samedi 19 mai 2007

Naples, Napoli, Napulè.


"Montedidio" Erri De Luca . Roman. Gallimard, 2002.
Traduit de l'italien par Danièle Valin.



Nous sommes à Naples, quelques années après la guerre. Les bateaux américains mouillent encore dans la baie et c'est la mode du « Oulaop. » Mais dans le quartier de Montedidio la vie se déroule comme auparavant, au rythme du travail quotidien, des chansons, des cavalcades d'enfants dévalant les vicoli, de la misère qui guette tout un chacun comme un chien tapi et prêt à mordre.
Le narrateur et personnage central du roman vient d'avoir treize ans et décrit sa vie en griffonnant sur un rouleau de papier que lui a donné l'imprimeur de Montedidio.
Il vient de quitter les bancs de l'école pour devenir apprenti chez Mast'Errico, le menuisier du quartier. L'âge de la scolarité obligatoire révolu, son père l'a placé chez l'artisan ; il peut ainsi, par son salaire, contribuer aux frais de la famille.
Son père est docker et apprend à lire et écrire l'italien aux cours du soir ( il ne parle que le dialecte napolitain ), sa mère est malade et sa santé se dégrade peu à peu.
C'est à ses moments perdus que le jeune garçon consigne sur son rouleau de papier les faits du quartier et en décrit les habitants, personnages pittoresques qu'il décrit avec tendresse et poésie.

On fait ainsi connaissance, entre autres, de Raffaniello, le cordonnier bossu, juif originaire d'Europe Centrale, rescapé miraculeusement de la Shoah, et qui, en route pour Jerusalem, s'est arrêté dans ce quartier de Montedidio dont l'animation et les habitants lui rappellent la ville perdue de son enfance.
On rencontrera aussi Maria, la petite voisine du dernier étage, qui initiera le narrateur aux choses de l'amour et l'amènera peu à peu à l'âge d'homme.

On croisera ainsi, au fil du récit, de nombreuses figures, personnages truculents et généreux, pathétiques parfois, qui sont l'âme et la vie de ce quartier populaire.


Erri De Luca, qui est né à Naples en 1950, nous décrit, à travers les yeux du jeune narrateur de « Montedidio » la vie telle qu'elle fut dans ces quartiers de Naples il y a cinquante ans. A travers l'initiation d'un jeune homme et son passage à l'âge adulte,il nous fait entrer de plain-pied dans les « Bassi » et ruelles de cette ville à nulle autre pareille, cette cité plusieurs fois millénaire où tous les peuples et toutes les cultures d'Europe se sont installés et superposés.


« Montedidio » n'est pas pour autant un voyage touristique avec mandolines, cammoristes et vues imprenables sur le Vésuve et la baie de Naples. Ce roman est avant tout une balade nostalgique, un récit plein de poésie qui nous décrit avec une rare sensibilité les premiers émois d'un jeune homme, son entrée dans le monde du travail et l'âge d'homme, sa découverte, au delà des apparences, de la double nature, humaine et « angélique » de certains êtres dits « ordinaires. »


Ecrit avec poésie, sensibilité et tendresse, conte moderne et roman social « Montedidio » est un ouvrage d'une rare beauté, un court récit taillé comme un joyau duquel on aurait poli tout relief superflu afin d'en libérer la sobre perfection, nue et sans apprêts.

5 commentaires:

marie a dit…

Je suis allée à Naples il y a quatre ans et n'en suis pas tout à fait revenue: ce n'est pas le voyage le plus lointain que j'ai fait mais c'est celui qui m'a marquée,touchée, remuée. Au-delà des vestiges, de la beauté de la baie il y a là-bas des gens..ahlala : comme un coeur de l'humanité qui bat, bat ...
Ce qui est drôle c'est que j'y ai repensé JUSTEMENT cet après-midi, à Naples, en feuilletant dans une librairie un vieux roman de Jean Grenier: "Voir Naples"! Je le n'ai pas acheté, en revanche vous m'avez convaincue pour celui-ci..
Merci encore cette fois
Inespéré ce petit retour ( le week-end c'est repos? tant mieux ;-)!

Gachucha a dit…

C'est le seul titre de Erri De Luca que je connais. Poétique et nostalgique sont les mots qui me viennent à l'évocation de ce titre. Malgré tout je ne suis pas complétement entrée dans son écriture, je ne sais pas pourquoi et je le regrette

Pascal a dit…

Naples est décidément une des villes les plus fascinantes du monde. Cette cité envoûtante hantera longtemps la mémoire du voyageur. Je vois, Marie, que je ne suis pas le seul à avoir été conquis par cette ville si particulière.
Oui ce week-end c'est repos mais la semaine ne fut quand même pas trop laborieuse : une visite inopinée d'amis de longue date pendant quelques jours qui furent consacrés à la promenade, à la gastronomie et à la rigolade.
De bons amis, de bons vins,de bonnes lectures.Que demander de plus?

domreader a dit…

J'aime beaucoup la façon d'écrire d'Erri de Luca, j'avais lu 'Trois Chevaux', un roman court et magnifique où les personnages et les rencontres faites au fil des pages étaient vraiment marquant. L'écriture est très belle, mais c'est vrai ce que Gachucha dit l'auteur nous tient un peu à distance - ce qui n'est pas non plus désagréable et nous permet de nous régaler davantage avec ses mots.

Musky a dit…

Ce livre fait partie de ma LAL et j'ai hâte qu'il fasse partie de ma PAL !! Je suis aussi allée à Naples et je pense que ça va être sympa de se rebalader dans les rues de Naples à travers ce livre qui promet tant de bonheur !!