vendredi 11 janvier 2008

Une épopée magyare




"Le prince et le moine" Robert Hasz. Roman.

Editions Viviane Hamy, 2007

Traduit du hongrois par Chantal Philippe.



L'an de grâce 973, Alberich de Langres, moine de l'abbaye de Saint-Gall se voit confier par l'abbé la tâche de rédiger la biographie et les tribulations du moine Stephanus de Pannonie en vue d'instruire le procès en canonisation de celui-ci, démarche qui pourrait apporter un surcroît de renom au monastère.

Stephanus fut désigné dix ans plus tôt par l'abbé Virgile d'Aquilée afin de se rendre vers les terres barbares occupées par les redoutables Magyars. Sa mission officielle était de convertir à la foi chrétienne ces peuplades rudes, païennes et sanguinaires. Officieusement, il devait faire parvenir au souverain des Magyars une proposition d'alliance du pape qui, fort de l'appui de ce peuple indomptable, pourrait ainsi résisiter à la menace que fait régner l'Empereur Othon 1er, maître de l'Empire germanique, qui ne rêve que de destituer Jean XII afin d'installer au Saint-Siège un pontife beaucoup moins réfractaire à ses ambitions. Alberich va donc se mettre au travail et relater le périple de Stephanus.
Mais parallèlement il va écrire dans le plus grand secret un autre texte – plus conforme à l'exacte réalité des faits – car à sa grande surprise, Alberich va découvrir que son ancien maître Stephanus n'est pas mort ni exilé pour avoir – paraît-il, apostasié la foi chrétienne lors de son expédition en terre païenne. Stephanus vit en fait non loin de l'abbaye, au coeur de la forêt, en ermite et c'est là qu'Alberich va le retrouver et apprendre de la bouche même de son maître ce qu'il lui est réellement advenu au pays des Magyars.
Stephanus va donc raconter à son disciple les faits troublants qui n'ont pas tardé à survenir lors de son arrivée en terre barbare. Très rapidement capturé, Stephanus va échapper de peu à une mort certaine. Dans ses habits, ses ravisseurs trouvent un objet qui s'avère pour eux d'une extrême importance. Cet objet, un médaillon en forme de rapace aux ailes déployées que lui a confié l'abbé Virgile au moment de son départ, est en fait le Togrul, l'insigne du Künde, chef spirituel du peuple Magyar. Car le pouvoir, au sein de ce peuple, n'échoit pas à un seul souverain. Le Künde, en charge du pouvoir spirituel, partage l'autorité sur les clans magyars avec le Gyula, qui dirige les armées.

Mais Stephanus apprend rapidement que ce pouvoir bicéphale n'existe plus depuis que le Gyula Arpad, quelques décennies auparavant, a fait traîtreusement assassiner le Künde afin de régner seul sur le peuple Magyar.
Mais comment expliquer que le Togrul, après tout ce temps, réapparaisse entre les mains d'un moine d'Occident ? Le porteur de cet insigne sacré serait-il l'héritier du Künde, son fils qui aurait échappé au massacre commandité par Arpad Gyula ? Stephanus ne peut y croire et se refuse même à envisager cette hypothèse car comment lui, qui est moine de la Sainte Ēglise catholique apostolique et romaine, pourrait accepter de renier sa foi pour devenir le représentant de divinités païennes ? Malheureusement pour lui, des circonstances dramatiques feront qu' il sera contraint de se proclamer Künde du peuple Magyar afin de sauver la vie d'un enfant. A partir de ce moment, Stephanus va mettre le doigt dans un engrenage fatal. De nombreux clans sont restés fidèles à Arpad Gyula et à ses descendants Taksony et Gejüza-Ur. Ils ne veulent en aucun cas d'un retour du Künde, retour qui remettrait en cause les territoires qu'Arpad leur a octroyés après sa victoire sur les clans attachés au Künde. À cela viennent s'agglomérer les dissenssions entre ceux qui rejettent une alliance avec les chrétiens et ceux qui, au contraire, ne voient pas d'un mauvais oeil une alliance avec la chrétienté. Mais qui choisir, de Rome ou de Byzance, ces deux puissances antagonistes ? Tout cela sans compter sur les menaces que font peser sur les frontières les Bavarois, les Bulgares et les Varègues, peuples belliqueux et versatiles qui n'attendent que le moment propice pour s'emparer du territoire conquis par les Magyars.

Dans cette lutte de tous les instants, Stephanus devra faire preuve de courage, de diplomatie et de ténacité pour préserver sa foi, sa vie et ses convictions car – en sus des trahisons et des revirements de tous ordres – les personnages et les évenements auxquels il sera confonté vont se dévoiler peu à peu et lui présenter un tout autre visage que celui initialement prévu.

Il en sera de même pour lui-même et ce qu'il va découvrir sur son lointain ne manquera pas de le troubler. Car pourquoi a-t-il été désigné pour cette mission de confiance par l'abbé Virgile qui manifestement ne le porte pas dans son coeur ? Pourquoi son supérieur lui a-t-il remis l'insigne du Künde ? Et comment expliquer la présence du Togrul au sein de l'abbaye de Saint-Gall depuis tant d'années ? Comment est-il arrivé en terre chrétienne après l'assassinat du chef spirituel des Magyars ? Stephanus aura de nombreux mystères à éclaircir et celui qui recouvre ses origines ne sera pas des moindres.


Roman en forme d'épopée, « Le prince et le moine » nous entraîne dans une aventure aux multiples rebondissements dans l' Europe du haut moyen-âge, une Europe balbutiante, en butte aux derniers assauts des hordes barbares avant que celles-ci ne prennent racine dans leurs pays d'élection afin de créer ce qui donnera bien plus tard naissance à nos modernes nations. Roman d'aventures érudit et captivant, le récit de Robert Hasz , au travers des diverses interprétations que nous offrent les personnages principaux, nous entraîne dans une odyssée somptueuse et barbare, une formidable chevauchée où l'Histoire se mêle aux mythes et légendes fondateurs du peuple Magyar.




2 commentaires:

moustafette a dit…

Ah si seulement les barbares avaient pu décimer les ancêtres de qui tu sais !..

Pascal a dit…

C'est curieux mais je me suis fait la même réflexion.