lundi 12 mai 2008

Gwenn ha Du




"Au dessous du calvaire" Hervé Jaouen. Roman. Presses de la Cité, 2005.





En cette matinée du moi de mai 1969, les portes de la maison d'arrêt de Mesgloaguen, située à Quimper, s'ouvrent pour laisser sortir un détenu. Cet homme, Corentin Kermanac'h, vient de purger vingt-cinq ans de prison. Malgré son apparence placide et résignée, un feu couve encore dans le coeur de Corentin Kermanac'h.

Après toutes ces années de détention, une seule chose lui importe : déterrer un vieux fusil qu'il avait enfoui près de la ferme familiale en 1940. Ce fusil, il compte bien s'en servir à nouveau pour assouvir sa vengeance.
Que s'est-il passé pendant cette sombre période de l'Occupation, pour que cet homme, bien des années plus tard, éprouve le besoin irrépressible de retrouver cette arme et de l'utiliser afin de régler ses comptes ? Qui est l'homme qu'il souhaite mettre en joue et abattre comme une bête malfaisante ?

C'est ainsi que commence le roman d'Hervé Jaouen et c'est en suivant ce récit que le lecteur découvrira progressivement les causes et les conséquences de cet acte qui puise ses racines dans les années noires de la seconde guerre mondiale.
En un va-et-vient entre cette année 1969 et l'époque de l'Occupation, le récit se déroule comme une mosaïque où peu à peu les éléments du drame qui va se jouer se mettent en place. À la manière d'une tragédie, l'on suit petit à petit les actes et les évenements qui vont de manière inexorable marquer le destin des principaux personnages de ce roman. C'est ainsi que l'on va faire connaissance avec la fratrie des Kermanac'h, paysans des monts d'Arrée, pris dans la tourmente de l'Histoire, une Histoire qui fera basculer leurs destins respectifs et les amènera jusqu'au déchirement et à la haine.

Au travers de cette histoire familiale où s'entremêlent secrets et esprit de vengeance, Hervé Jaouen nous conte une page de l'Histoire récente de la Bretagne, celle de l'Occupation allemande, en nous offrant un récit dénué de tout manichéisme et où le Bien et le Mal ne sont pas nécessairement là où on s'attendrait à les trouver. Ici, pas de bons résistants confrontés à de méchants allemands, mais une vision beaucoup plus nuancée de la nature humaine, une nature humaine dont les circonstances historiques ne font qu'exacerber les jalousies, les rancunes et les haines.
Mais ce récit est avant tout l'occasion de découvrir un aspect méconnu du passé de la Bretagne en revenant sur les prises de position idéologiques adoptées à cette époque par certains groupuscules nationalistes tels que le Parti National Breton, émanant du mouvement Breizh Atao ("Bretagne toujours"), mouvement séparatiste anti-français qui ne dissimulait pas ses sympathies pro-nazies et dont les brigades paramilitaires serviront d'auxiliaires aux forces d'occupation de la même manière que les miliciens du régime de Vichy.
(Au vu de la tempête d'émotions suscitée par cette partie de mon commentaire concernant la création du drapeau "Gwenn ha Du", je supprime ce paragraphe. Il appartiendra à chacun de se faire un avis à ce sujet.)
[...]
Pour en revenir au roman d'Hervé Jaouen, les personnages qu'il nous décrit dans son récit ne sont pas, contrairement aux couleurs du Gwenn ha Du, blancs ou noirs. Ils se déclinent plutôt en un camaïeu de gris plus ou moins foncés, s'éclaircissant ou s'assombrissant au fil des circonstances.
Avec ce roman, Hervé Jaouen nous offre ici une tragédie à la mode de Bretagne, un récit situé entre roman-policier, roman régionaliste et roman historique.
Passionnant et redoutablement efficace, « Au dessous du calvaire » est un livre qui se lit d'une traite, un récit de vengeance et de trahison qui captivera le lecteur jusqu'à la dernière page. Du grand art.

Un grand merci à Sylire qui m'a aimablement prêté ce livre.
Son avis à propos de ce roman est ici, ainsi que celui de Yvon et de Chatperlipopette.




