jeudi 25 septembre 2008

Lafcadio et les fantômes







"KWAIDAN ou Histoires et études de choses étranges"

Lafcadio Hearn. Nouvelles. Mercure de France, 1983.


Traduit de l'anglais par Marc Logé.


Lafcadio Hearn (1850 – 1904) reste encore – et incontestablement – le plus japonais des auteurs occidentaux. Fils d'un chirurgien de l'armée britannique et d'une grecque, il naît sur l'île de Leucade.
Abandonné par son père, puis par sa mère, il est élevé à Dublin par sa tante. Il perd un oeil à l'âge de treize ans en jouant avec ses camarades. Rejeté par sa famille à l'âge de seize ans, il est livré à lui-même et se rensd à Londres puis à Paris. Il émigre ensuite aux Etats-Unis où il vit misérablement en faisant carrière dans le journalisme.
Il épouse en 1877 une cuisinière métisse mais les mariages mixtes sont alors illégaux. Il est, suite à cela, renvoyé du journal New-Yorkais l'Enquirer et part s'installer à Cincinnati, puis à la Nouvelle-Orléans où il s'intéresse de près à la culture créole.
Il est ensuite envoyé comme correspondant aux Antilles pour le compte du Harper's Monthly. Il y restera deux ans lors desquels il publiera un roman et plusieurs recueils de contes traditionnels créoles.
Invité par l'ambassadeur du Japon avec qui il a tissé des liens d'amitié, Lafcadio Hearn débarque à Yokohama en 1890 et devient correspondant pour la presse anglophone. Il fait alors la rencontre d'un samouraï : Koizumi Setsu, dont il va épouser la fille.
Il prend en 1896 la nationalité japonaise, se convertit au bouddhisme et se fait désormais appeler Koizumi Yakumo (« petite fontaine et huit nuages »).
Épris de la culture traditionnelle japonaise, il va dorénavant consacrer ses écrits à celle-ci , et notamment aux contes fantastiques et autres histoires de fantômes, dont les plus connus sont « Fantômes du japon » et, bien évidemment « Kwaidan ou Histoires et études de choses étranges ».
Hearn, nommé professeur d'université à Tokyo, s'éteindra en 1904, suite à une attaque cardiaque.



« Kwaidan » fait donc partie des recueils de contes traditionnels réunis par Hearn lors de ses pérégrinations au Japon. Certains sont tirés d'anciens livres, d'autres ont été recueillis par l'auteur lui-même auprès de vieux paysans. Tous ont en commun d'introduire le lecteur dans un univers fantastique, peuplé de fantômes, de personnages surnaturels et de lieux inquiétants. Lafcadio Hearn a t-il retrouvé dans ces légendes un écho lointain de ces vieilles légendes celtiques pleines d'apparitions et de spectres qu'il a pu entendre raconter lors de son enfance en Irlande ? Certaines histoires en effet, comme « Le rêve d'Akinosuke » ne sont pas sans rappeler « La navigation de Bran », vieille légende irlandaise ; d'autres, comme « Oshidori », « L'histoire d'Aoyagi » ou « Yuki-Onna » ("La Femme de la Neige") présentent des personnages féminins d'origine surnaturelle proches de la fée Mélusine, légende très connue dans l'Occident médiéval et colportée de Chypre jusqu'au Pays de Galles.
Le bouddhisme et le Shintoïsme sont également très présents dans ces contes, la réincarnation y est souvent évoquée et nombreuses sont les histoires se déroulant au sein des temples ou mettant en scène des moines Zen.


L'atmosphère de ces contes restitue au lecteur un Japon médiéval où l'on rencontre samouraïs et paysans, moines pélerins et vagabonds, fées et revenants dans ce recueil constitué de seize nouvelles, plus ou moins longues mais toutes marquées du sceau de l'étrangeté et du surnaturel. Le voyageur attardé dans la campagne nocturne fera, à coup sûr, de bien inquiétantes rencontres car des âmes sans repos errent dans les solitudes, en quête de rédemption et dans l'espoir d obtenir une meilleure renaissance qui les délivrera de leurs actes passés.
Étranges, déroutants, effrayants parfois, les contes recueillis par Lafcadio Hearn nous plongent au coeur d'un Japon médiéval où la frontière est mince entre la réalité et le surnaturel, et où ces deux univers se chevauchent parfois pour donner naissance à des histoires où règnent le fantastique et le merveilleux.



« Kwaidan » de Lafcadio Hearn a été adapté au cinema par Masaki Kobayashi et a reçu le Prix Spécial du Jury lors du Festival de Cannes de 1965.



Image tirée du film "Kwaidan" de Masaki Kobayashi. ("La légende de Mimi-Nashi-Hôichi, l'aveugle qui faisait pleurer les morts")

2 commentaires:

sylvie a dit…

étrangeté et dépaysement assurés alors avec ces textes. Merci pour ce beau billet, très tentant. Je ne connais ni ces recueils ni ce film, et j'en deviens très curieuse.

Anonyme a dit…

Je suis assez féru de culture nipponne depuis quelques années et j'ai découvert Lafcadio par "Non non bâ" un très beau manga sur les relations humaines au Japon du début du 20ème siècle, sur fond de Yôkais. Un auteur très humain, avec lequel j'ai l'impression de partager plusieurs émotions et ressentis (sauf que lui sait les exprimer de manière exquise). Il a eu une vie très difficile et très riche de rencontres et de compréhensions et les manières dont il a su écrire ses différents textes, valent au moins (même s'il est de mauvais goût de comparer, j'en conviens) ceux des grands auteurs français...