mardi 11 mai 2010

Le 8ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 4

"Courbatures" Paul Fournel. Nouvelles. Editions du Seuil, 2009

Être confronté un jour au succès, à la notoriété, nombre d’entre nous en rêvent plus ou moins secrètement. Cependant, cette célébrité, qu’elle soit mondiale ou qu’elle ne dépasse pas les limites de votre cage d’escalier, peut susciter bien des déconvenues. Qu’elle soit acquise ou encore à l’état de fantasme, cette notoriété génère parfois plus d’angoisses et de troubles que ce que l’on pourrait imaginer.


Dans ce recueil de nouvelles, Paul Fournel nous fait partager les affres de nombreux personnages confrontés au succès et à tous ses à-côtés. Certains vont connaître une renommée mondiale, comme ce boxeur devenu champion du monde ou cette star du rock contrainte d’entretenir son image de rebelle. D’autres vont faire l’expérience d’une gloire beaucoup plus discrète comme ce jeune homme romantique persuadé d’avoir rencontré dans un café la femme de sa vie, ou encore ce couple qui vient de remporter le gros lot du loto et qui se demande quoi faire de tout cet argent.

La gloire est un rêve fugace, difficile à saisir et qui, à peine entre vos mains peut vous filer entre les doigts comme une poignée de sable. Pour l’acquérir, il faut batailler du corps et de l’esprit comme ce cycliste qui s’interroge sur les raisons qui l’ont amenées à finir deuxième pour un écart d’une demi-seconde.

Quand cette notoriété est enfin acquise, il faut pouvoir la faire durer, et pour cela utiliser maints stratagèmes comme cette actrice et ce chanteur, tous deux en perte de vitesse, qui montent de toute pièce une fausse idylle suivie d’une fausse séparation qui fera les choux-gras des magazines people et leur permettra de se retrouver à nouveau sous les projecteurs.

D’autres vont connaître un succès plus modeste comme ce pêcheur d’esturgeon canadien qui, pour manipuler ses prises avec douceur, devra user de violence avec sa femme. C’est aussi cette mariée napolitaine qui pense, lors de ses noces, vivre le plus beau jour de sa vie et être, ce jour-là le centre du monde, alors que celui qui est devenu son mari la trouve laide et empâtée.

« Ce qui d’abord est gloire à la fin est fardeau » écrivait Victor Hugo dans « La Légende des Siècles », et c’est bien de ce fardeau dont nous parle Paul Fournel dans « Courbatures ».
Qu’ils soient animateurs de télé, sportifs, protagonistes d’émissions de télé-réalité, les personnages qu’il met ici en scène auront fort à faire avec cette gloire, qu’elle soit accomplie ou encore à l’état de désir. On pourrait penser à tort que cet ensemble de nouvelles se voudrait pontifiant et moralisateur, mettant en garde le lecteur contre les trompettes de la renommée. Il n’en est heureusement rien. Le ton se fait ici désenchanté, doux-amer, parfois acerbe et souvent ironique, pointant du doigt les rêves stériles qui sont devenus les nôtres, ceux de la reconnaissance et de la réussite sociale. Ne faut-il pas en effet, de nos jours, prouver à chaque instant, aux autres et à soi-même que l’on est le meilleur?

Ne faut-il pas réussir ses études, réussir sa vie, atteindre, voire dépasser ses objectifs au sein de l’entreprise qui nous emploie, être le meilleur en tout, avoir une vie de couple exemplaire, des enfants beaux et intelligents, une maison plus belle que celle du voisin, une voiture plus puissante, un meilleur salaire que nos collègues ? Tous ces succès ne sont-ils pas, au final, de dérisoires faux-semblants destinés à nous rassurer et à masquer notre propre impermanence et l’échéance de la mort ?

Comme nous, les divers personnages décrits dans cet ouvrage, se leurrent de cette gloire hypothétique et ne commencent à en comprendre l’inanité que lorsque cette réussite acquise, ils se retrouvent face à une forme de néant nourrie de leurs propres illusions.







"Sic Transit Gloria Mundi" Jeff Koons

2 commentaires:

canthilde a dit…

Il paraît qu'il n'y a rien de pire que de réaliser tous ses rêves, puisqu'il n'y plus rien à atteindre, après.

Anonyme a dit…

J'avais lu Chamboula et découvert Fournel à cette occasion, ce recueil de nouvelles semble sonner juste, je le note.