samedi 10 janvier 2009

Walking on the Moon






"L'homme qui marchait sur la Lune" Howard Mc Cord. Roman. Editions Gallmeister, 2008.



Traduit de l'américain par Jacques Mailhos.




William Gasper est un solitaire. Depuis cinq ans il a élu domicile à Sterns, dans l'état du Nevada, un trou perdu où il a loué comme habitation un vieux container à la tenancière de l'unique café des environs.
William Gasper est un quinquagénaire discret. Il n'a apparemment ni famille ni amis. Comment trouve-t-il les moyens de subvenir à ses maigres besoins ? Nul ne le sait.
William Gasper est un homme bizarre, c'est ce qu'en dit Mary-Gail Henry, la vieille femme qui tient le café de Sterns. « Mais il est pas, comment dire, ce qu'on pourrait appeler fou. Il est juste bizarre. Y a quelque chose de méchant dans son regard des fois, ou quelque chose de froid. Vaut mieux pas l'embêter. »
William Gasper disparaît souvent et ses absences peuvent durer plusieurs semaines. Où va t'il ? Sur la Lune, évidemment.
La Lune, c'est une des montagnes de ce coin du Nevada, une montagne qui n'attire guère les touristes, une montagne qui n'intéresse personne. « Savez-vous pourquoi on l'appelle la Lune ? » dit Mary-Gail Henry, « Parce que c'est mort tout comme elle. C'est à peu près aussi fertile que de la fumée de cigarette. »
C'est pourtant cette montagne qu' a choisi William Gasper. Il la connaît quasiment par coeur et il aime faire son ascension, vivant pendant plusieurs semaines au sein de cette nature hostile, se nourrissant de petits animaux et de réserves dissimulées lors de ses précédentes excursions.
Car William Gasper semble exceller dans le domaine des conditions de survie en milieu hostile. Un creux dans les rochers lui sert d'abri pour dormir, quelques insectes peuvent lui apporter les protéines nécessaires à la continuation de sa randonnée. Peut-être faut-il mettre tout cela en rapport avec son passé, son engagement dans les Marines en qualité de tireur d'élite et sa participation à la guerre de Corée. Cela explique certainement aussi sa grande connaissance et sa passion pour les armes à feu.
William Gasper est un personnage mystérieux qui peu à peu va se révéler au lecteur au cours de ce roman en forme de monologue. Progressivement, nous allons entrer dans l'intimité de ce personnage solitaire vivant en osmose avec une nature hostile. Notre homme va en effet se dévoiler au cours d'une de ses excursions où un élément inattendu va se présenter. Cet élément inattendu, c'est un autre homme, équipé d'un fusil à lunette, qui semble le suivre à distance. Gasper relève également la présence d'une femme, sûrement complice de l'homme au fusil, et commence alors une traque silencieuse au sein de ce paysage grandiose et désolé.
Qui en veut à William Gasper ? Il semblerait que le passé de celui-ci l'ait rattrapé, que quelqu'un ait retrouvé ses traces et tente de l'éliminer pour une obscure raison. Mais il arrive que le chasseur, par un retournement de situation, en arrive à se trouver dans la position du gibier, surtout quand la proie désignée se trouve être un individu de l'acabit de William Gasper.
Il y a, dans « L'homme qui marchait sur la Lune » tous les éléments susceptibles de composer un de ces « thrillers » dont raffole le grand public.

Pourtant, ce roman n'est pas un thriller comme les autres et les composants propres à ce genre littéraire restent ici au second plan. Ce qui est prépondérant ici, c'est le monologue intérieur de Gasper, cet homme revenu de tout, qui a semble-t-il épuisé tous les faux-semblants et toutes les illusions dont se bercent ses contemporains, afin de revenir à l'essentiel : le contact dur, âpre et sans concessions avec la nature et les forces de la vie et de la mort. Gasper a beaucoup lu dans sa jeunesse : Schopenhauer, Nietzsche, Voltaire, Dahlberg... mais finalement il a revendu tous ses livres : « La langue qui sèche la moustache après une gorgée de thé contient plus de sagesse qu'un distique d'Héraclite. »
On verra dans ce roman, plus qu'un habituel polar, un texte empreint d'érudition, une sorte de conte poétique et philosophique où le rêve et le fantasme prennent parfois le pas sur la réalité, un récit qui se donne le temps de céder à la contemplation et qui dérouterait plus d'un lecteur de ces thrillers où l'action et le rythme trépidant priment sur l 'intériorité des personnages. Peu d'action donc dans ce récit qui ne cède pas à la facilité d'en rajouter dans l'hémoglobine à outrance mais dont le suspense, impeccable, monte en puissance jusqu'à la scène finale, hallucinante, qui replongera le lecteur dans une ambiance comparable à celle de « No country for old men » de Cormac Mc Carthy.
Une belle découverte et un auteur à suivre.



1 commentaire:

Anderton a dit…

Ce livre est un ovni qui intrigue, surprend, ensorcèle puis te laisse abasourdi. Une perle !