Le "Gwenn ha Du"

10 commentaires:

Karine a dit…

Intéressant, ce livre. Je suis définitivement curieuse de savoir ce qui s'est passé juste à la lecture de ton billet!

Anonyme a dit…

Intéressée par le livre après avoir lu ces lignes. Quant au drapeau, je trouve assez fantaisiste son origine telle que relatée à la page du lien. Je préfère en rester à ceci http://www.lexilogos.com/bretagne_drapeau.htm plutôt qu'à ces élucubrations...sans vouloir vous vexer ;-)!
Marie.

Georges F. a dit…

J'ai beau chercher dans mon arbre généalogique, je ne trouve pas une goutte de sang breton, je ne sais donc pas si je suis le plus qualifié pour prendre la défense du Gwenn ha Du.
Je suis décontenancé par votre propos : un emblème n'a de sens, de valeur, que par les forces émotives dont on le charge. L'origine, l'histoire, importent moins que l'affection ou le souci d'apparetnance.
Si demain dix mille anars défilaient derrière le Gwenn ha Du, le considéreriez-vous encore comme fasciste ? et si c'était dix mille SDF ?
Connaissez-vous les origine des deux léopards du blason normand, du lion des Flandres, ou du drapeau basque ? Est-ce qu'elles vous paraissent perturbantes ?

Pascal a dit…

Décidément, les origines de ce drapeau ne cessent de créer des polémiques.
Ce qui est sûr, c'est que dans mon commentaire, je m'interroge à propos de la création de celui-ci et n'affirme rien. Chacun est libre de trouver une explication valable, d'en accepter certaines ou d'en rejeter d'autres.
En prenant cet exemple, j'ai seulement voulu illustrer le doute qui s'instaure face à toute interprétation d'un évenement historique, et dans ce cas, particulièrement par rapport à l'époque de l'Occupation, la résistance, la collaboration...
Mais peut-être faut-il lire ce livre afin de se faire une idée de ce qu'a voulu faire passer l'auteur.
Pour conclure, je ne me sens nullement "perturbé", ni par le Gwenn ha Du, ni par quelque autre drapeau, je m'interroge tout simplement.

sylire a dit…

Je ne connais pas l'origine du drapeau breton mais il est vrai que cette période de l'histoire est troublante. Tous les indépendantistes n'étaient pas fascistes, cela va de soi.
Je suis contente que tu aies aimé ce livre.

Eireann Yvopn a dit…

Bonsoir Pascal,
Si on veut parler du fascisme du drapeau breton, d'abord il faut voir que des dizaines d'explications ont leurs adeptes, donc pourquoi une choisir en particulier, et comme par hasard la plus désobligeante. Je remarque que dans les gens cités sur le site dont tu donnes les coordonnées, figure Françoise Morvan, traductrice de talent (voir le théâtre de J.M..Synge). Pour le reste en schématisant, c'est « Tous les bretons sont fascistes sauf moi ».
Tu parles de ce livre qui n'est qu'un roman, je viens de finir « Les derniers feux de la vallée » où Glenmor règle leur compte aux résistants de la dernière heure. Il est de bon ton pour critiquer les mouvements bretons de rappeler les collaborateurs bretons qui pour certains avaient un motif idéologique et non pas d'enrichissements personnels, chose que n'avait pratiquement aucun autre collaborateur dans les autres régions françaises. Je pense aussi que la seule lecture de ce roman n'est pas suffisante pour se permettre d'avoir une opinion sérieuse sur ce problème.
On a beaucoup parlé ces derniers jours du commando Kieffer dont 1/3 des membres était breton. Combien de bretons ont gagné l'Angleterre par des moyens de fortune, certainement beaucoup plus qu'il y eut de collaborateurs « idéologiques » en Bretagne.
De toute façon ce drapeau j'ai vécu avec, même quand cela faisait mauvais genre, et je n'ai personnellement aucun état d'âme de le voir partout en Bretagne même si toi tu ne le regarderas plus de la même façon....
Yvon

