'époque - si belle !) et puis le prix qu'il m'avait coûté me faisait culpabiliser !!!
bref je l'ai toujours mais toujours pas terminé... j'en bâille encore !!

rennette a dit…

PS il était de bon ton à l'époque de dire qu'on avait adoré !!!

Joelle a dit…

Rassurant de voir que certaines impressions restent les mêmes ;) Bon, donc, moralité : à éviter comme livre et comme auteur (et dire que je crois que j'ai un ou deux titres de lui dans ma PAL !)

Pascal a dit…

Joëlle : je voudrais mettre un bémol : oui, tu peux éviter sans regret ce bouquin mais pour ce qui est des autres romans de Mailer, je ne voudrais pas être aussi catégorique. Je ne peux pas juger de la qualité de ses autres ouvrages puisque je ne les ai pas lus.

stephane a dit…

le chant du bourreau, pascal.

Pascal a dit…

Stéphane : C'est amusant que tu me parles du "Chant du bourreau" car je l'ai vu récemment en librairie, j'ai tourné autour pendant de longues minutes en hésitant, puis l'ai malheureusement reposé.
Puisque tu me le conseilles, je crois que je serais moins hésitant la prochaine fois.
Merci pour ce conseil qui me réconciciliera, je l'espère,avec Norman Mailer.

Gaelle Menguy a dit…

j'étais tellement dégoutée de ne pas y parvenir..je veux dire , à passer la 100° page, puis nouvel essai il y a qq années, la 300° page, puis hier je tente à nouveau : 75 pages de souffrance, d'ennui, de questions .Alors je fonce sur mon pc : help me !!Et oui, vous avez aussi connu ça, cette souffrance devant le renoncement, l'incapacité à aimer , et c'est donc NORMAL !!! Je suis NORMALE !!! C'est 1 roman abominablement barbant ! Et pourtant, dieu que j'aime l'histoire égyptienne et ses fantaisies morbides, mais là, non, je ne peux rien en apprendre puisque je m'endors dessus,je peine et perd mon temps.
Ouf, vous me dispensez donc d'essayer 1 4° fois, je peux l'envoyer au vide gtrenier le plus proche ? Pas de regrets, je l'avais emprunté à 1 amie qui n'en voulais plus de tte façon , et je comprends pourquoi !!!
Merci

Anonyme a dit…

bande de connards incultes et idiots, vous ne connaissez rien à rien alors TAISEZ VOUS!!!!! vous vous masturbez les uns les autres et vous délectez de tant de nullités mais fermez la putain!!!

Pascal a dit…

Ah...ça c'est de la critique constructive. Développe un peu le fond de ta pensée.. si toutefois c'est possible.
Et n'oublie pas de prendre un cookie et un verre de lait avant d'aller te coucher, tu m'as l'air un peu fébrile.

Anonyme a dit…

Un grand bravo à ceux ou celles qui ont réussi à lire plus de 100 pages de ce roman. Je l'ai pour ma part acheté 2euros dans une brocante, et je regrette encore cet achat. Le commentaire du bibliomane se justifie parfaitement. J'ai moi aussi longtemps étudié l'Egypte ancienne, et j'ai, sans en comprendre les raisons réelles, éprouvé du dégoût des les premières pages de ce "truc", qui ne semble avoir qu'un seul objectif :casser toute envie d'en savoir plus sur les ressorts profonds de la civilisation égyptienne. Nous avons effectivement ici la vision ethnocentriste d'un américain jugeant à partir de sa bêtise profonde, si ce n'est sa "griseur d'âme" (le gris du métal) mécaniste et technologique, les subtilités psychiques d'une civilisation qui a su explorer les deux pôles de l'humanité, pendant les vies de l'Homme, et entre ses vies.

Et subtilités qu'il a cru pouvoir s'approprier au seul titre de ses talents de scénariste.
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur ces subtilités de la civilisation égyptienne, je ne peux que recommander le livre de Isha Schwaller de Lubiscz : Her bak (en deux tomes).
Richard

Serge Orenga a dit…

Un lvre formidable un ecrivain hors du commun je l'ai lu d'une traite vraiment un roman passionnant qui vous transporte litteralement dans un univers ou magie erotique et mystique se fondent et vous font plonger dans un vecu aux antipodes de nos societes ultra materialistes.
Non definitivement rien a voir avec Cecil B de Mille je ne vois vraiment pas le rapport.
Mailer c'est aussi un style d'ecriture extraordinaire : lire "Les vrais durs ne dansent pas" ecrit juste apres.
Pour ceux qui n'aprecient pas et qui preferent le raplapla je leur conseillerait de s'orienter vers Christian Jacq et autres insipides best sellers!