jeudi 11 octobre 2007

Les âmes pures


"La petite fille de Monsieur Linh" Philippe Claudel. Roman. Editions Stock, 2005



« C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu'il s'appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui.
Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette. »


C'est ainsi que commence l'exil de Monsieur Linh. Dans sa valise, en plus de quelques vieux vêtements, se trouve un sac de toile renfermant une poignée de terre de son pays ainsi qu'une ancienne photo ternie le représentant dans sa jeunesse, posant en compagnie de sa femme aujourd'hui défunte.

Mais le trésor le plus précieux que détient Monsieur Linh, c'est le bébé qu'il porte dans ses bras, sa petite-fille. Il l'a trouvée un soir, miraculeusement indemne, au bord du cratère où gisaient les cadavres de son fils et de sa belle-fille.
N'ayant plus que cet enfant pour toute famille, Monsieur Linh a décidé de quitter son pays en guerre afin d'assurer à sa petite-fille un avenir où lui seraient épargnées les menaces perpétuelles dues au conflit armé qui fait rage depuis tant d'années.


Il a donc marché jusqu'à la mer, avec sa valise et son bébé dans ses bras. Comme tant d'autres, il a pris un bateau pour ailleurs, vers un pays inconnu qui pourra les accueillir, lui et sa petite-fille.
Il arrivera quelque part, après un long voyage, dans une grande ville occidentale où il sera pris en charge par les services de l'immigration qui le placeront dans un foyer.
Perdu dans un pays dont il ne connaît ni la langue ni les usages, Monsieur Linh va s'occuper avec une tendresse et une dévotion infinies du nourrisson dont il a la charge.


Contraint de sortir de son isolement afin d'aérer le bébé, Monsieur Linh va franchir les portes du foyer et faire quelques pas à l'extérieur pour tenter d'apprivoiser les méandres de cette ville inconnue qui l'a accueillie en son sein.
Il va peu à peu s'enhardir, allonger ses promenades et faire la rencontre d'un autre solitaire, Monsieur Bark, avec qui il va tisser progressivement des liens d'amitié. Les deux hommes ne parlent pas la même langue mais c'est avec le langage du coeur qu'ils sauront se faire comprendre l'un de l'autre.


Ainsi va commencer une histoire d'amitié exceptionnelle entre deux personnages qui à priori n'ont rien en commun. Mais toutes les belles histoires ont un revers et Monsieur Linh va devoir affronter l'indifférence et l'incompréhension de ses contemporains. Serrant sa petite-fille dans ses bras, il va devoir lutter pour obtenir le droit au bonheur, à la paix et à la liberté.


Pétri d'une humanité poignante,« La petite fille de Monsieur Linh » est un conte magnifique et bouleversant.
Philippe Claudel, avec ce roman, révèle une fois encore son immense talent à nous dévoiler des pans de l'humanité dans ce qu'elle a de plus profond et de plus émouvant. Il nous offre ici un conte universel sur l'exil, la solitude et les traumatismes que la guerre peut occasionner sur des âmes innocentes. En contrepoint, il nous livre un grand message d'espoir sur la complicité qui peut naître, par un simple regard ou par un geste désintéressé, entre des individus que séparent leurs cultures et leurs langues respectives.
Ouvrir un livre de Philippe Claudel, le lire, puis l'achever et le méditer, c'est faire un pas supplémentaire dans notre connaissance de la condition humaine, c'est accepter, c'est refuser, c'est sourire et c'est pleurer. C'est devenir plus humain.


L'avis de Moustafette, de Cathe, de Papillon, de Karoliina, de Rethymna.
Merci encore à Aériale de "Parfums de livres..." qui m'a gentiment prêté ce roman.

8 commentaires:

yueyin a dit…

Difficile de résister à une tel plaidoyer... j'avais déjà lu des critiques de ce livre bien sûr mais tu en parles vraimetn très bien (il faut décidément que je découvre Claudel ;-))

tidoigts a dit…

chouette que vous parliez de ce merveilleux livre, que je viens juste d'offrir à un ami. un des meilleurs romans que j'ai lus dans ce style. et c'est vrai, vous l'avez bien mis en valeur. bravo.

marie a dit…

D'abord félicitations pour le titre, c'est tout-à fait cela l'esprit du livre et puis c'est vrai que c'est un peu l'avers des Ames grises..
Ce livre m'a d'abord étonnée et même je l'avoue un peu déplu, le temps de me faire à ce nouvel aspect de l'écriture de Claudel: cette "ligne claire", le temps d'arriver à la fin et que toute notre vision se brise en éclat quand le bébé.. mais chut ;) il ne faut rien dévoiler!

moustafette a dit…

Jolie conclusion, merci !

Nina a dit…

Ce livre est vraiment une petite merveille, il raconte tellement bien le désespoir de l'immigration, la différence et l'indifférence, la tolérance, l'amitié, et quand on voit ce qui se profile en France ce roman est malheuresement le reflet de notre époque.....

Catherine a dit…

C'est vrai que ce livre dégage une émotion poignante et une réflexion profonde sur l'amitié, le salvateur partage des émotions, sur la vulnérabilité et la solitude essentielle.
Merci pour cette très belle critique!

Anjelica a dit…

J'ai vraiment eu un grand coup de coeur pour ce livre :)

Malorie a dit…

Comme je l'ai dit sur le blog de Chatperlipopette, ce roman m'a boulversée.
J'ai pleurée à la fin de l'ouvrage et même en cours de lecture. Je ne m'attendais pas à la fin.

J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture qui fut riche en émotion.