lundi 8 octobre 2007

Tandem


"Comment va la douleur ?" Pascal Garnier. Roman. Editions Zulma, 2006.



Il s'appelle Simon Marechall. Son activité professionnelle officielle consiste à éradiquer les nuisibles : rats, pigeons, puces, cafards, etc... Officieusement, Simon Marechall est tueur à gages.
C'est par hasard qu'il s'est arrêté dans cette petite ville thermale endormie de l'Est de la France. Et c'est par hasard également qu'il fait la rencontre de Bernard Ferrand, un jeune homme de vingt-deux ans, loser professionnel venu rendre visite à sa mère. Lorsque les deux hommes font connaissance dans un square, Bernard vient de perdre deux doigts dans un accident de travail.


«- Qu'est-ce qui vous est arrivé à la main ?
- Accident du travail. Un embauchoir. J'ai perdu deux doigts.
- Sale coup.
- Ca fait un peu mal, mais... c'est juste l'auriculaire et l'annulaire, je m'en servais jamais. Et puis c'est la main gauche, je suis droitier.
- Alors tout va bien ! Vous n'avez perdu qu'un peu de poids.
- C'est de ma faute. J'avais bu. J'ai pas mis la protection. Mais mon patron est sympa, il me reprend, à un autre poste, un peu moins payé, mais du boulot quand même. C'est une chance ! »


Profitant de sa convalescence, Bernard est venu rendre visite à sa mère, dépressive et alcoolique, ancienne commerçante dont toutes les affaires ont lamentablement échoué. Depuis, cette femme meurtrie par de multiples échecs s'enfonce peu à peu dans la déchéance, vivant dans son vieux magasin fermé, obscur et poussiéreux, abusant du Rhum Negrita. Son fils, mettant à profit son temps libre, et avec le peu de moyens dont il dispose, tente d'assister sa mère, de l'aider à sortir de son isolement et de lui faire reprendre pied dans la vie normale.


«- Tu veux plus de ta côtelette, maman ?
- Non, c'est trop gras.
-L'agneau c'est toujours un peu gras, c'est ça qui donne du goût. Tu manges rien.
-On peut pas tout faire, boire ou manger, faut choisir.
-Tu bois trop, tu fumes trop aussi. C'est normal que tu sois tout le temps fatiguée.
-J'aime bien être fatiguée, ça me repose. Qu'est-ce que tu vas faire aujourd'hui ?
-Je sais pas. Il fait beau, peut-être faire un tour au bord de l'eau. Tu veux que je te prépare une petite soupe aux légumes pour ce soir ? Tu aimes ça la soupe aux légumes.
-Si tu veux. Et ta main ?
-Ca va. J'ai été faire changer mon pansement ce matin chez le docteur Garcin. Il m'a demandé de tes nouvelles.
-Qu'est-ce que tu lui as dit ?
-Que ça allait.
-Tu sais pas mentir, toi, c'est bien.
-Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ?
-Comme d'habitude, une bonne sieste avant d'aller me coucher. »


Simon Marechall va s'attacher au jeune homme et lui proposer de travailler pour lui. Ayant atteint un âge respectable, le tueur à gages va proposer à Bernard de l'engager comme chauffeur et de l'accompagner dans le Sud de la France où il doit accomplir son dernier contrat.

Bernard ignore bien évidemment la véritable profession de son ami et nouvel employeur et accepte sans hésitations la proposition de celui-ci. La rétribution financière s'avérant assez conséquente pour le jeune homme, l'affaire est faite et voilà nos deux comparses partis sur les routes de France en direction du Cap d'Agde.


Commence alors un road-movie semé d'imprévus, de rencontres fortuites et encombrantes, de paysages urbains aussi, que Pascal Garnier nous dépeint d'une plume acerbe et désenchantée.


« On aurait pu être n'importe où. Tous les abords de ville se ressemblent, partout dans le monde. Zones aléatoires, industrielles et commerciales, des non-lieux, terra incognita criblée de sigles lumineux promettant le bonheur éternel et absolu à tout acheteur de ceci ou de cela. Tant que l'on peut consommer, on est en vie. A en croire les innombrables véhicules stationnant avec la discipline d'une Panzer Division sur les parkings, on était en droit de se demander si le paradis était pour plus tard. Ici, on pouvait naître et mourir comme dans la vraie vie et tout cela en un temps record. »


Car plus qu'un polar, Pascal Garnier nous offre ici un roman d'atmosphère, un récit drôle et cruel, un petit bijou d'humour noir, de dérision et d'ironie que l'on imaginerait facilement adapté au grand écran par un Patrice Leconte qui aurait pris Michel Audiard comme dialoguiste.
« Comment va la douleur ? » est le premier roman que je lis de Pascal Garnier et il ne sera sûrement pas le dernier.
Merci à Aériale, de Parfums de Livres... qui m'a fait découvrir cet auteur.

1 commentaire:

InColdBlog a dit…

Je l'avais repéré chez Cuné. Depuis j'attends toujours de le trouver à prix réduit.