Pascal a dit…

Yvon : En écrivant ce billet, je n'avais pas pour but de jeter l'opprobre sur la nation bretonne dont je respecte infiniment la langue, la culture et les traditions. Il ne me semble pas avoir fait paraître, au travers de mon texte, que la majorité des bretons aient été des collaborateurs et je sais, en tant que fils de résistant, que la lutte contre l'opression nazie a été aussi forte en Bretagne que partout ailleurs.
Pour ce qui est du Gwenn ha Du, je prendrais l'exemple d'une célébration qui aura lieu dans quelques jours : la fête des mères.
La fête des mères a été inscrite au calendrier par le maréchal Pétain en 1941. Ce n'est pas pour cela que je vais me mettre à considérer toutes les mères de famille comme d'odieuses collaboratrices.
En ce qui concerne les drapeaux, tous ont été plus ou moins entachés d'infamie. Je prendrais pour exemple le drapeau français puisque nous avons fêté il y a quelques jours le 8 mai. Rappelons-nous que le 8 mai 1945, alors que la France entière fêtait la victoire et arborait le drapeau tricolore, emblême d'une liberté retrouvée, au même moment, en algérie, à Sétif et Guelma, ce même drapeau voyait l'armée française massacrer des milliers d'algériens (entre 8000 et 45000 morts selon les historiens).
Pour moi, l'histoire ne se décline pas en noir et blanc.
Bien amicalement.
Pascal.

Eireann yvon a dit…

Bonsoir.
Je reprends ce que tu as écrit :
"Aujourd'hui, alors que le Gwenn ha Du se déploie partout en Bretagne, on peut se demander si ce drapeau représente réellement cette province ou s'il est un emblème d'inspiration fasciste ?"
Si ce drapeau se déploie partout (ce que tu as l'air de regretter), c'est que des gens se sont « battus » pour qu'il en soit ainsi, des hommes et des femmes de ma génération qui, n'étant pas nés pendant la guerre, ne peuvent pas être accusés d'avoir collaborer avec les nazis. Car ce « Gwenn ha Du », contrairement au drapeau français, on ne nous l'a pas donné. J'ai un drapeau breton chez moi, je suis donc un fasciste ou un idiot manipulé? Cela devrait-il me consoler de ne pas être le seul? Comme disait George F. (que je salue), ce drapeau a une valeur émotionnelle. Le reste n'est que parole.
Autre phrase trouvé sur le site dont tu donnes les coordonnées :
"Rejeté par la population après guerre, le "gwenn-ha-du" n'en est pas moins devenu, pour les esprits à la mémoire courte, l'un des éléments du folklore breton."
J'ai trouvé hier dans une nouvelle la phrase suivante :
« Ça y est. Je vais encore avoir le droit au couplet sur la collaboration pendant la dernière guerre. Mais j'ai vingt cinq ans, nom de Dieu! »
Yvon.

Pascal a dit…

Yvon: Je ne "regrette" pas que le Gwenn ha Du flotte un peu partout en Bretagne et, te connaissant, je ne te considère pas comme "un fasciste ou un idiot manipulé".Prendre les gens pour des innocents manipulés, c'est l'avis du rédacteur du site dont j'ai donné le lien.Pas le mien.
Ce qui m'importe avant tout, c'est le contexte ainsi que la personnalité et le parcours du créateur de ce drapeau, Morvan Marchal.
Maintenant, je comprends bien que pour toi comme pour tant d'autres, ce drapeau soit chargé de valeurs émotionnelles qui n'ont rien à voir avec avec des relents de fascisme et je ne taxerai jamais une personne arborant et respectant ce drapeau d'avoir des sympathies pour certaines idées nauséabondes.
Je le dis et je le répète, je n'accuse personne de quoi que ce soit, je n'accuse pas les bretons d'être des fascistes ou des collabos, je ne les accuse pas d'avoir été manipulés ou d'être de dangereux nationalistes.
Je m'interroge seulement sur les idées de Morvan Marchal qui a conçu ce drapeau.

sylire a dit…

Et bien ce livre aura fait couler de l'encre et c'est très bien ainsi. Les blogs sont des lieux d'échange.