samedi 17 mai 2008

Le 6ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 8







"Un acte d'amour" James Meek. Roman. Editions Métailié, 2007.



Traduit de l'anglais (Ecosse) par David Fauquemberg.



Perdu au fin fond de la Sibérie, le village de Jazyk, en cette année 1919, est le théâtre de curieux évenements. Sa population, essentiellement composée de membres d'une secte religieuse, connue sous le nom de Skoptsky – dont les adeptes s'émasculent afin de se rapprocher de la pureté divine – se voient contraints de cohabiter avec un bataillon des Légions tchèques commandé par le sanguinaire capitaine Matula.

Alors que les soldats n'aspirent qu'à retrouver leurs foyers au sein de la toute nouvelle République tchécoslovaque enfin libérée du joug austro-hongrois, le capitaine Matula, lui, ne rêve que de se constituer un royaume dans cette contrée du bout du monde, royaume dont il serait, bien évidemment, le dirigeant.
Mais voici que sort de la taïga un inconnu : Kyrill Ivanovich Samarin. Cet homme dit s'être échappé d'un camp de travail – Le jardin blanc – situé à mille kilomètres plus au Nord, et raconte qu'il est poursuivi par son compagnon d'évasion qui a voulu le dévorer.
Car Samarin est une « vache » (Korova) , un de ces détenus naïfs, nourri et engraissé par un de ses compagnons de captivité afin de servir de garde-manger ambulant à celui-ci en cas de manque de nourriture lors de l'évasion.
L'homme qui poursuit ainsi Samarin afin de le dévorer est surnommé Le Mohican.

Arrivé à Jazyk, le fuyard tente d'avertir les habitants : Le Mohican est sur ses traces. Peut-être est-il déjà sur place? C'est ce qui expliquerait la mort mystérieuse d'un shaman toungouse venu à Jazyk pour négocier l'achat d'un cheval. Peut-être est-il aussi à l'origine de l'assassinat d'un soldat tchèque et de la disparition d'un palefrenier...
Samarin est capturé et interrogé par les tchèques et est placé sous la garde du lieutenant Josef Mutz dont la judéïté a attisé la haine et le mépris du capitaine Matula.
Mutz, à l'instar de ses compatriotes, désire rejoindre Vladivostok où il pourra embarquer afin de regagner la Tchécoslovaquie, mais sa hâte de retrouver sa terre natale et de fuir cet enfer blanc n'est pas seulement entravée par les atermoiements du capitaine Matula, elle est dûe aussi en grande partie à l'attachement qu'il éprouve envers celle que l'on appelle ici La Veuve.
Cette veuve, de son vrai nom Anna Petrovna, est venue s'installer à Jazyk après que son mari, lieutenant des hussards, ait disparu lors de la Première Guerre Mondiale.
Cette femme mystérieuse, devenue la maîtresse de Mutz, semble également entretenir une étrange relation avec Gleb Alexeyevich Balashov, barbier et membre principal de la secte des castrats.
Qui sont, en réalité, tous les personnages de cette histoire ? On le découvrira peu à peu au fil des pages de ce roman, alors que l'armée bolchevique s'approche du village de Jazyk, bien déterminée à éliminer le régiment du capitaine Matula (ainsi que la population, si besoin est) afin de venger le massacre que la légion tchèque a perpétré dans la ville de Staraya Krepost.
L'arrivée des Rouges à proximité de Jazik va précipiter les évenements et peu à peu les masques vont tomber. Les motivations des différents protagonistes vont apparaître au grand jour, laissant choir non-dits et contre-vérités afin de révéler leur nature profonde ainsi que les liens qui les relient les uns aux autres.

L'Enfer est – dit-on – pavé de bonnes intentions ; il est aussi, dans le roman de James Meek, pavé d'actes d'amour, actes qui peuvent aller jusqu'à s'auto-mutiler ou à se nourrir de la chair de son prochain.
Avec ce roman, James Meek, écrivain écossais, signe ici un roman russe à l'atmosphère étrange et oppressante, un drame dont l'ambiance n'est pas sans évoquer l'univers propre aux romans de Tolstoï et Dostoïevski.
Reprenant dans son récit des faits historiques avérés, James Meek nous entraîne dans un récit peuplé de personnages mystérieux, cruels et inquiétants, livrés à eux-mêmes au sein d'une nature et d'un climat hostiles, pris au piège des tourments et des vicissitudes de l' Histoire.

Flamboyant, baroque, profondément original, « Un acte d'amour » nous livre, par le biais d' un pan méconnu de l'Histoire de la Russie, un récit et des personnages hauts en couleurs, une intrigue puissamment charpentée aux accents épiques. Une réussite.

L'avis de Moustafette, de Marc, et de Chatperlipopette.


2 commentaires:

MOUSTAFETTE a dit…

Quels bons souvenirs !
Je viens de finir une version plus réaliste de cette même époque avec qq uns de ces improbables protagonistes. Signée Kessel,un témoignage intéressant.

Joelle a dit…

Je n'ai pas réussi à l'avoir à temps à la biblio mais je ne suis pas très sûre que cela m'aurait plu (je ne connais rien à toute cette époque !)