lundi 28 mai 2007

Le Festin des Dieux


"L'Etrusque" Mika Waltari. Roman. Olivier Orban, 1980.
Traduit du finnois par Jean-pierre Carasso.



[V,101] . " Un accident garantit cette ville ( Sardes ) du pillage. La plupart des maisons étaient de cannes et de roseaux, et toutes celles qui étaient en briques étaient couvertes de roseaux. Un soldat ayant mis le feu à une de ces maisons, l'incendie se communiqua aussitôt de proche en proche, et la ville fut réduite en cendres. [...]


[V,102] . Le temple de Cybèle, déesse du pays, fut consumé avec la ville ; et cet incendie servit dans la suite de prétexte aux Perses pour mettre le feu aux temples de la Grèce." [...]


Hérodote, Histoires, Livre V



C'est l'histoire de ce soldat incendiaire que Mika Waltari nous invite à suivre dans ce très beau roman qu'est « L'Etrusque »


Il s'appelle Turms et vit à Ephèse en Ionie (Asie Mineure) au moment ( Vè siècle av.J.C.) où les cités grecques sous la conduite d'Aristagoras, se révoltent contre le pouvoir Perse.


Turms est un homme sans passé, il a tout oublié de celui-ci et ignore quelles sont ses origines. Son geste incendiaire ayant allumé la guerre entre la Grèce et l'Empire Perse, il devra fuir l'Ionie après la défaite grecque de Ladé. Il sera foudroyé lors d'un orage alors qu'il se rend à Delphes pour consulter l'oracle.

Les paroles obscures de la pythie lèveront un coin du voile sur le mystère qui entoure ses origines.


C'est ainsi que Turms voyagera, de l'Asie Mineure à Rome, en passant par la Sicile afin de faire la lumière sur son passé. Il rencontrera au cours de ses périples de nombreux personnages étonnants: Le spartiate Dorieos, le pirate Dyonisios, le médecin Mikon, le romain Tertius Valerius et bien d'autres encore. Il croisera aussi le chemin de femmes cruelles et irrésistibles : l'ambitieuse Tanakil, l'opportuniste Kydippe ainsi que la fascinante et redoutable Arsinoë, prêtresse de l'Aphrodite d'Eryx.


D'un bout à l'autre de la Méditerranée antique, « L'Etrusque » nous emmène à la découverte de cultures et de civilisations disparues. On y rencontrera des Grecs, des Perses, des Carthaginois, des Sicanes, des Romains et bien sûr... des Etrusques.


Véritable immersion dans le monde antique, le roman de Mika Waltari nous entraîne à la découverte d'un monde fascinant. Intelligent et érudit sans être pédant, distrayant sans être léger et superficiel, ce récit initiatique, passionnant de bout en bout, nous fait suivre le destin d'un homme ballotté entre les faits de la « Grande Histoire » et les aléas plus prosaïques d'un personnage fictif dont par conséquent nulle relation historique ne vient entériner l'existence. Libéré du carcan qu'imposerait la biographie d'un personnage célèbre, Mika waltari, fait du personnage de Turms un témoin de son temps. On assiste ainsi à ses côtés au fracas des batailles, aux périls de la navigation, à la découverte de villes fascinantes, aux rites et aux coutumes étranges de diverses civilisations, faites de raffinement et de barbarie.

On entre ainsi de plain-pied dans ce qui pourrait être une reconstitution des moeurs et attitudes de l'époque. Les hommes décrits par Waltari sont profondément en rapport avec le surnaturel. Les Dieux sont ici en rapport permanent avec les humains qu'ils font évoluer à leur gré. La pensée religieuse est ici omniprésente et aucun acte n'est dénué de signification. Tout est sens, tout est sacré, tout est explicable du point de vue religieux et mythologique.
C'est donc à une immersion totale dans le monde et la pensée antique que nous convie Mika Waltari, une plongée au coeur de ce qui fut le creuset d'où émergèrent les grandes civilisations dont nos sociétés contemporaines se veulent les héritières.


Baroque, foisonnant, intelligent, divertissant, picaresque, chatoyant sont quelques uns des adjectifs que l'on pourrait accoler à ce roman qui démontre, une fois de plus, que Mika Waltari était, et reste encore, le maître incontesté du roman historique dans son sens le plus noble, c'est à dire une forme narrative donnant avant toutes choses la prépondérance au respect de l'Histoire, de la littérature, et par là même, du lecteur.
Du même auteur : "Le Secret du Royaume"

2 commentaires:

domreader a dit…

Je pense que les romans de Mika Waltari sont vraiment très bons, et c'est à signaler, il y a tant de romans historiques mièvres. Celui-là je ne l'ai pas encore lu alors merci Bibliomane ! Je l'avais un peu oublié Mika Waltari.

rennette a dit…

Je sais depuis peu qu'il y a un autre adepte de Mika Waltari !! quel bon goût !!! pas du tout démodé !!! et bien mieux que certains "écrivains historiens" du moment !!