lundi 2 mai 2011

Le 9ème Prix des Lecteurs du Télégramme # 4

"Les rillettes de Proust et autres fantaisies littéraires" Thierry Maugenest. Essai. JBZ & Cie, 2010.


 « Vous êtes passionné par la littérature ?
Vous rêvez d'embrasser la carrière d'auteur ?
Vous envisagez d'écrire le prochain chef-d-œuvre des lettres françaises ? Vous comptez devenir académicien ou recevoir le prix Nobel ?
Ce petit livre est fait pour vous ! Les cinquante fiches-conseil que vous trouverez dans les pages qui suivent, abondamment illustrées de textes connus ou inédits, vous permettront à votre tour d'obtenir le label : GRANTÉCRIVAIN. »

À moins d'être particulièrement naïf, on comprendra aisément que ce petit ouvrage est à prendre au second degré et qu'il n'est nullement un manuel de coaching à l'usage des écrivaillons de tout poil.
Cet opuscule d'une centaine de pages se présente donc sous la forme d'un guide dont le but est d'éviter aux écrivains en herbe les divers écueils de méthode et de style susceptibles de nuire à la rédaction d'une œuvre littéraire.

On trouvera donc nombre de conseils fort avisés à l'usage de celles et ceux qui caressent le rêve de devenir un jour un auteur reconnu. 
En tout premier lieu, et à l'origine de toute création littéraire, vient l'inspiration, mais la Muse peut parfois se faire attendre et un auteur digne de ce nom se doit d'éviter certains procédés. On y verra, par exemple, que le plagiat n'est pas chose recommandée (même si de grands auteurs comme Lamartine, Stendhal ou Corneille ont cédé à ce travers), à moins peut-être de s'auto-plagier comme le fit Chateaubriand.

Le choix des mots, des noms-propres, des adjectifs ou des synonymes est lui aussi prépondérant. Thierry Maugenest nous donne ici quelques exemples des choses à ne pas faire. Ainsi, échanger le thé et la petite madeleine de Proust contre un bock de bière et un pot de rillettes donnera une toute autre saveur à ce célèbre passage d' « À la recherche du temps perdu »
De la même manière, changer les noms des protagonistes de « Madame Bovary » en les rebaptisant Ricky et Loana donnera un résultat pour le moins ridicule.
Le choix des synonymes est lui aussi à prendre sérieusement en compte. Que serait-il advenu si la « Chanson d'automne » de Paul Verlaine :

Les sanglots longs
des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone

avait été rédigée comme suit :

Les jérémiades oblongues
Des crincrins
De l'arrière-saison
Contusionnent mon muscle cardiaque
D'un stress
Uniforme

Il convient aussi d'éviter d'user d'un langage trop abscons qui obligera le lecteur à consulter incessamment un dictionnaire :
« L'abstème marguillier créosotait un chamérops près d'une narse lorsque l'abbé Bastien lui tendit une couque. Le fabricien, qui gardait en mémoire le dernier don du prestolet (un cotignac au goût d'animelles arrosé de manzanilla), refusa d'un geste, puis il lui parla des géosynclinaux et des espaces exondés selon lui par des mouvements épeirogéniques. »

On évitera aussi d'user de certains jargons rendant rapidement la narration incompréhensible. 
Si Chateaubriand avait connu et utilisé le langage SMS, voici comment se lirait cet extrait de « René » :

« Le je'n om é le mition'R admir'R qq tps 7 b'L s'N, en pl'Nyan le sach'M ki ne pou V plu en jouir ; ens8 le p'R Sou'L é Chacta sassir sur le gazon, o pié 2 larbr ; R'Né pri sa plas o miliE 2, é, apré 1 moman 2 6lans, il parla 2 la sort a C vi'E ami :
« Je ne pui, en komen100 mon ré6, me Dfendr d'1 mvt 2 ont. La P 2 vo keur, r'SPectable Vyéyar, é le kalm 2 la natur otour 2 moi, me fon rouJr du troubl é 2 laJtation 2 mon am. »

On évitera aussi d'user et d'abuser des adverbes, des parenthèses, de la ponctuation, des digressions ou autre conjonctions susceptibles d'alourdir votre récit. Si Rimbaud, dans « Ma Bohême » avait abusé des adverbes, voici par exemple comment nous lirions son texte :

« Je m'en allais spontanément, les poings dans mes poches indéniablement crevées ;
Mon paletot aussi devenait absolument idéal ;
J'allais lentement sous le ciel, Muse ! Et j'étais indéfectiblement ton féal ;
Oh ! Là là ! que d'amours splendides j'ai sensuellement rêvées ! »

Des exemples comme ceux qui précèdent, on en trouvera à la pelle dans cet intéressant et hilarant petit bouquin. On y verra aussi que de nombreux grands auteurs aujourd'hui passés à la postérité ont commis dans leurs écrits nombre d'erreurs de style, pléonasmes, tics de langage, étourderies et autres perles.
L'ouvrage se termine par une quinzaine d'exercices pratiques dont certains, assez ardus, mettront à l'épreuve vos connaissances des belles-lettres.

Jubilatoire et instructif « Les rillettes de Proust » est un petit condensé de ce qui s'est fait de meilleur et de pire dans la littérature. Il comblera d'aise, sans toutefois se prendre au sérieux, les amateurs des belles-lettres et sera propice à maints éclats de rire.







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