jeudi 18 octobre 2007

Deux veuves pour un cercueil


"Pissenlits et petits oignons" Thomas Paris. Roman. Editions Buchet/Chastel, 2005.



Tout commence par un détournement. Pas un détournement d'avion, ni d'autocar, ni même de mineur. Tout commence par un détournement de corbillard.

Mr. Koulechov et son employé Mosjoukine (Mr. Koulechov donne ce même patronyme à tous ses employés successifs), se voient contraints, sous la menace d'une arme à feu tenue par la veuve du défunt, de modifier l'itinéraire prévu pour l'enterrement. Au lieu d'être inhumé comme prévu au cimetière de Locmariaquer, Mme Anne-Marie Lecuyer, veuve d'Emile Lecuyer, souhaite que celui ci repose en paix à Guéméné-Penfao.

Pour le croque-morts – si soucieux de la qualité de ses prestations – et pour son employé, la situation est inédite.
Mais il faut dire que feu Emile Lecuyer, avant d'avaler son bulletin de naissance, menait une existence assez particulière, partageant sa vie entre deux femmes : son épouse officielle Anne-Marie Lecuyer, de Guéméné-Penfao, qu'il a quittée sans pour autant divorcer, et Eva Rouvière, avec qui il s'est installé à Locmariaquer.
Et voilà que les deux « veuves » d'Emile Lecuyer se disputent sa dépouille mortelle afin de déterminer où celui-ci devra être inhumé.

Partagé entre les vélléités contradictoires de celles-ci, à l'écoute de leurs arguments respectifs, Koulechov va tenter de démêler l'écheveau et d'apporter une solution à cette situation pour le moins embrouillée. Car le croque-morts – par conscience professionnelle et par respect envers les défunts qu'il accompagne dans leur dernier voyage – a pour habitude de rédiger un condensé de la vie de chacun de ceux-ci, résumé en quatre pages de la biographie de ses « clients », résumé qu'il numérote ensuite et qu'il archive. Mr. Koulechov va donc mener son enquête et tenter de faire la lumière sur le passé d'Emile Lecuyer. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le résultat de ses investigations s'avérera surprenant et déroutant.


Ce premier roman de Thomas Paris, que j'ai lu dans le cadre de l'opération du « Livre Voyageur »de la blogosphère littéraire, en a séduit, dérouté, et même agacé plus d'une et plus d'un au cours de ses pérégrinations. Les opinions à son sujet sont très partagées, certaines sont follement enthousiastes, d'autres beaucoup plus réservées, voire carrément désapprobatrices.


Et mon avis dans tout cela ? J'avoue qu'il est assez mitigé. Au vu du postulat de départ, de la quatrième de couverture, je m'attendais à tout à fait autre chose : un roman en forme de road-movie à mi-chemin de « Petits suicides entre amis » d' Arto Paasilinna ou de « Comment va la douleur ? » de Pascal Garnier. Mes idées préconçues furent vite balayées.

L'argument de départ de ce roman, ainsi que sa conclusion, déroutante et inattendue, m'ont bien plu. La partie centrale, par contre, m'a un tantinet ennuyé à cause des hésitations et de la versatilité des deux veuves, atermoiements qui plombent le récit, l'alourdissent sans rien apporter d'essentiel si ce n'est de tenter d'apporter une légère teinte de « nonsense » qui tombe un peu à plat.
La quatrième de couverture, qui propose – en regard du synopsis – l'avis d'une critique littéraire d'un magazine fort connu, nous promet que « Le lecteur, lui, se bidonne, séduit par tant de fraîcheur et d'allégresse. »
J'ai eu beau me forcer, je en me suis pas « bidonné » à la lecture de ce livre. Quant à la fraîcheur et à l'allégresse, je les cherche encore... C'est à se demander si certains critiques littéraires lisent les romans qu'ils sont censés chroniquer ou s'ils n'abusent pas un peu trop de substances psychotropes...


Pour conclure, « Pissenlits et petits oignons » est un ouvrage qui ne laisse pas indifférent, on aime ou on déteste, c'est selon. La chute du roman, stupéfiante, ravira les amateurs de casse-tête littéraires et leur donnera envie de reprendre le récit à la première page afin d'y rechercher les éventuels indices négligés lors d'une première lecture.
Rien que pour cela, « Pissenlits et petits oignons » est un livre qui mérite – quand même – d'être lu.


Les avis de Valdebaz, de Clarabel, de Flo, de Moustafette, de Cathulu, de Pitou, de Chatperlipopette.

7 commentaires:

valdebaz a dit…

Tes critiques sont toujours extra ! tu as pensé à critique littéraire ??? ;)) A qui le tour maintenant ?

Pascal a dit…

Valdebaz : être critique littéraire est une éventualité qui me tenterait bien mais je ne pense pas avoir le talent ni les relations nécessaires pour me lancer dans cette voie.
Quant à mon prochain billet, il sera nettement plus enthousiaste que celui-ci.
A bientôt.

moustafette a dit…

Pascal tu es trop modeste pour réussir dans ce monde de requins que doit être aussi celui de l'édition... Mais avoue quand même qu'il n'y a pas photo entre ta critique et celle de la 4e de couv.
Quoiqu'il en soit l'auteur si il te lit doit se sentir un peu mieux !

Pascal a dit…

Moustafette : tu as bien raison, je ne serais jamais un requin (heureusement !), je suis et je resterais toujours un petit poisson.

Clarabel a dit…

" s'ils n'abusent pas un peu trop de substances psychotropes..."

Ha Ha Ha !!!! Moi je me bidonne devant ta question !!! ;)

cathulu a dit…

Moi aussi j'ai bien ri ...mais en lisant ta critique ! :)

Lou a dit…

Le résumé me plairait bien mais ton avis mitigé me fait penser que je n'y trouverai pas ce que je cherche. En revanche, ta référence à "petits meurtres entre amis" (si je me souviens bien du titre que je mélange toujours avec un autre) me tente déjà plus. J'ai hâte d'avoir ton avis sur ta lecture du moment, c'est une série que j'ai repérée sur les blogs depuis un certain temps... et j'hésite encore un tout petit peu :o)